Temps de lecture estimé : 6 minutes
Pas évident de rendre un jugement équitable lorsque des coups sont portés entre voisins – ou voisines – et qu’il n’y a pas de témoins. Cinq affaires similaires ont été jugées le 30 juin par le tribunal correctionnel, dans des contextes différents.

Crêpage de chignon chez la coiffeuse

Le 1er novembre 2015, L.S. déboule chez sa voisine de palier parce qu’elle vient d’apprendre que cette dernière l’aurait traitée de «salope» devant une femme qu’elle était en train de coiffer sur sa terrasse. F.L., la coiffeuse, accuse sa voisine de l’avoir frappée en premier et ajoute que c’est pour se défendre qu’elle lui a porté des coups de ciseaux. Mais la voisine dit le contraire, c’est F.L. qui a commencé. Le compagnon de cette dernière, arrivé pendant la bagarre, a enlevé les ciseaux des mains de la coiffeuse, a reconduit son amie à leur domicile, puis est revenu pour demander des explications. Mais il était armé d’une pince monseigneur et elle l’aurait alors menacé avec un couteau, ce qu’elle nie devant le juge.
« Il n’y a pas de témoins » constate le procureur, « les deux femmes ont été blessées, mais la scène intervient dans l’appartement de F.L.. On est venu la trouver à son domicile et elle a été surprise par cette intrusion. Le moment où elle a pris les ciseaux est important. Si L.S. a porté le premier coup, et ça semble le cas, il s’agit de légitime défense, mais elle a réagi de façon disproportionnée ». Il demande une peine d’avertissement et la requalification des faits en contravention pour le compagnon. Le jugement sera rendu en septembre.
Du rififi à Oyster Pond
M.M. a été jugé pour avoir dégradé la voiture du nouveau compagnon de son ex, qui habite à côté de chez lui, à Oyster Pond, mais aussi pour avoir menacé avec un flash ball un voisin auquel il doit 34.000 euros. En juillet 2015, le nouvel amoureux a la mauvaise surprise de voir de profondes rayures sur sa voiture, sur le capot, à l’arrière et sur les deux côtés. Deux jours plus tard, ce sont les quatre pneus du véhicule qui sont crevés. Là encore, il n’y a pas de témoins. Mais M.M., qui harcèle son ex par téléphone, a répondu à un sms de son remplaçant – qui lui demandait d’arrêter – par ces mots : « Elle s’est bien moquée de moi, il est temps de payer ».
Plus tard, alors qu’il se rend à une convocation de la gendarmerie, il se trahit en évoquant spontanément les dégradations auprès d’un voisin, alors que l’enquêteur ne lui a pas spécifié le motif de sa convocation. Quant aux violences, elles sont survenues alors que deux voisins arrivent sur sa terrasse à 7 heures et demie du matin. Il doit 34.000 euros à l’un d’eux, mais lui dit « tu peux aller te faire enc****, je ne te rendrai jamais cet argent ». Alors qu’il les menace avec un flash ball, le voisin veut le prendre en photo avec son téléphone. Il lui arrache le téléphone des mains et lui flanque une gifle. « La justice vous connaît, vous n’hésitez pas » lui dit le juge. Il a en effet été condamné à cinq reprises pour des faits similaires. Il a été condamné cette fois à 120 jours amende à 10 euros, 350 euros de dommages et intérêts ainsi que 750 euros qu’il devra verser à la partie civile.
Tout ça pour une place de parking…
À 5h30 du matin le samedi 19 juillet 2015, furieux de voir sa place de parking occupée par l’invité d’un voisin, F.G. va sonner à sa porte pour le réveiller et le faire dégager. « Vous considérez que c’est normal de faire ça » demande le juge d’emblée, « votre voisin dit que vous aviez bu, qu’il n’a pas compris, que vous étiez amis et qu’il y avait une place vacante juste à côté ». « Je suis propriétaire, ils sont locataires et il y a eu une pétition contre eux parce qu’ils font beaucoup de bruit » objecte le prévenu, en ajoutant qu’il s’est entendu dire « je vais niquer ta race ».
L’ennui est qu’il existe une place de parking pour les invités, que ce monsieur occupait avec son second véhicule, privant ainsi l’invité de son voisin de l’utiliser, comme ce dernier le lui a fait remarquer. L’histoire s’est terminée par une bagarre dans l’escalier et des blessures légères, chacun accusant l’autre d’avoir donné le signal des hostilités. L’affaire ne serait jamais arrivée devant le tribunal correctionnel, si l’irascible voisin avait accepté la composition pénale* proposée par le procureur. Mais il s’estime dans son bon droit, a de son côté assigné son voisin en citation directe et préféré payer une avocate. Le procureur a requis une amende. Le jugement sera rendu le 13 octobre.
No women, no cry…
Deux voisines, toutes deux nées en Jamaïque, ont été jugées pour violences avec arme. Les faits se sont déroulés à Quartier d’Orléans le 15 juin 2015, jour de la fête d’anniversaire de la fille de l’une. L’autre, seule à avoir porté plainte, explique que l’on s’est moqué d’elle. Elle a jeté une pierre au chien de l’autre en représailles et l’histoire s’est soldée par des coups de machette et des blessures, par chance sans gravité. Mais elle est toujours sous le coup d’une condamnation de 10 mois de prison avec sursis pour violence avec arme. Et c’est elle qui est allée chez sa voisine lui chercher des noises. Alors qu’elle rejoue la scène devant le tribunal, toutes deux se remettent à s’invectiver… Le jugement sera rendu le 13 octobre.
Quand la musique n’adoucit pas les mœurs
Le prévenu a refusé la composition pénale proposée par le procureur et a alors quitté le tribunal furieux lorsqu’il a appris que sa victime demandait des dommages et intérêts. Il a donc été convoqué au tribunal correctionnel, mais ne s’est pas présenté à l’audience. Sa victime, en revanche, était bien là pour faire valoir ses droits. Vers 20h30 ce soir-là, de la musique à pleins tubes sort d’une voiture garée en bas de l’immeuble, la portière ouverte. Dérangée par le bruit, cette dame attend un moment en espérant que ça va cesser, puis elle descend et demande gentiment au propriétaire du véhicule de baisser le son. Il lui répond agressivement et continue en la menaçant : « Si tu appelles les gendarmes, ça va mal se passer ».
Elle ne se laisse pas impressionner et appelle la gendarmerie. Entretemps, elle prend une photo de la voiture depuis son balcon et reçoit en retour une pierre qui la touche à la cuisse. Entendu par les gendarmes, il explique qu’il a jeté ce caillou parce qu’il était furieux qu’elle le prenne en photo et qu’elle n’a pas le droit. Ce qui est inexact, comme l’a souligné le juge Égron-Reverseau, dans la mesure où les faits ont eu lieu dans un endroit public. Le procureur a requis une peine de trois mois de prison avec sursis et 200 euros de dommages et intérêts pour la victime, qui ne demandait que 100 euros. Le juge a condamné l’amateur de décibels à 3 mois de prison avec sursis et au paiement de 300 euros de dommages et intérêts.
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.