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Si l’économie touristique de l’île peine à revenir à ses niveaux d’avant, les fameuses années fastes, le bilan pour la saison qui s’est achevée en avril est plutôt positif pour l’ensemble des professionnels de l’activité. Explications.

Au regard des statistiques établies chaque année sur la fréquentation touristique des hôtels de la partie française de l’île, la saison 2015-2016 qui s’est achevée fin mars dernier s’avère être une bonne saison. En effet, la moyenne du taux d’occupation des chambres pour la haute-saison a été proche de 77%, et de 57% pour l’année entière », déclare Philippe Thévenet, Secrétaire général de l’Association des Hôteliers de Saint-Martin (A.H.S.M.). « Un taux satisfaisant pour l’heure et qui nous permet d’affirmer que nous sommes sur la pente ascendante, même si nous sommes encore bien loin des niveaux que nous avions atteint dans les années 1990. Il ne faut pas oublier qu’en 1994, le parc hôtelier comptait 3650 chambres. Nous en dénombrons aujourd’hui 1600, réparties sur une trentaine d’hôtels ». Les années noires, vécues notamment depuis la crise financière de 2008-2009, semblent être derrière, même si de nombreuses choses sont à perfectionner. « Tout réside dans la notion de volonté politique. Savoir ce que l’on veut réellement pour Saint-Martin », continue Philippe Thévenet.  
 
FORTE AUGMENTATION
DES LOCATIONS SAISONNIÈRES « SAUVAGES »
Si les indicateurs sont plutôt positifs, le tourisme à Saint-Martin semble être pourtant sur un terrain glissant, naviguant entre le tourisme haut de gamme et la pratique de plus en plus courante de locations saisonnières par des particuliers. Environ 1000 à 1200 unités seraient estimées. Des locations saisonnières dites « sauvages », puisque la grande majorité d’entre elles ne participeraient pas à la contribution sociale et locale, via la taxe de séjour, la patente, la T.G.C.A, et provoqueraient également un déficit d’emploi. Pour environ 900 chambres d’hôtels, les besoins en main d’œuvre sont en moyenne de 550 employés. Et chaque emploi direct entraîne un demi-emploi indirect. Des conséquences sur l’emploi, et une forme de concurrence déloyale exercée sur le secteur hôtelier, alors que les chiffres d’affaire réalisés par les hôtels ne leur permettraient pas ni de couvrir leur charges annuelles, ni d’être compétitif notamment par rapport aux prix pratiqués par les hôtels de la partie hollandaise de l’île (voir encadré).
 
Ces locations saisonnières ont pourtant une valeur ajoutée, eu égard aux travaux de rénovation et d’entretien qu’elles génèrent. Et ce pourrait être un véritable marché s’il venait à être mieux encadré et structuré. Mais là réside encore une fois tout le paradoxe de Saint-Martin qui souhaite entretenir et développer l’image de son tourisme « haut de gamme », sans pour autant s’en donner les moyens réels et en laissant se créer des situations de fait qui ne vont pas dans le même sens que les ambitions politiques.  
 
 
L’Office de tourisme par la voix de sa présidente Jeanne Vanterpool, reviendra avec nous dans une prochaine édition pour informer du bilan établi pour la saison touristique passée. Pour l’heure, la présidente et son équipe travaillent sur un plan de communication en direction des tours opérateurs et autres professionnels du tourisme afin que l’image de l’île pâtisse le moins possible de la dramatique actualité dont les médias nationaux et internationaux se sont emparés. « Nous travaillons toute l’année pour donner une image paradisiaque de Saint-Martin, et en une journée tout est détruit » déplore Mme Vanterpool.
 
 
Une compétitivité mise à mal
 
Pour être totalement compétitif, un hôtel de la partie française doit remplir ses chambres à environ 60%. C’est ce que l’on appelle le point mort. A titre comparatif, ce même point pour un hôtel de la partie hollandaise avoisine les 38% d’occupation. Les charges et autres taxes qui pèsent sur le secteur hôtelier de l’île partie française sont un véritable frein à la compétitivité. Et les prix, à qualité égale de produit, s’en ressentent forcément.
 
Quid des destinations émergentes ?
 
Avec l’ouverture de l’île de Cuba, il est fort à craindre un déplacement de l’attractivité vers cette nouvelle destination. Néanmoins, les professionnels du tourisme de Saint-Martin restent confiants en leur produit : « Ici, à Saint-Martin, comme pour les autres îles de la Caraïbe, nous allons forcément être impactés par l’ouverture du marché Cubain. Toutefois, si nous sommes capables de maintenir notre image de « French Touch », nous garderons notre clientèle. Il faut donc travailler à redonner cette personnalité que nous avons la chance d’avoir. Le produit plaît. Là est tout notre challenge, de remettre cette spécificité en avant », positive Philippe Thévenet.
 
……….
 
Piqûres de rappel
 
Nous n’allons pas réécrire l’histoire. Juste remettre en mémoire ce que l’on a pour habitude d’appeler « les belles années de Saint-Martin ».
 
Entre les années 1980 et 1995, Saint-Martin jouissait d’une économie touristique en plein boom, gonflée par les programmes successifs de défiscalisation et par l’engouement de plus en plus fort, surtout de la part d’une clientèle nord-américaine, pour ce petit caillou à la French Touch perdu dans l’Atlantique, mais tellement proche du continent américain. Une économie touristique florissante, devenue la seule ressource de l’île, qui profitait à une population de quelque 8000 habitants en 1982, puis à une population de 28.500 habitants en 1990 (sources : INSEE). De fait, déjà, en 1990, les parts du gâteau « Tourisme » se faisaient plus minces. Le cyclone Luis, survenu en 1995, représente une véritable rupture dans ce cercle que certains économistes nommeraient vertueux. Un pays à reconstruire, une économie en berne du fait des paysages dévastés qui ne ressemblaient plus aux paysages vantés des cartes postales, et une démographie toujours galopante.
 
Puis l’île de Saint-Martin, la vaillante, se remettait de ses blessures et continuait à profiter d’une attractivité touristique. Toujours principalement américaine. Les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés sur les tours jumelles du World Trade Center à New York, marquent une nouvelle rupture dans le développement touristique de l’île. Et pour cause. Les opérateurs touristiques n’ont jusqu’alors développé que peu de marchés, en dehors des marchés américains. Et les voyages en avion sont devenus dès lors une psychose pour beaucoup d’entre ceux qui venaient rendre visite à Saint-Martin.
 
S’en suivirent d’autres étapes, avec en points d’orgue, d’une part le processus d’évolution statutaire de l’île, entre 2003 et 2007, qui a marqué un renforcement des services de l’Etat français sur le territoire ; et d’autre part la crise financière de 2008. Pour le coup, exit définitivement les années fastes de l’île dans un contexte économique mondial malmené et une démographie toujours en forte croissance.  En 2015 l’INSEE recensait plus de 36.000 habitants sur la partie française…
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