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Né il y a 23 ans en Républicaine Dominicaine, ce jeune homme a eu beaucoup de chance que les coups de feu tirés sur sa victime n’aient pas été fatals.

Le 26 mai 2014, à 13h50, les gendarmes sont appelés rue des Écoles à Grand-Case pour une tentative de meurtre. Un jeune homme, également dominicain, a effectivement reçu une balle dans l’abdomen et une autre à la jambe. Son pronostic vital est engagé et il doit être évacué vers le CHU de Pointe-à-Pitre, où il restera hospitalisé un mois entier. Le tireur, qui s’est enfui, est rapidement conduit par son père à la gendarmerie et placé en garde-à-vue. Pourquoi ces coups de feu ?
 
Il raconte aux enquêteurs qu’il existe un litige entre sa famille et celle de sa victime au sujet de 4000 dollars qui ont disparu, qui seraient passés par les petits frères d’une famille à l’autre, qu’il y a eu des menaces de mort et qu’il craint pour la vie de sa mère. Lui-même étant le frère aîné, il a tiré sur le frère aîné de l’autre famille, qui s’en prenait à sa mère au moment où il est arrivé en scooter. Le voyant porter la main à sa ceinture, il s’est imaginé qu’il allait sortir une arme et a tiré le premier, même si finalement l’autre n’était pas armé. L’enquête et les témoignages des différents membres de la famille n’arriveront pas à démêler l’origine ni la destination des 4000 dollars, mais la suspicion qu’ils soient liés à un trafic de stupéfiants est forte. Le tireur est envoyé à la prison de Baie-Mahault, où il a purgé un an de détention provisoire. Mis en examen pour tentative de meurtre, il risquait 30 ans de prison. Mais il a eu la chance que les assises guadeloupéennes soient submergées et que son crime soit requalifié en délit de violences volontaires avec arme, avec cinq ans de prison au maximum à la clé.
 
LA VICTIME N’AIDE PAS LA JUSTICE
Hier, à l’audience du tribunal correctionnel, les deux protagonistes sont présents. Le juge Égron-Reverseau essaie d’en savoir plus sur le déroulement de toute l’affaire, mais en vain. Il lui faut tirer les mots de la bouche de l’agresseur comme de sa victime, ce qui fait craindre au magistrat que le litige existe toujours et que d’autres faits de violence soient à prévoir. Le prévenu explique au tribunal qu’il a acheté l’arme – un pistolet automatique Glock de calibre 40 – quelques jours avant les faits, « près de la mer », à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, pour 1000 dollars. Il dit qu’il a jeté l’arme quelque part à La Savane, mais elle n’a jamais été retrouvée. La victime, pour sa part, ne s’est jamais présentée aux convocations du juge d’instruction. Il rétorque qu’il n’était pas au courant… Mais son traducteur était là et avait bien reçu le courrier. L’avocat de la partie civile demande 10.000 euros de provision pour les dommages et intérêts et l’on apprend qu’une balle a perforé le foie de la victime et a provoqué une hémorragie interne, que l’autre lui a fracturé le fémur et qu’il a fallu le placer en coma artificiel.
 
MYSTÈRE AUTOUR DES 4000 DOLLARS
Dans son réquisitoire, le procureur Ohayon se montre véhément : « Sur quel territoire vivons-nous? On ne peut pas prendre une arme pour régler ses comptes. Nous sommes dans une société de droit avec des règles. Il y a des institutions, une gendarmerie et une justice, qui sont là pour recevoir les plaintes et faire leur travail ». Il qualifie les faits de « très sérieux » et demande qu’ils soient jugés comme tels, « pour rappeler solennellement que l’on ne peut pas agir de cette manière dans notre société ».
L’avocate du prévenu rappelle le caractère nébuleux de l’origine des 4000 dollars, qu’il y a eu des menaces de mort, que la victime n’a rien fait pour aider la justice et assure que son client a acheté une arme parce qu’il savait de quoi l’autre était capable. Compte tenu du contexte, du comportement de la victime et des raisons floues qui ont motivé les coups de feu, il a été condamné à quatre ans de prison dont deux ans et demi avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans. Comme il a déjà effectué un an de prison, il devra rencontrer le juge d’application des peines et voir de quelle manière il effectuera les six mois restants. Il devra indemniser sa victime, lui payer 10.000 euros de provision, mais la mesure d’expertise définira mieux les préjudices, qui devraient se monter à une somme beaucoup plus élevée.
 


 
Grosse peur du gendarme
 
K.L., né à Saint-Martin il y a 35 ans, a comparu hier pour toute une série de délits, le principal étant d’avoir mis la vie d’un gendarme en danger, en refusant d’obtempérer.
 
Le 26 février dernier, sur la route de Cul-de-Sac, l’un des deux motards de la brigade motorisée remarque un conducteur qui n’a pas bouclé sa ceinture et lui fait signe de s’arrêter. Peine perdue, le véhicule – une voiture de location immatriculée sur la partie hollandaise – poursuit sa route en accélérant. Le gendarme actionne le gyrophare de sa moto et double le véhicule, qui est finalement obligé de s’arrêter en raison de la circulation au niveau de la pharmacie. C’est là que le conducteur jette un coup d’oeil à son rétroviseur et passe en marche arrière sur une dizaine de mètres, avant de repasser en marche avant, de grimper à moitié sur le trottoir, de percuter la roue de la moto et d’arriver à se faufiler dans la circulation en direction de Cul-de-Sac, où il habite.
 
Très peu de temps après ces faits, cinq gendarmes frappent chez lui, mais il n’ouvre pas. Ils forcent la porte et se trouvent face à un individu qui refuse de les suivre et qui, même plaqué au sol, continue de leur résister violemment. Les gendarmes l’informent qu’ils vont utiliser leur Taser s’il ne se calme pas, ce qu’ils finissent par faire. « L’usage du pistolet à impulsions électriques répond à une procédure bien précise et vous deviez être sacrément vigoureux » remarque le juge. Une analyse déterminera qu’il fume du cannabis, ce qu’il a reconnu sans difficulté.
 
« IL N’A PAS TOUTE SA TÊTE »
 
Questionné par le juge sur les raisons de cette succession de faits graves, K.L. répond qu’il a eu peur et que seule la peur est à l’origine de son attitude rebelle. « Mais pourquoi n’avez-vous pas ouvert la porte? » insiste le magistrat. « J’avais tellement peur que je ne pouvais pas bouger pour aller ouvrir ». Pour le procureur, cette affaire est l’illustration des risques auxquels sont exposés les militaires de la gendarmerie. Il requiert une peine de huit mois de prison, dont quatre mois avec sursis, dix-huit mois de mise à l’épreuve, obligation d’indemniser le gendarme mis en danger et la gendarmerie pour les dommages sur la moto, ainsi qu’une obligation de soins.
 
Pour sa défense, son avocat avance qu’il n’a pas toute sa tête et que ses proches disent qu’il a des problèmes psychiatriques et ne jouit pas de l’intégralité de ses capacités. Le médecin qui l’a examiné a d’ailleurs constaté la présence d’une grande anxiété et un comportement général ralenti. Le jugement sera rendu à l’audience correctionnelle du 30 juin.  
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