Temps de lecture estimé : 4 minutes
Depuis dix ans, le 10 mai est « la journée nationale des mémoires et de réflexion sur la traite, l’esclavage et leurs abolitions ». 

Mardi, la ministre des outre-mer George Pau-Langevin a, en présence notamment de François Hollande et de Manuel Valls, accueilli de nombreux invités de marque dans les Jardins du Luxembourg, dont le célèbre révérend américain Jesse Jackson. « Je suis heureuse que soit parmi nous le révérend Jesse Jackson qui s’est engagé très tôt dans la lutte contre les discriminations au côté du pasteur Martin Luther King, a prononcé la ministre. 
Cela nous permet de rendre hommage aux esclaves qui ont lutté pour leur liberté, mais aussi à tous ces grands hommes, à ces philosophes, à ces citoyens ordinaires qui, dans notre pays, se sont battus pour la liberté. »
 
CODE NOIR : UN « SYSTEM OF TERROR »
 
Des esclaves, des grands hommes et des philosophes, français ou américains, Jesse Jackson n’a pas manqué d’en mentionner dans son discours, mais en anglais. « It is an honor to be invited to such a significant event, the national Day of Remembrance commemorating the abolition of slavery », a-t-il tout d’abord déclaré. Puis le révérend a remercié « our ancestors: Ignace, Delgrès, Solitude, Harriette Tubman, Rosa Parks » et rappelé que « this sinister system went on for over 300 years: from the first sale of slaves in 1510 by the Spanish to the last sale of slaves in 1898 in Brazil. » Il a également qualifié de « system of terror » le Code noir institutionnalisé en 1685 par Jean-Baptiste Colbert, alors ministre du roi Louis XIV. « Having an ear cut off for running away the first time. Having a leg cut off for running away a second time. Having their life taken way for running away a third time. »
DES CICATRICES ENCORE OUVERTES
Citant volontiers la femme de lettres française Olympe de Gouges ou le président américain Thomas Jefferson, Jesse Jackson a naturellement fait référence à plusieurs reprises à l’un des chantres de la négritude, le Martiniquais Aimé Césaire : « I am talking about millions of men and women brutally taken away from their gods, from their place, from their habits and customs, from life… » La figure de la lutte pour les droits civiques aux USA a aussi estimé que l’impact de l’esclavage est encore palpable de nos jours. « What still remain are the psychological scars, the superior/inferior relationships. After all the years of building Europe and the Americas on the back of slaves what remains is the benefit to the conqueror, the loss for the descendants of the enslaved. We have learned to live with this illicit formula and to rationalize it. » Enfin Jesse Jackson a salué Christiane Taubira et son combat « against great odds » pour faire reconnaître l’esclavage « as a crime against humanity. »

Loi Taubira, petit rappel


Il y a quinze ans, le 21 mai 2001, Christiane Taubira, alors députée de la Guyane et rapporteure du projet de loi, a obtenu du Sénat en deuxième lecture que la traite et l’esclavage soient reconnus en tant que crime contre l’humanité. Voici des passages des trois premiers articles de cette loi qui en contient cinq :
 
Article 1er
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.
 
Article 2
Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. (…)
 
Article 3
Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l’océan Indien et de l’esclavage comme crime contre l’humanité sera introduite auprès du Conseil de l’Europe, des organisations internationales et de l’Organisation des Nations unies. Cette requête visera également la recherche d’une date commune au niveau international (…), sans préjudice des dates commémoratives propres à chacun des départements d’outre-mer.
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.