Pour la seconde édition du colloque annuel sur la maladie d’Alzheimer, organisé mercredi dernier à la CCISM, le Pôle solidarité et familles avait choisi pour slogan : «Tenons tête à la maladie d’Alzheimer».

L’idée de ce second colloque annuel sur la maladie d’Alzheimer était de mettre en avant la nécessité d’unir les énergies pour mieux appréhender cette maladie qui fait peur, tant aux malades qui s’en découvrent atteints, qu’aux aidants de leur entourage. Selon les derniers chiffres, Alzheimer touche 900.000 personnes en France, avec 225.000 nouveaux cas par an. C’est une cause nationale, les Antilles ne sont pas épargnées et Saint-Martin non plus. Ramona Connor, la vice-présidente en charge du Pôle solidarité et familles, a précisé que les 231 dossiers d’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) gérés par la Collectivité concernent bon nombre de personnes souffrant de troubles cognitifs, dont Alzheimer, première cause de dépendance dans le monde entier.
 
En 2014, l’élue a d’ailleurs décidé de porter de 2 ans à 4 ans la durée d’attribution de cette allocation, afin de réduire les démarches des familles pour son renouvellement. Des familles et des aidants éprouvés quotidiennement face à la maladie de leurs proches, comme l’a exposé François le Maistre, président de l’association France Alzheimer Guadeloupe, en annonçant que 30% des aidants prennent des antidépresseurs et que près d’un sur deux meurt avant le malade! «L’aidant doit savoir prendre du répit, et s’informer, le manque d’informations amène des erreurs,» a-t-il déclaré.
 
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Ramona Connor, la vice-présidente en charge du Pôle solidarité et familles
 
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Lazare Noubou, médecin coordonnateur de la maison de retraite Bethany Home
20 PLACES POUR LES MALADES D’ALZHEIMER DANS LE FUTUR EHPAD
L’accompagnement de l’entourage est un axe primordial de la prise en charge et c’est pour les aider que la Collectivité a mis en place en 2015 une formation pour les aidants familiaux, en partenariat avec Alzheimer Guadeloupe. Selon Ramona Connor, le Pôle solidarité et familles a fait de l’autonomie des publics les plus vulnérables une grande priorité. C’est pourquoi la Collectivité s’est engagée dans une politique du bien vieillir à Saint-Martin et a initié son projet de centre médicosocial, qui comprendra un EHPAD de 72 places, dont une unité de 20 places sera dédiée aux malades d’Alzheimer. La création de ce centre a été actée avec l’ARS, puisqu’il est partie intégrante du Contrat local de santé, et se trouve maintenant dans la phase de recherche de financements, pour une réalisation à l’horizon 2017.
 
RESPECTER LE MALADE
Le service communication de la Collectivité a présenté un court-métrage mettant un scène un homme vieillissant ne reconnaissant plus son fils et tenant des propos incohérents, au grand désarroi de son entourage. Lazare Noubou, médecin coordonnateur de la maison de retraite Bethany Home, a salué la qualité de cette information, en mettant l’accent sur l’importance de respecter le malade. Un malade qui en général à Saint-Martin reste chez lui, faute de structures d’accueil, mais aussi parce qu’il y est mieux, tant qu’il n’est pas victime d’hallucinations, de délires et de troubles du comportement graves, et qu’il devient alors très difficile de le gérer pour sa famille. Les manifestations de la maladie s’aggravent inexorablement et il n’existe pas de médicaments vraiment efficaces. Mais, comme l’a souligné le Docteur Noubou, «ce n’est pas parce qu’on est très âgé qu’il ne faut pas essayer d’améliorer la santé et le confort du malade, en prenant soin par exemple de sa cataracte, de son ouïe ou de ses dents». Pascal Godefroy, directeur de l’agence territoriale de l’ARS, a confirmé que le projet de pôle médicosocial avançait, dans le cadre du rattrapage inscrit dans le Contrat local de santé signé fin 2014 entre l’ARS et la Collectivité.
 
 
Atteinte d’Alzheimer, elle témoigne
 
Vivvet Cramer, professeur à Sint Maarten, a été diagnostiquée malade Alzheimer alors qu’elle avait seulement 45 ans, il y a six ans. Son témoignage à l’occasion du colloque a apporté la preuve qu’à un stade précoce la maladie permet de mener une vie quasiment normale. Vivvet a décidé de combattre sa maladie avec bonne humeur, tant qu’elle le peut encore. Très applaudie, elle a confié à l’assistance les quatre règles qu’elle respecte du mieux qu’elle le peut, faute de médicaments efficaces: privilégier les aliments anti-inflammatoires et certains compléments alimentaires, comme le curcuma, les fruits rouges et le thé vert ; rester indépendante, préférer se débrouiller seule, refuser l’assistance lorsqu’elle n’est pas indispensable ; faire des exercices et des jeux sollicitant la réflexion et la mémoire ; voir du monde, sortir, rendre visite à ses amis, rester seule le moins possible.

 
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Vivvet Cramer, diagnostiquée malade Alzheimer depuis 6 ans
    
 
C’est quoi la maladie d’Alzheimer ?
 
Découverte en 1906 par Aloïs Alzheimer, la maladie d’Alzheimer est une affection du cerveau dite «neuro-dégénérative», c’est-à-dire qu’elle  entraîne une disparition progressive des neurones. Ces neurones, qui servent à programmer un certain nombre d’actions, en disparaissant entraînent une altération des facultés cognitives : mémoire, langage, raisonnement, etc. L’extension des lésions cérébrales cause d’autres troubles qui réduisent progressivement l’autonomie de la personne. La maladie d’Alzheimer apparaît plus souvent chez les personnes âgées, mais elle n’est pas une conséquence normale du vieillissement.
 
MALADIE DE LA MÉMOIRE ?
 
On associe souvent la maladie d’Alzheimer à la perte de mémoire car ce sont effectivement les neurones localisés dans la région du siège de la mémoire qui sont les premiers atteints. Malheureusement, petit à petit d’autres zones du cerveau sont touchées et mènent à la disparition progressive des capacités d’orientation dans le temps et dans l’espace, de reconnaissance des objets et des personnes, d’utilisation du langage, de raisonnement, de réflexion…
 
D’UN POINT DE VUE SCIENTIFIQUE
 
La maladie d’Alzheimer résulte d’un processus pathologique spécifique  qui entraîne le développement des lésions au niveau du système nerveux central. Ces lésions envahissent progressivement les différentes zones du cortex cérébral. Elles sont longtemps silencieuses puis entrainent des manifestations visibles au fur et à mesure qu’elles se multiplient et touchent des zones importantes pour le fonctionnement cérébral.
 
 
10 signes pour repérer la maladie d’Alzheimer
 
Oublier occasionnellement un rendez-vous, le nom d’un collègue ou un numéro de téléphone est tout à fait banal. C’est la conjonction de plusieurs troubles et le fait qu’ils aient une répercussion significative dans la vie de la personne qui doit éveiller l’attention de la personne et de son entourage. Même s’ils ne sont pas forcément liés à la maladie d’Alzheimer, certains signes doivent alerter, et tout particulièrement les 10 signes suivants :
 
1 – Pertes de mémoire
La personne oublie de plus en plus souvent des événements récents touchant sa vie personnelle et son entourage mais garde une très bonne mémoire des souvenirs anciens.
2 – Difficultés à accomplir les tâches quotidiennes
La personne rencontre des difficultés pour effectuer des travaux pourtant familiers comme par exemple les étapes de préparation d’un repas, faire ses courses, gérer les dates de péremption des aliments dans le frigidaire…
3 – Problèmes de langage
La personne ne retrouve plus des mots simples, usuels et en utilise d’autres plus ou moins appropriés.
4 – Désorientation dans le temps et dans l’espace
Le sens de l’orientation de la personne diminue. Elle peut se perdre, même dans des endroits pourtant familiers, et confondre les saisons.
5 – Difficultés dans les raisonnements abstraits
La personne rencontre des difficultés pour effectuer les formalités administratives, pour gérer ses finances, pour rédiger un chèque, pour appeler quelqu’un au téléphone.
6 – Perte d’objets
La personne a tendance à placer des objets dans des endroits insolites (une montre dans le four) sans jamais les retrouver.
7 – Altération du jugement
La personne n’arrive plus à évaluer les situations : elle porte des vêtements inappropriés au moment, fait des achats démesurés de nourriture…
8 – Modification du comportement
L’entourage constate l’apparition d’une tendance dépressive chez la personne ou de manifestations d’anxiété, d’irritabilité, d’agitation…
9 – Pertes de motivation
La motivation tombe pour toutes les activités, y compris celles qui étaient une passion avant.
10 – Changement de personnalité
La personne devient tout à fait différente de ce qu’elle était et perd son caractère propre : jalousie, idées obsessionnelles de préjudice, exubérance excessive…
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