Temps de lecture estimé : 5 minutes
Le Sénateur intervenait au Sénat mercredi dans le cadre du débat sur le rôle et l’action des Collectivités territoriales dans la politique du tourisme.

« Dans un rapport de 2014 intitulé « Tourisme et développement durable en France », le CESE affirmait que la très grande diversité de richesses en France contribuait à faire de notre pays la première destination au monde pour les touristes en arrivées avec 84,7 millions en 2013. Son poids économique représente 7,3 % de notre PIB avec plus de 230.000 entreprises travaillant dans ce secteur, pour un effectif salarié de plus d’un million d’emplois en équivalent temps plein. C’est dire à quel point, le tourisme connaît aujourd’hui un essor continu dans la croissance mondiale, jusqu’à se substituer parfois aux secteurs d’activités traditionnels et prendre la place de moteur de l’économie. C’est le cas dans certaines économies ultramarines où le secteur touristique représente un levier important de croissance et une source déterminante d’activités.
 
Dans mon territoire, à Saint-Martin, il mobilise près de 30% des effectifs salariés déclarés. Pour autant, ce secteur décisif est confronté au dynamisme croissant des destinations concurrentes (Cuba, République dominicaine). Alors que le secteur touristique est en léger recul sur nos territoires, il progresse dans les îles alentours, principalement du fait de nombreux avantages de compétitivité. L’exemple de Saint-Martin est symptomatique de ce phénomène : l’absence d’infrastructures portuaires et aéroportuaires adaptées à l’accueil des touristes limite les capacités d’accueil des visiteurs dans la partie française de Saint-Martin au profit de la partie hollandaise. Ce déficit d’infrastructures, s’il n’explique pas à lui seul notre faible compétitivité, en est cependant un facteur aggravant. Dans les territoires français, s’y ajoutent des charges d’exploitation plus élevées dues au coût du travail, à une législation complexe et contraignante pour les investisseurs potentiels ou encore une parité de change souvent moins favorable.
 
Dans ce contexte économique difficile, les pouvoirs publics ont pour rôle d’assurer un environnement propice au développement touristique de leur territoire. Cette mission peut se traduire sous plusieurs formes : en matière d’aménagement du territoire, il s’agit d’abord de mettre en oeuvre des politiques d’infrastructures et de transports en phase avec nos ambitions en matière de tourisme. Il est également du rôle des pouvoirs locaux de s’assurer que le système normatif soit favorable aux investissements privés. Ces missions fondamentales des collectivités participent à l’attractivité du territoire et constituent ainsi une condition préalable à la définition d’une politique touristique performante.
 
Depuis notre accession au statut de Collectivité d’Outre-mer en 2007, Saint-Martin est pleinement compétente en la matière. Nos interventions s’organisent autour d’une volonté de soutien aux entreprises et d’orientation du tourisme de demain, notamment au travers du document de planification stratégique du tourisme de Saint-Martin, élaboré par la direction de la stratégie et mise en oeuvre par l’Office de tourisme.
 
L’action de la Collectivité se décline donc sous plusieurs formes : La promotion du patrimoine et de l’offre touristique est assurée internationalement pour l’ensemble des salons spécialisés (…). La mise en place d’un module Tourisme dans les collèges et lycées est une démarche novatrice visant à impliquer les enseignants dans la promotion du tourisme local. (…) Au vu de l’enthousiasme manifesté par les enseignants de l’île, l’initiative gagnerait grandement à être reproduite dans d’autres territoires. En matière de fiscalité, la Collectivité de Saint-Martin a déployé de multiples avantages destinés à inciter à l’investissement productif dans le secteur du tourisme. (…) Au niveau local, des aides à la rénovation et mise aux normes pour les petites structures et les guesthouses ont été introduites. La Collectivité s’est également attachée à personnaliser sa communication envers les investisseurs, notamment au travers de la brochure « Investir à Saint-Martin ». La recherche de solutions fiscales innovantes vise à ne pas reproduire les erreurs des politiques de défiscalisation amorcées dans les années 80, qui ont mené à une privatisation de la quasi-totalité du parc hôtelier et ont rendu difficile l’accès à certaines plages.
 
En outre, l’action publique en matière sociale constitue – bien qu’indirectement – un levier des politiques de soutien au secteur touristique. Je le rappelle, nos outre-mer font régulièrement face à divers défis liés au coût de la vie, aux aléas climatiques, à l’insécurité ou encore à des épidémies telles que le chikungunya ou aujourd’hui le virus Zika. Ces défis sociaux ont une incidence forte sur le dynamisme touristique et appellent à une réactivité immédiate de l’Etat et des collectivités.
 
Malgré toutes ces difficultés énumérées, les chiffres montrent que le secteur touristique a connu une embellie pour 2015. Pour autant, de nouvelles initiatives des pouvoirs locaux sont toujours souhaitables, en particulier dans l’amélioration du réseau routier, du cadre de vie ou de la desserte. Plus encore, il est de notre responsabilité d’orienter notre politique touristique vers des activités de niche qui augmenteraient notre compétitivité : Saint-Martin se distingue ainsi de plus en plus par la promotion d’un tourisme écoresponsable.
 
(…). Au travers de ces quelques exemples, vous comprendrez que la politique touristique relève avant tout d’une action conjuguée des acteurs publics et privés locaux, tant ce secteur occupe une part croissante dans nos économies. Le moment n’est-il pas venu, pour reprendre le titre du rapport sénatorial de 2009, d’enfin faire confiance à l’intelligence territoriale ? »
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.