Temps de lecture estimé : 6 minutes
L’ex-président de la Collectivité Alain Richardson publie une missive intitulée « Les challenges à venir », dans le cadre des prochaines échéances électorales.

«Les challenges, menaces et opportunités pour notre territoire pour les prochaines années sont majeurs et multiples mais surtout fondateurs et cruciaux. Car en fonction des réponses apportées (ou d’absence et / ou de fausses), ce sont les fibres mêmes de notre société qui accéléreront leur délitement ; c’est la voie de descente vers une paupérisation générale qui s’accentuera et donc, notre bien-être commun, notre niveau et qualité de vie seront irrémédiablement remis en cause.
 
L’une des particularités de notre territoire par rapport au territoire national (y compris les autres Outre-mer) est que nous sommes avec Mayotte et la Guyane, les seuls territoires devant gérer prioritairement une population jeune et en croissance permanente. Ceci en « situation normale » est un atout formidable et signe de dynamisme, de potentiels de développement et de croissance économique et sociale voire sociétale ; et donc d’un territoire qui peut regarder son avenir avec une certaine sérénité. Pourtant, comme depuis des décennies nous ne sommes plus en « situation normale », les challenges, menaces et mêmes craintes prévalent à Saint-Martin. Les enjeux des prochaines élections territoriales et donc de la prochaine gouvernance sont majeurs. Il faut et faudra donc se garder et se méfier des candidats caméléons (passe-partout), avec un discours tellement lisse, qui sonne peut-être bien car bien dans la lignée des politiques des partis nationaux mais qui sont loin de défendre « les intérêts propres de notre Collectivité au sein de la République ». Il en est et sera de même, de  ceux qui ne voient dans les prochaines élections territoriales qu’un tremplin à leur ambition de carrière politique (et ce malgré leur affirmation du contraire la main sur le cœur).
 
« N’ESPÉRONS RIEN DE SIGNIFICATIF DE LA PART DE CEUX QUI NOUS GOUVERNENT ACTUELLEMENT »
Près de 40% de la population a moins de  20 ans. Taux annuel de croissance démographique +3,2 % (France +0.55%). Environ 11.000 enfants scolarisés dans les écoles, collèges et lycées sur le territoire. Quasiment le plus fort taux d’échec scolaire de la nation (plus fort taux de jeunes quittant l’école sans formation ni diplômes). Taux de chômage de + 35% (pour les 15 – 24 ans c’est + 55%). Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant : 14.700 € (France 38 575/hab. ; St-Barth 35 700/hab.) Evolution du PIB/habitant entre 1999 et 2010 : + 200€ (14.500 en 1999 et 14.700 depuis 2010). Environ 25% de la population carcérale en Guadeloupe provient de St-Martin (alors que nous représentons moins de 9% de la population cumulée). Etc…
 
Forte population jeune, fort taux de croissance démographique, échec scolaire et taux de chômage records, produit intérieur brut par habitant inchangé depuis 1999 (soit depuis  18 ans) ; voilà un mélange détonant. Voilà le constat. Voilà la réalité. Voilà les principaux éléments d’une bombe à retardement. Soyons très clairs, comme depuis plus de trois ans maintenant, n’espérons rien de significatif en terme de projets et de politiques de la part de ceux qui nous gouvernent actuellement pour résoudre et ou traiter ces menaces et challenges. Car même avec une feuille de route détaillée et des finances rétablies, ils n’ont pas su se montrer fidèles à leurs engagements politiques. Gardons-nous aussi de ceux qui servent du « Y’a qu’à » et « faut qu’on ».
 
L’enjeu des prochaines élections territoriales est donc de transformer les menaces, dangers et challenges actuels en opportunités et les craintes en confiance, envie et énergie capables de stimuler création de richesse et croissance économique.
 
Compte tenu du constat et des enjeux, nous n’avons pas le choix. Il nous faudra mettre en œuvre un projet de société holistique destiné à valoriser, responsabiliser, éduquer et  former notre jeunesse afin qu’elle redevienne le meilleur atout pour l’avenir de notre territoire. Nous devrons redéfinir notre modèle de société et revenir aux valeurs fondatrices de la société saint-martinoise traditionnelle tout en revalidant le choix de la responsabilité qui nous a ouvert les portes de notre évolution statutaire. Il nous faudra au cours des 10 prochaines années doubler (au minimum) le niveau du Produit Intérieur Brut de notre territoire : créer de la richesse, créer de la richesse. Me faut-il rappeler, que seul le secteur privé créé de la vraie richesse ! Le monde de l’entreprise doit être le partenaire privilégié et ce monde doit se montrer solidaire de la jeunesse et de la société dans son ensemble.
 
« GRANDES SONT MES CRAINTES FACE À L’ADMINISTRATION CENTRALE »
Voilà deux des priorités pour Saint-Martin. Ce sont les miennes ! Il y a de nombreuses autres mais celles-là constituent les socles pour un meilleur avenir. Le travail de réflexion et de définition des moyens les plus adéquats pour atteindre ces objectifs est enclenché depuis des mois. Pour mener à bien cette mission dans l’intérêt de tous, Saint-Martin aura besoin de ses hommes et femmes honnêtes et de bonne volonté capables de dépasser les vieux clivages et d’enterrer les haches de guerre. Je me suis inscris résolument dans cette logique et c’est pourquoi je ne suis pas pressé malgré les pressions pour déclarer comme d’autres ma candidature. Saint-Martin et notre intérêt collectif sont de loin plus importants et plus grands que mes éventuelles ambitions.
 
Mais soyons clairs la réussite d’un tel projet exigera un leadership fort, compétent, ferme et combatif ainsi qu’une équipe compétente et soudée pour : faire valoir les intérêts propres de notre territoire face à l’Etat et à l’Administration centrale ; défendre becs et ongles nos droits financiers face à l’Etat (juste compensation des transferts de charges en conformité avec le droit et les principes Constitutionnels – plan de rattrapage des retards structurels du territoire – reversement à la COM des sommes perçues et devant lui revenir) ; obtenir le droit d’adaptation de la législation dans les domaines nécessaires pour garantir la compétitivité et l’attractivité de notre territoire afin d’atteindre les priorités ci-dessus définies ; obtenir l’implantation sur notre territoire des institutions et services d’Etat indispensables (Inspection Académique, structures d’enseignement supérieur, RSMA, Ecole de la deuxième chance, etc..).
 
Grandes sont mes craintes face à l’administration centrale si nous avons une gouvernance « béni-oui-oui » comme celle actuelle ou « la voix de son Maître » comme d’autres nous laisse entrevoir. Je suis plus que jamais aguerri et vacciné pour défendre notre territoire, encore plus et mieux que dans le passé (et ce compte tenu de l’expérience acquise et des vicissitudes qui m’ont frappées depuis avril 2013) mais aussi pour insuffler le volontarisme nécessaire pour rétablir confiance et croissance.
 
Vous pouvez compter sur moi car c’est ‘Pour l’Amour de Saint-Martin' ».
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.