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L’abattoir n’étant pas équipé pour répondre régulièrement aux normes, notamment celles relatives au respect de la chaîne du froid, la préfète a prononcé, via la Direction des Services vétérinaires, son arrêt provisoire d’activité. 

Décidément, l’abattoir n’a pas terminé de faire couler de l’encre. Moins d’un an après son ouverture officielle en novembre 2015, les Services Vétérinaires ont jugé que l’édifice ne pouvait continuer à fonctionner tant qu’un problème récurrent d’alimentation électrique ne serait pas réglé. Et la solution serait soit dans l’acquisition d’un groupe électrogène, soit dans l’augmentation de l’ampérage que supporte la charge électrique du compteur de l’édifice. Selon le Dr Mario Poggio, chef des services Vétérinaires et Phytosanitaires « la décision d’arrêt provisoire de l’activité est inhérente à l’ampérage du compteur électrique de l’abattoir qui ne serait pas suffisant pour supporter toute la charge électrique quand tous les appareils sont en marche, faisant alors disjoncter le compteur ». Mais dans tous les cas, un groupe électrogène semble être un matériel obligatoire pour pallier les coupures d’alimentation électrique et garantir ainsi le respect de la chaîne du froid, sans interruption.
 
DES COURRIERS RESTÉS SANS RÉPONSE
Le Dr Poggio précisait : « Nous avons adressé à la Collectivité et à la SEABAT (Société d’Exploitation de l’Abattoir) un premier avertissement le 16 juin dernier. Sans réaction de l’un et de l’autre, la décision de l’arrêt provisoire d’activité a été notifié dans un courrier daté du 7 juillet ».  De son côté, Julien Gumbs,  chargé de la filière agricole à la Chambre consulaire interprofessionnelle (CCISM) et animateur au sein de l’Association pour le Développement de l’Elevage et la Promotion des Produits Agricoles Locaux (ADEPPAL) s’étonnait de la faible réactivité de la Collectivité : « ce n’est que le 22 juillet que la SEABAT a pris connaissance de ces courriers. Et à ce jour (jeudi 28 juillet, ndlr) nous n’avons été contactés par aucun service de la Collectivité pour nous donner des réponses ».
 
Julien Gumbs précisait par ailleurs qu’« au regard des factures d’électricité très importantes du fait d’un ampérage élevé, Steeve Hodge et Emmanuel Gimenez Richardson, respectivement chef d’exploitation et gérant de la SEABAT avaient effectivement demandé une diminution de l’ampérage. Mais le poisson ne doit pas être noyé…  l’abattoir doit avoir un groupe électrogène car les coupures d’électricité sont fréquentes ». Et d’ajouter : « Les éleveurs ont attendu cet outil, longtemps, très longtemps, plus de vingt ans… Quand le bâtiment a été livré par la Collectivité qui en est propriétaire, la société SEABAT qui l’exploite a fait un état des lieux très complet. Il a été question de l’absence du groupe électrogène, mais nous avons décidé de montrer à la Collectivité notre forte motivation pour commencer à exploiter l’abattoir, et avons accepté le bâtiment en l’état. La Collectivité s’était alors engagée à nous en fournir un dans les meilleurs délais. Si, quand le bâtiment nous a été livré, nous l’avions refusé pour défaut de générateur, l’abattoir ne serait toujours pas ouvert à ce jour… ».
Et les faits donnent raison à Julien Gumbs et à Steve Hodge, responsable d’exploitation de SEABAT, puisque huit mois plus tard, l’abattoir est à l’arrêt pour des problèmes liés à l’alimentation électrique.
 
« PAS DE VOLONTÉ POLITIQUE »
Suite à la réception du courrier des Services Vétérinaires notifiant l’arrêt de l’activité du site, l’ADEPPAL appelait les éleveurs à une réunion de crise qui se tenait dans les locaux de la CCISM jeudi dernier. Sur la trentaine d’éleveurs enrôlés, une dizaine se mobilisait pour réclamer dans les meilleurs délais une audience avec les services de l’Etat et ceux de la Collectivité. Amèrement, tous s’accordaient à dire que « la Collectivité n’a jamais marqué sa volonté politique d’aider la filière à se développer. Comment se fait-il que nous n’ayons eu aucun contact avec les services de la Collectivité suite à ces décisions administratives ? L’abattoir est aujourd’hui à l’arrêt, ce sont trois personnes qui sont au chômage technique, jusqu’à quand ? Nous avons l’impression que tout le monde s’en moque ! ». Les éleveurs décidaient de demander par courrier une réunion pour cette journée de mardi avec les services concernés de l’Etat et de la Collectivité.
 
Contacté, le vice-président en charge du développement économique, Wendel Cocks a confirmé avoir été informé de cette décision de fermeture provisoire de l’abattoir et affirme que « le problème serait réglé dans les meilleurs délais avec l’installation d’un générateur électrique ». 
 
Et de préciser que « la COM garantit déjà à hauteur de 130.000 € sur 3 ans les charges de fonctionnement de la société SEABAT qui gère un bâtiment public et qui est pour l’heure déficitaire ; il n’y a pas assez d’abattage de bêtes pour assurer l’équilibre financier de la SEABAT. Il faut augmenter le cheptel en amont pour augmenter les volumes de l’abattoir ». Un renvoi de balle dans le filet ! Julien Gumbs précise en effet que « l’entreprise démarre et les résultats sont basés sur une année incomplète d’activité, qui a par ailleurs été marquée par un long temps de sécheresse avec un impact notoire sur l’élevage ».
 
LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE
Comment cet édifice public pourrait-il fonctionner à plein régime, tant que la filière élevage n’est pas plus développée ? Julien Gumbs indique que de novembre 2015 à février 2016, une trentaine de bêtes ont été abattues. Selon Steeve Hodge, « le bâtiment a une capacité d’abattage entre 15 et 20 bêtes par mois. On est bien évidemment loin du compte, mais du fait de la sécheresse qui a sévi sur l’île courant 2015, les carcasses n’étaient jusqu’alors pas en conformité avec la réglementation européenne. Par conséquent, nous  n’avons pas pu développer d’autres marchés que ceux que nous avons déjà ». Et c’est alors que les conditions climatiques sont redevenues favorables pour des abattages de bêtes conformes aux normes, que les portes de l’abattoir se ferment.
 
Accroître le cheptel impliquerait néanmoins de réelles mesures pour rendre la profession d’éleveur plus attractive auprès de la jeunesse. Par ailleurs, la Com a initié une réflexion pour lancer un programme d’insémination artificielle qui permettrait de booster le nombre de têtes de bétail, ou encore un programme d’importation de bovins. Est-ce suffisant pour permettre un réel développement de cette filière agricole locale ?
 
 
Pour mémoire, si l’abattoir a commencé réellement son activité en novembre 2015, le bâtiment d’utilité publique a été inauguré en juin 2015. La présidente Aline Hanson rappelait alors que c’est en décembre 2001 que le Conseil municipal de l’époque votait en faveur d’une délibération approuvant le principe de la construction d’un abattoir à Saint-Martin. Il aura fallu attendre quinze années pour voir le territoire doté d’un outil répondant aux obligations sanitaires et aux normes en vigueur.
 
 
« Un cheptel en très bon état sanitaire »

Le Dr Mario Poggio, chef des services vétérinaires et phytosanitaires, en poste depuis 2013, informe « que d’un point de vue vétérinaire, l’abattoir est un très bel outil, bien rodé maintenant. Il y a eu très peu de saisies. La viande est de très bonne qualité nutritionnelle, issue de bêtes qui paissent dans des pâturages naturels, sans ajout de pesticides ». « Dès que le problème d’électricité sera réglé, l’abattoir pourra reprendre son activité » ajoute t-il.
 
 
L’élevage en chiffres

Le cheptel local est composé de 544 bovins, 865 caprins et 302 ovins réparti sur 36 exploitations enrôlées. Jusqu’à présent, la moyenne d‘abattage était de 1 par semaine. Il existe principalement 2 points de vente de viande locale : les bouchers situés sur le marché de Marigot.
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