Un homme a été jugé jeudi dernier pour exhibitionnisme. Absent, le prévenu était représenté par son avocate et avait peut-être préféré aller à la plage de Happy Bay, qu’il fréquente assidûment.

La plage de Happy Bay serait-elle un lieu de luxure où des femmes se rendraient dans le but de s’ébattre dans les buissons avec des exhibitionnistes auxquels elles ne pourraient pas résister ? C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre cet individu né il y a 40 ans à Saint-Martin, lors de son interrogatoire à la gendarmerie. «Je vais à Happy Bay avec la voiture de ma femme au moins une fois par semaine, je me mets tout nu, j’attends que des femmes viennent me voir, et il y en a. Il y a même des hommes qui me demandent de m’occuper de leur femme. Et on va dans les buissons. Il y en a une que je rencontre régulièrement. Mais je ne connais pas son nom». Il a ajouté que son cousin l’accompagne parfois, qu’ils se déshabillent, qu’ils exhibent leur sexe et que les touristes leur demandent de «baiser» avec eux.
 
IL HARCÈLE LES GENS POUR OBTENIR PLUS
L’alerte ayant été donnée à la gendarmerie par plusieurs témoins, deux gendarmes se sont postés en observation sur la plage le 25 novembre 2015, dissimulés dans les broussailles (oui, comme dans le film, la réalité rejoint parfois la fiction et ils ont dû bien en rire…). Vers 14h20, nos gendarmes de Saint-Martin voient deux hommes arriver, en jeans et T-shirt, et un témoin leur confirme alors qu’ils font partie du petit groupe d’exhibitionnistes qu’elle a déjà vus à l’oeuvre. L’un des individus se déshabille et quelques minutes plus tard les gendarmes voient de loin sa main faire un mouvement de va et vient au niveau de son entrejambe. Ils se déplacent pour avoir une meilleure perspective et constatent qu’il n’y a aucun doute sur la manoeuvre.
 
L’homme est proche d’un couple – en maillots de bain – qui le remarque, se lève, rassemble ses affaires et s’apprête à quitter la plage. Flagrant délit. Les militaires interpellent l’exhibitionniste, direction la gendarmerie et la garde-à-vue. Mais il ne reconnaît pas vraiment les faits et tente de faire croire qu’il représente une valeur ajoutée à cette plage en effet fréquentée par quelques nudistes. Hélas pour lui, les témoins ont une autre vision de la situation. Une habituée de la plage, entre autres, le connaît de vue, le voit s’exhiber régulièrement et ajoute qu’il harcèle les gens pour obtenir plus. Il a été examiné par un psychiatre qui ne lui a trouvé aucun trouble mental particulier et le qualifie de «célibataire sexuellement actif». Il se rend à Happy Bay, qu’il considère comme «un lieu à très forte demande sexuelle» avec plusieurs amis et dit qu’il ressent de la culpabilité.
 
PAS DE PANNEAU INTERDISANT LE NATURISME
Le juge Gérard Égron-Reverseau demande à son avocate si son client lui a demandé de la représenter parce qu’il avait trop honte de comparaître en personne, en ajoutant qu’il avait de toute évidence beaucoup de temps libre. Le procureur Michaël Ohayon requiert quatre mois de prison avec sursis et une obligation de soins. La situation est claire : il a montré ses parties sexuelles dans un lieu public, il a reconnu les faits et les témoins ont vu son sexe.
 
Pour le défendre, son avocate avance que Happy Bay est une plage naturiste et que «les gens qui viennent là savent ce qu’ils risquent d’y voir», en soulignant qu’il n’y a pas de panneau interdisant le naturisme sur cette plage. Elle évoque la possibilité que son client, qui «a un peu joué avec son sexe», n’est pas forcément un habitué puisque tous les témoins ne l’ont pas identifié comme tel. Elle signale enfin qu’il a beaucoup changé depuis qu’il est sorti d’un long coma après un accident de la route, à la suite duquel il ne sait plus ni lire ni écrire, et elle demande la relaxe. Le jugement sera rendu le 19 mai.
 

 
Outrage à policier territorial
 
«Sale flic! J’an ai rien à foutre de toi, c** de policier municipal! Co***rd!». Ces injures ont été proférées par un plombier à un policier territorial, à l’occasion d’un contrôle routier.
 
Ce jour-là, le policier territorial assure la sécurité au niveau des écoles de Grand-Case, à l’heure de la sortie des classes sur la route nationale. Il remarque un conducteur en train de téléphoner et qui n’a pas bouclé sa ceinture de sécurité. Il lui fait signe de se garer sur le bas-côté, se rapproche et lui demande ses papiers. Mais le conducteur n’a aucun document avec lui. Le policier commence donc à remplir un procès-verbal pour le défaut de ceinture et l’usage du téléphone au volant, mais le chauffeur le traite alors de menteur et lui conseille de s’acheter des lunettes. Le policier lui demande ensuite de décliner son identité, mais il se heurte à un refus de coopérer et écope d’une bordée d’injures, citées plus haut. Le policier en informe alors la gendarmerie, qui arrive bientôt sur les lieux et prend le relais.
« IL MONTE TRÈS VITE DANS LES TOURS »
Au tribunal, avec force gestes et une abondance d’explications, ce plombier cinquantenaire et originaire de Nice rejoue la scène. Il assure qu’il avait bien bouclé sa ceinture et reconnaît qu’il téléphonait, mais avec son oreillette. Il ajoute qu’un scooter piloté par une fille sans casque est passé sans problème, parce que c’était une copine du policier, mais que lui, on l’a arrêté! Et qu’il voulait sortir de son véhicule, mais que le policier le lui a interdit.
 
Le policier explique qu’il est professionnel, qu’il ne tutoie pas qui que ce soit et qu’il est assermenté. «Vous voyez son attitude, il monte très vite dans les tours,» fait-il remarquer au juge. Il précise que le prévenu n’ayant aucune pièce d’identité, il a dû appeler un officier de police judiciaire, en l’occurrence la gendarmerie, et ajoute que c’est uniquement par souci de sécurité au bord de cette route très fréquentée qu’il a demandé au conducteur de garder ses mains sur le volant.
 
Le procureur Ohayon s’interroge : y a-t-il eu ou non outrage dans la mesure où il n’y avait pas de témoins? Et poursuit en soulignant qu’un fondamental de la procédure pénale précise qu’un rapport établi par un agent de la police judiciaire a une valeur probante supérieure. Il a requis une peine d’avertissement assortie d’une amende. Le policier a demandé 800 euros de dommages et intérêts. Le jugement sera rendu le jeudi 21 avril.
 

 
Des violences sans demi-mesures
 
Une affaire de violences d’un demi-frère envers sa demi-soeur a été jugée en leur absence.
 
Le 3 octobre 2015, les gendarmes sont informés qu’une jeune fille d’une quinzaine d’années a été admise aux urgences de l’hôpital, le nez et plusieurs dents cassés. Son demi-frère, à l’origine de ces blessures, a été placé en garde-à-vue et a reconnu les faits. Jeudi dernier, à l’audience du tribunal correctionnel, la jeune fille, à l’école, était représentée par sa mère, le père a été appelé pour témoigner, mais l’auteur des faits n’était pas là et son avocate l’a excusé en expliquant qu’il suivait une formation en métropole.
 
Le juge Égron-Reverseau a décrit une ambiance familiale «très chaude», qui a culminé en violences graves ce jour-là. Tout est parti d’une dispute entre le père et sa fille, qui était allée à la plage sans l’en informer. Le frère, âgé de 20 ans et qui n’hésite pas à user d’autorité sur la jeune fille, s’est mêlé de l’affaire et a réagi à un coup d’ongle que lui aurait donné sa demi-soeur en lui assenant deux coups de poing si violents qu’il s’en est blessé la main. Le plus choquant de l’histoire est qu’il est non seulement grand et fort, mais qu’il pratique le culturisme et que sa soeur ne fait absolument pas le poids face à lui.
 
UN FILS DANS LA TOUTE PUISSANCE
L’avocate de la jeune fille admet que cette dernière aurait dû demander à son père l’autorisation d’aller à la plage, mais que le demi-frère n’avait aucune légitimité pour lui porter ces coups. Elle évoque une mère qui élève seule sa fille depuis toujours, un père «qui fait des enfants partout» et un fils «dans la toute puissance» du fait de sa légitimité, avec des parents qui vivent ensemble même s’ils ne sont pas mariés. La jeune fille, traumatisée, ne veut plus mettre les pieds chez son père et va devoir subir une seconde intervention. L’avocate demande la dési-gnation d’un expert et 10.000 euros de dommages et intérêts pour la jeune fille pour le préjudice. Elle demande également 10.000 euros pour la mère, en raison du choc émotionnel et du préjudice moral.
 
Pour le procureur Michaël Ohayon, le comportement de la jeune fille ne justifie pas le geste de son demi-frère et il existe une disproportion manifeste entre l’acte et la riposte. L’absence du prévenu lui fait dire qu’il lui aurait proposé une peine de réparation s’il avait été là, et il requiert une peine de prison avec sursis et une amende de 400 euros. L’avocate du prévenu, qui rappelle que la demi-soeur a été la première à se montrer agressive, qualifie les intérêts civils demandés de «démesurés». L’affaire a été mise en délibéré et le jugement sera rendu le 19 mai.
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