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Ce vendredi, dignitaires français, britanniques et chinois se réunissent en Collectivité pour acter la construction d’un pont entre Saint-Martin et Anguilla.

Evoquée au début des années 2000 puis tombée dans l’oubli général avec le changement de statut de notre collectivité territoriale, l’idée d’un pont routier entre Saint-Martin et sa voisine Anguilla a récemment refait surface lors de la visite d’investisseurs chinois fin 2015. Yi Jun, le directeur de China State Construction Eng’g Corp (un des trois leaders mondiaux de la construction), avait fait montre de son intérêt pour ce projet resté enfoui dans le sable depuis plus de dix ans. Cet intérêt du géant chinois vient tout juste de se concrétiser par voie de communiqué.

Le plus long pont de France

L’ouvrage s’annonce monumental à tous points de vue. D’une portée de 13 kilomètres, le pont à haubans Hàn (fleur de lotus, en chinois) entrera après sa livraison fin 2024 directement dans le Top 30 des ponts routiers les plus longs du monde. De fait, il deviendra le pont le plus long de France ainsi que de Grande-Bretagne (ponts routiers et ferroviaires confondus). Doté de 4 voies de circulation et de 2 voies d’arrêt rapide, il permettra de relier Galisbay à Blowing Point en moins de 10 minutes. La route culminera à 100 mètres au-dessus des flots pour permettre le passage des plus grands bâteaux et, à l’instar de son « petit » cousin le Causeway Bridge au-dessus du lagon, le pont Hàn brillera de mille feux chaque soir sur le canal d’Anguilla. Les grands travaux devraient débuter en juin 2017 et créer pas moins de 1.500 emplois directs et indirects. Pendant la durée de la construction (7 ans), la navigation et le survol des abords du chantier seront particulièrement réglementés afin d’éviter tout accident.

Un ouvrage à péage

Un tel projet a naturellement un coût élevé et celui-ci s’exprime en milliards d’euros. Que le contribuable Saint-Martinois ou Anguillais se rassure, aucun centime pour la réalisation de ce colossal ouvrage aérien ne lui sera taxé. Les travaux sont entièrement à la charge de China State Construction Eng’g Corp, qui en retour exploitera le pont Hàn pendant 50 ans à compter du jour de sa mise en service.

« Exploiter » ? Il fallait s’y attendre. Sur le principe des autoroutes à péage, l’usager devra s’acquitter, à l’aller comme au retour, d’un droit de passage estimé pour le moment à 20, 35 ou 50 dollars selon qu’il circule en deux-roues, dans une voiture ou à bord d’un poids lourd. Un tarif élevé qui s’explique vis-à-vis du coût très important de l’ouvrage, mais aussi de la concurrence avec les transporteurs maritimes. Des professionnels de la mer qui se sentent un peu menacés et ne voient pas forcément d’un très bon œil l’arrivée de cette tranche de bitume payante sur pilotis. Pourtant les enjeux économiques pour les deux territoires insulaires sont énormes et évidents. Et puis dans toute chose, il faut voir le bon côté : ce sera encore plus facile de se rendre chaque été au August Monday. Ou bien encore de s’asseoir sur le bord du pont en fin de journée, de jeter un hameçon et pêcher un « poisson d’avril » pour le diner.

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