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Confrontés à un flou administratif depuis quatre mois, les propriétaires de ces établissements assignent le gouvernement de Sint Maarten devant les tribunaux.

Mardi après-midi, l’organisation qui regroupe neuf des onze clubs pour adultes de Sint Maarten – Adult Entertainement Foundation (AEF) – a fait savoir par la voix de son conseiller Me Jairo Bloem qu’elle avait « déposé une injonction » et intenté « un recours administratif » contre le gouvernement de la partie hollandaise. Cette action fait suite au gel depuis fin 2015 des permis de séjour et des permis de travail pour les « exotic dancers ». Sint Maarten souhaite désormais accorder le statut de travailleur indépendant à ces dames, ceci afin d’être en règle avec le droit international et de ne pas être taxé de « favoriser l’esclavage humain » sur son territoire. Si les propriétaires des établissements ne sont pas hostiles aux changements de réglementation, ils se défendent d’employer les danseuses exotiques et déplorent de ne pas avoir été consultés par le gouvernement avant ce gel, ainsi que le flou juridique qui perdure depuis et impacte fortement leur activité.
 
1,2M$ PAR AN POUR LE GOUVERNEMENT
Le 19 février dernier, le ministre de la Justice Edson Kirindongo avait invité l’AEF à une rencontre au cours de laquelle les propriétaires de club ont pu exposer leur situation. Le ministre se serait montré concerné et aurait promis de revenir rapidement vers eux, ce qu’il n’a pas encore fait. Après une première action fin février, les établissements ont donc entamé une seconde procédure administrative la semaine dernière. Les propriétaires de clubs veulent, jusqu’à ce que la nouvelle réglementation soit mise en place, que le gouvernement annule le gel des permis de séjour et des permis de travail. L’Adult Entertainement Foundation exige également que les demandes de permis en attente depuis décembre soient régularisées ou remboursées.
Selon l’AEF, près de 1.000 « exotic dancers » viendraient à Sint Maarten chaque année. Pour obtenir des permis de séjour et de travail, les clubs versent au gouvernement 1.250 dollars par danseuse, ce qui représenterait donc environ 1,2 millions de dollars par an pour les caisses de Sint Maarten. Une véritable manne !
 
DES CLUBS MENACÉS DE FERMETURE
 
Ce flou administratif est évidemment un manque à gagner pour le gouvernement. Il l’est encore davantage pour les clubs, qui voient les permis de travail d’une durée de six mois des danseuses arriver successivement à terme sans que d’autres jeunes femmes ne puissent venir les remplacer, faute de réglementation en vigueur. Résultat : la clientèle déserte les établissements. Certains clubs ont déjà été contraints de licencier du personnel. Un vivrait même ses derniers instants. Au total, plus d’une centaine d’emplois directs (bartender, femme de ménage, sécurité, secrétaire…) sont menacés.
Les clubs, qui affirment que leur mission de divertissement pour adultes est un service d’utilité publique, agitent aussi le spectre d’une montée de la délinquance sexuelle dans le cas où leurs portes viendraient à fermer définitivement. Ils ont cité l’exemple de Sainte-Lucie qui ne possède pas ce type d’établissement de joie et qui connaîtrait un nombre grandissant d’agressions sexuelles sur son territoire. Mercredi, au lendemain de cette réunion de l’Adult Entertainement Foundation, le ministre de la Justice Edson Kirindongo a demandé à rencontrer les représentants des clubs. L’entrevue est prévue ce vendredi à 14 heures.
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Me Jairo Bloem, conseiller juridique de l’AEF
 
 
Petite histoire des clubs pour adultes
 
L’histoire de ces établissements à Sint Maarten remonte au milieu des années 1940. Le premier fut le Seaman’s Club et se situait à l’endroit où se trouve actuellement El Capitan. Il était surnommé le « Japanese » car fortement fréquenté par les marins d’une compagnie japonaise qui y trouvaient à se divertir, ainsi qu’un peu de compagnie durant les mois où ils travaillaient à Sint Maarten. Cela évitait également que ces hommes de passage ne fréquentent de trop près les femmes de l’île et, à une époque où la contraception n’était pas en vogue, ne repartent en leur laissant « un polichinelle dans le tiroir ». Actuellement, il existe onze clubs pour adultes à Sint Maarten dont neuf font partie de l’Adult Entertainement Foundation : Casa Blanca, Border Bar, Defiance Haven, El Capitan, Crystal Bar, Le Petit Château, Red Diamond, Bada Bing et Platinum.
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