Temps de lecture estimé : 7 minutes
Surveillant au centre pénitentiaire de Baie-Mahault et secrétaire général de la CGT pénitentiaire, Eric Pétilaire revient sur la mort du jeune Saint-Martinois et les conditions de détention dans cet établissement où la situation est explosive.

Vendredi matin, on apprenait le décès du meurtrier présumé de Wendy Montulet, déféré en Guadeloupe le jeudi 14 juillet et retrouvé sans vie le lendemain dans une cellule du centre pénitentiaire de Baie Mahault. Son corps a été retrouvé gisant sur un matelas à même le sol, lors d’une tournée matinale de l’équipe d’Eric Pétilaire, surveillant principal et secrétaire général de la CGT pénitentiaire. « Vendredi matin, on a fait les effectifs et l’équipe a été interpellée par les codétenus de Mathieu Carty, ils ont dit qu’il ne bougeait pas, qu’il ne répondait pas ». Une macabre découverte qui a mis à jour les violences dont a été victime le Saint-Martinois de 21 ans. Outre les traces de coups, « son visage porte à croire qu’il y a eu étouffement » ajoute le surveillant de Baie Mahault. Selon nos informations, le jeune homme aurait également subi des sévices sexuels. Une enquête a été ouverte pour homicide volontaire par le pôle criminel de Pointe-à Pitre. Le procureur Xavier Bonhomme n’a pas souhaité, pour l’heure, faire de déclaration.
 
8 DÉTENUS DANS 9 M2
« Lorsqu’il est arrivé on l’a d’abord placé dans la cellule des arrivants » détaille M. Pétilaire. Mais Matthieu Carty s’est fait frapper. « Nous l’avons alors déplacé dans une autre cellule, où il y avait majoritairement des Saint-Martinois ». Le Centre pénitentiaire tente en effet de regrouper les détenus par communautés. Ils étaient déjà 7, et se sont donc trouvés à 8 dans une cellule de moins de 10 m2 conçue pour accueillir 4 détenus. Le secrétaire général de la CGT pénitentiaire revient ensuite sur le contexte de la nuit du drame : « le soir, les surveillants ne sont pas aux étages mais dans une salle. Ils font une ronde toutes les deux heures ». Les détenus savent que lorsqu’ils sont passés, ils ont autant de temps devant eux.
 
UN INTERPHONE QUI NE MARCHE PAS
L’état de vétusté de cette prison est montré du doigt : « l’interphone ne fonctionne pas depuis des années » dénonce Eric Pétilaire. Cet outil permet en effet à des détenus de contacter les surveillants durant la nuit. « Il y a eu aussi de la musique poussée à fond ce soir là » rapporte t-il. Probablement pour couvrir les cris… Car si le représentant syndical se refuse à donner plus de détails quant aux sévices subis par la victime, il affirme avoir pris connaissance de la vidéo tournée la nuit du drame, dans cette même cellule. Vidéo rapidement diffusée de téléphones en téléphones, jusqu’à Saint-Martin. « C’est de la barbarie, ça n’a pas de nom » explose le surveillant qui refuse de commenter ce film, évoquant seulement des violences qui ont duré « plusieurs heures ».  
TROP GRANDE MÉDIATISATION ?
Le surveillant de Baie Mahault pointe également certaines informations qui ont filtré dans la médiatisation dont a fait l’objet l’arrestation du meurtrier présumé de Wendy Montulet, mis en examen pour meurtre concomitant au crime de viol, avec arme. « Il n’y a pas de nouveaux arrivants de Saint-Martin tous les jours, et les codétenus de Mathieu Carty savaient très bien ce qu’il lui était reproché, ils l’ont tout de suite identifié ».
 
DES TÉLÉPHONES DANS LA PRISON
Faits aggravants, la vidéo du Saint-Martinois supplicié et des photos ont rapidement circulé. « Le téléphone qui a servi a été récupéré par les surveillants dans la cellule » témoigne Eric Pétilaire. Mais comment de tels objets peuvent-il atterrir là ? « Les détenus n’ont pas le droit d’avoir des téléphones. Mais depuis 2 à 3 ans, on observe un phénomène particulier, des gens qui viennent devant l’établissement, et balancent des objets depuis l’extérieur par-dessus le grillage ». Autre brèche : « il n’y a pas de brouilleur de fréquences, ça coûte trop cher ». Une fois équipé d’un smartphone, le détenu peut donc vaquer à ses petites connexions et envoyer ce qu’il veut à qui il veut.
 
747 DÉTENUS POUR 500 PLACES
L’affaire Mathieu Carty relance l’épineux sujet de l’état des prisons en Guadeloupe, mis en lumière non seulement par les interventions répétées des syndicats – « je milite depuis des années » veut rappeler Eric Pétilaire – mais aussi dans des rapports, dont celui portant sur les problématiques pénitentiaires en Outre-mer publié en juillet 2014 et auquel avait contribué notre député, Daniel Gibbs. Avec 747 détenus pour 500 places, le centre pénitentiaire de Baie Mahault, qui comprend une maison d’arrêt et un centre de détention, est devenu emblématique et affiche un dramatique record. Y sont par ailleurs incarcérés 150 Saint-Martinois. Dans la seule maison d’arrêt, où sont incarcérés les prévenus en attente de jugement et ceux condamnés à des peines inférieures à deux ans, on compte près de 500 détenus pour 266 places disponibles.
Le secrétaire général de la CGT pénitentiaire, qui rappelle au passage l’injonction de la Cour européenne des Droits de l’homme imposant 2 m2 pour vivre dans une cellule de prison, explique qu’actuellement, on décompte 8 détenus pour une cellule de 4, et 3 à 4 détenus pour une cellule de 2 personnes. « Pour les couchages il faut rajouter des matelas au sol, qui sont ensuite glissés sous les lits le matin ». Le même type de matelas sur lequel gisait Mathieu Carty vendredi dernier. « Cette promiscuité crée de la violence, et je rappelle qu’on n’incarcère pas au départ des enfants de cœur ».
 
Le dernier homicide au centre pénitentiaire de Baie Mahault remonte à deux ans. « Des détenus s’étaient disputés pour une histoire de télécommande » relate Eric Pétilaire. Un prétexte pour déclencher une violente rixe, là aussi dans une cellule occupée par huit détenus. « Nous sommes les premiers sur le terrain, les premiers à voir cette violence, mais on ne nous écoute pas. On ne peut pas continuer comme ça » répète le représentant de la CGT pénitentiaire. Les faits lui donnent malheureusement raison.
 
 
Aline Hanson dénonce « un acte déplorable »
 
Dans un communiqué adressé aux rédactions, où elle réagit au meurtre de Matthieu Carty, la présidente Aline Hanson a regretté « un acte déplorable » qui empêche « l’élucidation de l’affaire ». Elle a également solennellement appelé à un redoublement d’efforts de la part des parents dans l’éducation de leurs enfants : « Je le dis depuis longtemps, commençons par veiller sur nos enfants, pour éviter qu’ils ne soient confrontés à la violence quotidienne, au sein du foyer, dans la rue, à la télévision, sur Internet, à l’école ».
 
 
Surpopulation carcérale :
la responsabilité de l’Etat
 
Le représentant de la CGT pénitentiaire Eric Pétilaire ne cesse de dénoncer la « situation catastrophique » des prisons de Guadeloupe, rappelant que les détenus « en ressortent plus mauvais ». Nos confrères de France-Antilles Guadeloupe rapportaient eux que lors de la visite de la maison d’arrêt de Baie Mahault, le garde des Sceaux alors en tournée dans les Antilles, d’emblée saisi de l’épineuse question de la surpopulation carcérale, avait pu constater de visu un climat extrêmement tendu : « Les détenus se déchaînent en criant qu’ils veulent voir le ministre (…) des hurlements et des fracas viennent des cellules (…) ». Jean-Jacques Urvoas aurait même été témoin d’une violente scène : « Alors que la délégation se dirigeait vers le quartier des mineurs, un homme est passé sur un brancard. Un détenu, grièvement blessé à coups de pic le matin même ». Interrogé sur son ressenti après la visite, le ministre aurait dit avoir «une infinie gratitude pour les personnels qui servent dans cet établissement surpeuplé ».
Lors de sa visite sur les terres guadeloupéennes, le ministre de la Justice a néanmoins officialisé l’engagement de l’Etat pour la seule construction de la future maison d’arrêt de Basse-Terre, qui devrait augmenter de 204 places supplémentaires la capacité d’accueil de détenus.
Depuis l’installation du Pôle d’Instruction au Tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre, les détenus en provenance de Saint-Martin sont désormais plus souvent incarcérés à Baie-Mahault, alors qu’auparavant ils atterrissaient à Basse-Terre. La population de Saint-Martin représente environ 23% de la population carcérale de Guadeloupe.
 
 
 
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.