Temps de lecture estimé : 7 minutes
De gros moyens sont mobilisés sur l’enquête relative au meurtre de la jeune touriste belge découverte sans vie dimanche, dans un bosquet longeant la route de Baie Nettlé.

Depuis samedi, la disparition, puis la découverte du corps de Wendy Montulet domiciliée à Huy en région wallonne et en vacances sur l’île avec sa famille depuis 10 jours, suscite un grand émoi. Le procureur de Basse-Terre Samuel Finielz, qui fait état d’une enquête « pour crime flagrant de meurtre », a tenu lundi une conférence de presse par visio-conférence compte tenu de la gravité de l’affaire. « Plusieurs coups ont été portés avec un objet piquant et tranchant » détaillait le procureur, qui n’a pu en revanche confirmer si la victime avait subi une agression sexuelle. Wendy a donc été poignardée à plusieurs reprises et est morte de ses blessures. « Mes premières pensées vont à la victime et à sa famille, je les ai eus en visio-conférence et je les ai assurés de toute ma compassion pour ce crime, du soutien de la Justice française et de notre détermination à élucider cette affaire ». L’autopsie du corps sera réalisée ce jeudi 14 juillet.
 
C’était la deuxième fois que Wendy se rendait à Saint-Martin et elle devait rentrer dans son pays le jour même de sa disparition, le samedi 9 juillet. Depuis qu’elle était arrivée à Saint-Martin, la jeune fille faisait son footing quotidiennement depuis l’hôtel les Flamboyants où elle était hébergée. Samedi dernier, elle est donc partie comme à son habitude vers 9h30 en direction des Terres Basses. A 14 heures, son beau-père a signalé sa disparition à la gendarmerie, inquiet de ne pas la voir revenir. Les recherches diligentées immédiatement ont d’emblée mobilisé « des moyens étoffés » rapporte le procureur. Trente militaires ont participé à la première vague de ratissage, soit « toutes les forces disponibles à cet instant » détaille le capitaine de gendarmerie Emmanuel Maignan. Les recherches ont cessé à la tombée de la nuit, et ont repris de plus belle le lendemain dès 8h30 avec le renfort d’un hélicoptère de Guadeloupe et la brigade cynophile spécialisée dans la recherche de personnes. Une aide décisive : « sans cette équipe nous aurions eu plus de mal à retrouver Wendy » confirme le capitaine.
 
Au total, 60 militaires ont été déployés sur la journée de dimanche, avant que le corps de la jeune victime ne soit découvert à 14 heures dans un bosquet, à quelques mètres de la route de Baie Nettlé. Un médecin légiste s’est rendu sur place pour les premières constatations et la levée du corps.
 
15 ENQUÊTEURS 7 JOURS SUR 7
« De nombreux moyens ont été mis en œuvre » annonce le procureur. Une affaire tellement sensible que les prélèvements analysés par l’Institut médico-légal de Bordeaux sont partis en urgence, lundi après-midi. « Nous avons déjà gagné 24 heures » ajoute le capitaine Maignan. Il s’agit désormais de trouver un profil ADN susceptible d’orienter les enquêteurs de la Brigade de recherches, saisie de l’affaire. Les investigations sont menées par une équipe conséquente de 15 enquêteurs « mobilisés 7 jours sur 7 et presque 24 heures sur 24 » détaille le capitaine Maignan. Soit l’ensemble de la Brigade de recherches, trois militaires des brigades de Marigot et Quartier d’Orléans, deux gendarmes du PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention) et un militaire de la BPDJ (Brigade de prévention de la délinquance juvénile). L’enquête reçoit également à distance, le soutien de deux techniciens en investigation criminelle et de la Section de Recherches.
 
« Ce groupe travaillera jusqu’à ce que les investigations le nécessitent » révèle Emmanuel Maignan. L’enquête est donc entrée dans la phase judiciaire, mais se poursuit activement sur le terrain par une vaste opération de porte-à-porte et de recherches d’indices. Concernant la coopération avec Sint Maarten le procureur assure ne pas avoir formalisé de demande spécifique, mais il compte sur la collaboration d’usage qui a lieu quotidiennement : « dès l’annonce de sa disparition la police de Sint Maarten a été alertée et a procédé à des contrôles aux frontières avec la photo de la jeune fille. Si l’enquête le nécessite nous demanderons son assistance ».
 
APPEL À TÉMOINS ET VIDÉO SURVEILLANCE
L’attention des commerces et copropriétés qui disposeraient d’un système de vidéo surveillance est particulièrement sollicitée sur cette affaire. La gendarmerie invite ceux qui disposeraient de séquences filmées sur le secteur entre samedi et dimanche, à la contacter. Par ailleurs, les éventuels témoins sont également invités à se manifester en contactant le 17 : « toute personne se trouvant entre Sandy Ground et la frontière samedi matin et qui aurait vu Wendy pourrait nous aider à avancer ».
L’enquête va se poursuivre durant deux semaines. S’il n’y a pas plus d’éléments tangibles pour faire avancer les investigations, une information judiciaire sera ouverte au parquet de Pointe-à-Pitre. Le procureur a mobilisé l’association d’aide aux victimes « Trait d’Union » afin que la famille de Wendy puisse être accompagnée dans ses démarches administratives. Elle est également assistée par une cellule d’urgence psychologique.
Quant au spectre d’un tueur en liberté qui pourrait récidiver, le procureur invite à relativiser : « il ne faut pas céder à la psychose ». A la prudence en revanche, certainement. Le meurtre de Wendy est le cinquième homicide de l’année en partie française.
 
 
Émotion partagée

 
L’annonce de la disparition de Wendy, suivie le lendemain de celle de son décès, a suscité une vague d’émotion dans toute la communauté, notamment sur les réseaux sociaux où les internautes furent très nombreux à partager les appels à témoins afin de contribuer aux recherches. Pour la présidente Aline Hanson, la mort de Wendy est « un véritable choc ». « Mes premières pensées vont aux parents de la jeune femme qui séjournaient avec elle sur le territoire. Je leur adresse tout mon soutien et celui de la collectivité de Saint-Martin ». « Si la piste criminelle privilégiée par les enquêteurs se confirme, nous devrons tirer les conclusions de cet acte effroyable, commis sur notre sol ».
Le député Daniel Gibbs a également tenu à faire part de son désarroi: « Je présente nos plus sincères condoléances aux proches de Wendy, décédée alors même qu’elle profitait de derniers instants de vacances à Saint-Martin. Je tiens aussi à assurer toute notre solidarité à sa famille et à ses amis. Perdre un enfant, un proche, dans la fleur de l’âge, est un déchirement que nous ne souhaitons à personne ».
 
 
2 homicides en 8 jours
 
Le dimanche 3 juillet, le corps de Pierrick Briere, âgé de 30 ans, était retrouvé sur la plage de Grandes Cayes (notre édition du 5 juillet). A priori, aucun lien entre ce décès et celui de Wendy ne serait établi, même si l’origine criminelle de la mort du jeune semble confirmée : « ces homicides sont distincts par le sexe [de la victime], mais les enquêteurs ont l’œil sur tous les éléments » commente le capitaine Maignan. La gendarmerie fait cependant état d’une enquête difficile à mener : à Grandes Cayes, il n’y a pas de vidéo-surveillance, ni d’éventuels témoins qui habitent en bord de plage.

 
 
L’image de Saint-Martin…
 
La presse de Belgique, d’où sont originaires Wendy et sa famille, s’est immédiatement fait l’écho de ce tragique fait divers. En métropole, les médias rapportent également le drame : « Le cadavre d’une touriste belge retrouvé sur une plage de Saint-Martin » titre Metronews. Une fois de plus l’île s’illustre par l’image d’un paradis dangereux. « Que Saint-Martin, notre ‘Friendly Island’, fasse les gros titres d’une manière aussi funeste est un crève-cœur » déplore le député Daniel Gibbs. Se pose effectivement une fois de plus la question de la sécurité qui peut être garantie aux touristes, comme aux résidents, sur cette si petite île qui ne vit que du tourisme. Certes la Belgique et la métropole sont loin d’être épargnées par les affaires criminelles et Saint-Martin ne fait pas office d’exception. Mais le rêve et la quiétude qui font l’image de marque de notre destination sont une fois de plus bien mis à mal.
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.