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L’inclassable Dago s’est éteint le 3 mai à l’âge de 90 ans. Personnage attachant et pétri de malice, il laissera un souvenir impérissable à tous ceux qui ont croisé sa route.

L’artiste a tiré sa révérence mardi dernier du haut de son grand âge. Neuf décennies pour épuiser la vie et traverser le temps comme un baroudeur qui se cherche avant de trouver son dernier refuge : Saint-Martin. « L’anartiste », comme il aimait à se définir, laisse au St Martin’s Week l’empreinte de ces êtres hors du commun, dont le parcours riche d’aventures en faisait un interlocuteur passionnant.
 
Pour l’orphelin de Paris, la destinée débute à l’assistance publique. Comme une nouvelle famille il rencontre la peinture à l’âge de 10 ans place du Tertre, l’art ne le quittera plus jamais. Mais avant de s’y consacrer pleinement dans les années 60, Dago s’est fait tantôt coureur cycliste, boxeur, motard, légionnaire…  En autodidacte il prend finalement les pinceaux et se lance sur la scène internationale. Il s’expose d’abord à Montréal, puis Philadelphie, Las Vegas, New York, Mexico, Paris, Bruxelles… Son talent le guide vers une spécialité dont il a toujours été fier : en affichiste de cinéma, il peint notamment pour le plus grand écran de Paris, le Gaumont. Le monde sportif bénéficie aussi de son art et l’ancien cycliste devient le peintre officiel d’événements sportifs mondiaux comme les J.O de Sidney ou le Tour de France pour lequel il travaillera plus de 10 ans.
 
DE PARIS À SAINT-MARTIN
Son cœur est longtemps resté place du Tertre où il côtoie Marcel Aimé, Jacques Brel, et autres Nougaro. En 1967, Dago embarque sur le Pen Duick 2 d’Eric Tabarly pour mettre le cap sur Les Marquises. D’ailleurs, il adorait Gauguin. Mais ne supportait pas la vie à bord et se fait débarquer sur une petite île de la Caraïbe prénommée Saint-Martin. Il ne s’y arrêtera pas immédiatement, lui préférant la Martinique pendant tout de même 25 années. Un long séjour qui lui valut l’amitié d’un certain Aimé Césaire. C’est en 1992 qu’il fera de l’île du Nord son dernier point d’attache.
 
Connu de tous ou presque, Dago a peint et exposé régulièrement, puis moins ces dernières années, victime de soucis de santé. Il y a peu l’artiste promenait encore sa silhouette dans les allées du supermarché, recevant ça et là le salut de ceux qui ont croisé sa longue route. Si comme moi c’est votre cas, soyons ces chanceux qui saluent un destin hors-norme.
 
 
Dago le poète
 
Dago aimait parfois demander au St Martin’s Week de publier l’un de ses textes. Ci-dessous, un plaidoyer contre l’état des routes que le motard a vilipendé avec la grâce des rimes au moment des illuminations de Noël.

 
A tout vous dire, je n’ai pu en profiter
Impossible de lever la tête, m’enrichir les yeux,
La mémoire,
De tous ces décors illuminés.
Est-ce le Chemin des Dames ou le Dakar ?
Il faut que je vous dise, je navigue en deux roues.
Je dois slalomer entre ornières et trous,
Je n’ai droit vers le ciel à un regard,
Me gaver de ces lumières multicolores.
Pourtant ! J’avais lu « Avenue, Boul’vard »
Serais-je sur le chemin de Mandragore ?
Bonheur, le soir sur notre île, lever les yeux en hiver
Attention : Dieu à qui le sollicite, tend le passeport.
Un de mes amis, avec ou sans casque, a quitté sa mère.
Nous les petits, les sans grade, le nez dans le guidon
A l’aube pâliront les décors éphémères,
D’un trou, à un autre trou, finir à Grand-Case face aux poissons.
Pourrait-on penser un peu aux sauveurs de la circulation ?
Si demain tout motard prend une auto,
Que vas-tu devenir avec tes décors ?
Le danger va peut-être nous rendre sages…
Adieu la moto
Vieux motard à cheveux blancs,
Et tous mes vœux aux motards.
 
DAGO
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