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En tournée dans la Caraïbe pour y présenter son dernier spectacle Showman, l’artiste en profite également pour effectuer un retour aux sources. #backtotheroots

Coutumier de Saint-Martin, où l’humoriste aime venir en villégiature avec sa famille, Anthony Kavanagh ne s’y était paradoxalement plus produit depuis une quinzaine d’années. Mercredi, à la veille de son one-man-show sur les planches de Port de Plaisance, le « comédien-chanteur-danseur-human beatbox performer » a accepté d’accorder un entretien aux médias locaux. Le rendez-vous était fixé à midi à l’hôtel de l’artiste. Son manager Abib, les pieds ensablés, accueille la presse sur la terrasse d’une chambre qui donne sur la plage et offre une vue imprenable sur Saba parfaitement dégagée. Un canard prénommé Harry est également présent. Serait-ce une plaisanterie « à la canadienne » comme dans les célèbres émissions de caméras cachées ?

Le showman apparaît finalement en toute simplicité au bout de quelques minutes. La barbe grisonnante rappelle que l’homme a déjà plus d’un demi-siècle de carrière derrière lui. Sa voix éraillée, elle, laisse deviner qu’il a passé une agréable soirée la veille. Anthony Kavanagh ne s’en cache pas. Il était dans notre capitale de la gastronomie, où il a notamment assisté aux parades des Mardis de Grand-Case. « J’aime beaucoup cette mixité culturelle et sociale à Saint-Martin. J’ai aussi goûté au ti-punch. » En un instant, le récit de la virée sur le boulevard de Grand-Case se transforme en une improvisation sur le ti-punch à la mode saint-martinoise. Un apéritif apparemment plus chargé qu’en Guadeloupe ou qu’en Martinique aux dires du Canadien. « Quand je marchais dans Grand-Case, les gens m’appelaient ‘Anthony, viens boire un verre’… » Vous imaginez la suite.

Haïti : un passage obligé

Dans un registre plus sérieux, son dernier spectacle et sa tournée aux Antilles ont également été abordés. Il faut dire que cette venue d’Anthony Kavanagh dans la Caraïbe revêt un caractère spécial par rapport à ses précédents déplacements dans notre région du globe. L’artiste, dont les parents ont fui le régime de François « Papa Doc » Duvalier dans les années 1960, se produira ce samedi pour la première fois de sa carrière en Haïti. Vingt ans qu’il n’y est pas retourné. Et cinq ans qu’il songe à y présenter un one-man-show. « Ce spectacle Showman, c’est le bon. Le précédent Coming Out était plus difficile à adapter pour le public haïtien. Showman aborde des thèmes plus universels. Car l’humour est quelque chose de culturel. Pour être compris, le public a besoin de repères qui lui sont familiers. Comme Haïti est plus tourné vers les Etats-Unis que vers l’Europe, on ne peut pas faire exactement les mêmes plaisanteries. Je songe peut-être même à retirer un sketch. »

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Pour Anthony Kavanagh, se produire sur la terre de ses origines est « un passage obligé dans [sa] carrière. » Cette venue en Haïti sera peut-être aussi l’opportunité pour le Canadien d’obtenir la nationalité de ses parents. L’ancien premier Ministre haïtien Laurent Lamothe, à l’occasion d’une visite officielle à Paris en 2013, en avait d’ailleurs fait la proposition à l’humoriste. « Il avait lâché ‘donnez-lui un passeport’, se souvient Kavanagh. J’aimerais pouvoir le récupérer sur le sol haïtien et ainsi boucler la boucle. » Ce retour aux sources est d’autant plus important aux yeux de l’humoriste qu’il l’effectue en compagnie de son fils de 6 ans, Mathis. Pour l’anecdote, il s’agit de leur premier voyage « entre mecs ». Maman est restée sagement en Suisse dans l’attente d’un heureux événement programmé pour le mois de mai.

Disciple d’Eddie Murphy

Impossible d’être en présence d’Anthony Kavanagh et de ne pas prononcer le nom d’Eddie Murphy. A sa simple évocation, le Canadien se met à imiter le rire célèbre de l’acteur et à sortir quelques répliques en « version française ». Pour Kavanagh, Murphy  est une « rock star. » « Il bougeait comme une rock star, s’habillait comme une rock star. C’était le premier humoriste pour lequel les filles se mettaient à crier. C’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier. Mon rêve serait de le rencontrer pour lui dire merci. » Et tant pis si le dernier succès d’Eddie remonte à 2007 avec le film Dreamgirls (Golden Glode du meilleur second rôle masculin). Le teenager fan de Murphy qui résiste en Kavanagh se verrait bien donner un jour la réplique au héros du Flic de Beverly Hills.

Le deal avec son père

A la question « Et si votre fils vous dit un jour qu’il souhaite devenir artiste comme son père, comment réagiriez-vous et quel conseil lui donneriez-vous ? », Anthony Kavanagh répond : « je lui donnerais le même conseil que celui que ma mère m’a donné : ‘Fais ce que tu veux mais fais le bien ! » Un soutien précieux de la part d’une femme qui rêvait de devenir chanteuse lyrique et qu’Anthony a vu se hisser dans la société jusqu’à devenir la première femme noire directrice d’un établissement hospitalier au Canada. Son père, un homme érudit, voyait plutôt d’un mauvais œil la vie de saltimbanque que souhaitait embrasser son fils. Anthony lui proposa alors un deal. « Quand j’ai arrêté mes études à l’âge de 19 ans, j’ai dit à mon père que je les reprendrais seulement si je n’arrivais pas à gagner ma vie. » C’était à la fin des années 1980. Depuis ce jour, l’artiste ne cesse de gagner sa vie en faisant rire les foules de part et d’autre de l’océan Atlantique.

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