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Un accord verbal, des travaux, puis plus rien : à Galisbay, une ravine construite par la Commune sur un terrain privé fait depuis près de 30 ans la colère des propriétaires. 

C’est l’histoire d’une ravine artificielle creusée en 1989 par les services de la Mairie pour favoriser l’écoulement des eaux pluviales, sur le terrain de la famille Richardson. Depuis 27 ans, celle-ci tente de faire valoir ses droits et souhaite aujourd’hui dénoncer « un acte criminel et diabolique qui a plongé la famille dans la pauvreté ». En colère, muni d’une pile de dossiers sur le sujet, Freddy Richardson, fils de feu Benjamin Richardson, affirme avoir décidé de « rendre cette affaire publique pour dénoncer un abus », estimant que l’affaire doit pouvoir se régler à l’amiable et non devant les tribunaux : « on ne va pas payer un avocat alors que c’est un cas simple, nous avons les courriers, il suffit juste que la Collectivité nous prenne en considération et respecte la promesse faite par la Commune ».
 
UN SIMPLE ACCORD VERBAL
En 1989, la Mairie creuse une ravine sur leur terrain de Galisbay (3000 m2 cadastrés 18A), afin que les eaux de pluie venues de Spring se déversent dans la mer. La Commune entendait ainsi compenser le remblai de l’étang de Galisbay qui servait d’exutoire naturel. Mais la famille comptait sur un dédommagement: « le maire avait promis une indemnité de 3000 francs par mois. Il était aussi question de bétonner pour éviter l’érosion de notre terrain ». Terrain où se situe la maison familiale des Richardson. Or ces promesses ont fait l’objet d’un simple accord verbal. Depuis 30 ans, les intéressés se manifestent donc régulièrement auprès des autorités par des courriers demandant l’application du principe de location du terrain, affirmant n’avoir jamais vu la couleur de l’argent : « malgré des réunions, rien n’a été fait » explique Freddy Richardson, brandissant les sommes de courriers dont le dernier en date a été transmis en juillet 2015 à l’actuelle gouvernance.
 
PRÉJUDICE FINANCIER ET SANITAIRE
M. Richardson fait le calcul : 3000 francs par mois (457 euros) x 12 x 27 ans. Un préjudice financier qui s’ajoute à des conséquences environnementales et sanitaires. Photos à l’appui, l’homme démontre qu’en cas de fortes pluies, d’importantes inondations et stagnations d’eau endommagent le terrain familial, arguant que ce dernier est « enclavé entre la ravine et une autre propriété » : « notre patrimoine est détruit, impossible de construire sans faire réaliser un remblai important pour le rehausser, c’est hors de prix » s’insurge t-il. « C’est un havre pour les moustiques. De plus l’eau est sale et ça sent mauvais » ajoute M. Richardson, qui déplore ce problème d’insalubrité en pleine épidémie de Zika et alors que la ravine jouxte une petite école privée, des bureaux et des habitations. D’ailleurs, juste avant le petit pont de bois, la ravine est curieusement bien cimentée. Ensuite, sur la propriété des Richardson, l’ouvrage reprend effectivement son aspect « naturel », jonché de déchets divers peu ragoûtants. « Je prépare un dossier pour la préfecture » annonce l’homme, manifestement décidé à poursuivre son combat.
 
 
La parole donnée n’est pas une preuve…
 
En l’absence de contrat écrit, difficile pour la Collectivité de reprendre ce dossier. Le vice-président Guillaume Arnell, qui a récemment rencontré un membre de la famille, explique que « c’est une problématique compliquée car il n’y a pas de preuve ». Autrement dit, le simple accord verbal passé en 1989 entre M. Richardson et le maire de l’époque Albert Fleming, ne peut garantir la continuité de l’administration. « S’il y avait eu un contrat écrit en bonne et due forme, on aurait pu concevoir que ça puisse donner lieu à un dédommagement » ajoute l’édile, affirmant qu’il ne met pas en doute « la bonne foi des propriétaires ». Le problème semble donc administratif : « on ne peut demander à la Collectivité de se substituer à la Commune sur la base d’une simple parole donnée ». Les pratiques des années 80 ne sont certes plus celles d’aujourd’hui… « Il y toujours la possibilité de la Justice » conclut Guillaume Arnell.

 
 
Nouvelle bataille pour Saint-Martin Wake Up?
 
Freddy Richardson ne s’en cache pas : « c’est l’occasion de montrer toutes les injustices depuis un quart de siècle, d’autres familles sont dans des cas similaires et n’osent rien dire ». Mobilisé au sein du collectif Saint-Martin Wake Up (auteur des blocages à la mi-mars) en tant que « négociateur », il annonce que la question qui le préoccupe pourrait donner lieu à « une nouvelle action ». « Nous voulons faire en sorte de défendre les droits des Saint-Martinois, on a été assez patients ». Freddy Richardson est également vice-président de l’association Soualiga Grassroot Movement.
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