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Le député de Saint-Martin et Saint-Barthélemy présentait mercredi un bilan de son action parlementaire à l’occasion du 4ème anniversaire de son mandat, qui prendra fin dans un an.

«J’avais souhaité passer un contrat de confiance avec les électeurs et j’avais promis de les tenir informés de mes activités parlementaires ». Dans les locaux de sa permanence à Galisbay, le député Daniel Gibbs s’est exécuté le 1er juin dernier, inaugurant la dernière année de son mandat dans l’hémicycle du palais Bourbon. Devant un parterre de sympathisants, il s’est attaché à défendre son action en faveur du territoire, soit « la lourde mission de faire entendre la voix de nos jeunes Collectivités d’Outre-mer ». M. Gibbs a rappelé avoir mis « un point d’honneur » à siéger au sein de la commission permanente de l’Assemblée nationale, « l’une des plus prestigieuses » dit-il : « je voulais être au cœur de notre système législatif ».
 
DES BATAILLES
Il se félicite d’avoir « décroché » la déclinaison du pacte de responsabilité pour les Outre-mer et d’avoir obtenu la mission d’information parlementaire sur la Collectivité de Saint-Martin, dont il avait rendu le rapport en juillet 2014. « Ces rapports et missions sont difficiles à obtenir » a revendiqué M. Gibbs.
« J’ai pu mesurer depuis quatre ans combien Saint-Martin est loin de Paris, au mieux méconnue, au pire suspecte, continuellement victime de clichés et d’improbables fantasmes ». Et de citer en exemple l’examen du projet de loi de finances à propos du CICE : « la ministre m’a répondu que notre île payait le prix de sa responsabilisation. Ce n’est qu’une expression certes, mais qui résume à mon sens l’attitude de l’Etat à notre égard, nous devons payer au prix fort notre orientation statutaire ».
 
Daniel Gibbs a également fait part de sa « satisfaction » sur les dossiers qui ont trouvé leur conclusion, dont le fameux traité de coopération policière entre Saint-Martin et Sint Maarten, en vigueur depuis octobre 2015. Un texte « attendu depuis de nombreuses années » rappelle le parlementaire des îles du Nord : « c’est une belle avancée pour Saint-Martin, je suis très heureux d’avoir participé à son inscription, sa défense et son adoption ».
 
PRISON : LA MISE AU POINT
« Il y a quelques semaines on m’a reproché de concentrer mon action parlementaire sur l’obtention d’une prison pour notre territoire, au détriment de dispositifs en faveur de notre jeunesse ». Daniel Gibbs est revenu sur les propos de Louis Mussington qui avaient généré entre les deux hommes un échange de politesses dans la presse locale. « Ces accusations électoralistes sont totalement infondées. Je ne vais pas m’excuser de travailler à l’obtention de chaînes administratives complètes pour mon territoire » se justifiait mercredi le député. « Je continue à me battre pour que Saint-Martin dispose de ce dont elle a besoin pour fonctionner. C’est une question d’égalité républicaine, du respect du 74, ces choses là on nous les doit. C’est aussi une question d’unité pour beaucoup de familles de Saint-Martin ».
 
« MOINS DE GUADELOUPE, PLUS D’ÉTAT »
Fin du roaming, gestion du RCS pour notre CCISM, sargasses, compensation du CICE pour Saint-Martin, implantation d’un RSMA… « La liste est longue et le chantier est si vaste. Il faut être sur tous les fronts » défend Daniel Gibbs, qui est surtout revenu sur son combat pour la création d’un vice-rectorat à Saint-Martin, symbole, selon lui, de la tutelle encore trop forte de la Guadeloupe : « La ministre propose en retour d’installer sur l’île une direction académique. Ce combat [pour le vice-rectorat] c’est faire entrer dans l’esprit de nos décideurs nationaux que la Guadeloupe et Saint-Martin ne sont plus une seule et même entité. C’est tout le sens de l’article 74, moins de Guadeloupe, plus d’Etat ».
 
DIALOGUE DIFFICILE AVEC LES ÉLUS LOCAUX
« Quand ça vient d’en haut, on peut le mettre sur le compte d’une incompréhension, d’une certaine indifférence à l’endroit de nos territoires éloignés ; mais lorsqu’il s’agit des élus de notre territoire, la pilule est plus difficile à avaler ». De ses quatre années de mandature, Daniel Gibbs retiendra donc cette amertume assumée : « Je le dis sans aucune animosité mais sans détours : je ne parviens pas à travailler avec la Collectivité de Saint-Martin. Je ne fais pas le procès de la majorité en place et encore moins celui de la présidente dont la porte m’est toujours ouverte ».
 
Une situation qu’il ne semble pas subir dans l’île voisine : « à Saint-Barth les relations sont limpides, quand la COM en éprouve le besoin elle utilise son parlementaire pour se faire le relais de ses attentes et de ses demandes ». A Saint-Martin, le locataire du palais Bourbon se sent manifestement un peu moins à sa place : « j’ai le sentiment que les dirigeants n’ont toujours pas compris le rôle d’un député ». Sa frustration, M. Gibbs l’illustre avec le rapport d’information sur la Collectivité, qu’il a remis en juillet 2014 avec ses 32 propositions : « Parmi elles nombreux sont les dispositifs qui ne coûtent pas un centime à la COM mais constituent des pistes solides pour améliorer notre situation. A t-il seulement été consulté ? Permettez moi d’en douter ».
Fin de la législature en juin 2017. D’ici là, un dernier texte important pour Saint-Martin sera soumis au parlement : le projet de loi pour l’égalité réelle des Outre-mer. « J’invite la COM à travailler ce texte avec moi pour faire avancer notre territoire, j’espère que cette invitation ne restera pas lettre morte. C’est dit en toute amitié et dans le respect de nos institutions ».
 
M. Gibbs a enfin réglé quelques comptes laissant poindre l’ouverture du débat à 10 mois des prochaines élections territoriales : « il ne faut pas raconter n’importe quoi aux Saint-Martinois. Les 50 pas géométriques, certains candidats déclarés en font leur cheval de bataille : demandez-leur ‘comment comptez-vous faire ?’ Je préfère rester dans le concret, ça s’appelle la crédibilité ».
 
Le député et leader de l’opposition a conclu par sa propre leçon de choses : « on ne s’improvise pas politicien, ça se gagne, ça se travaille sur plusieurs mandats ». « Savoir comment les choses fonctionnent c’est très important pour pouvoir les appliquer. Cette expérience je pense l’avoir acquise peut être pour d’autres échéances ».
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