L’avis de marché concernant l’aménagement de la baie de Marigot pour le développement de la croisière et de l’hôtellerie a été publié fin juillet. Le projet franchit donc une étape décisive.
L’un des projets les plus ambitieux de l’histoire économique de la partie française est entré dans une phase déterminante pour sa réalisation, programmée à l’horizon 2020. Le 27 juillet, le marché intitulé « Contrat de concession de travaux relatif à l’aménagement de la baie de Marigot » a été lancé. Les candidats ont jusqu’au 26 octobre pour se faire connaître. Se bousculeront-ils ? La question reste entière car la société qui financera l’ensemble des travaux, et exploitera ensuite les infrastructures pour rentabiliser son investissement, a plutôt intérêt à avoir les reins solides : les différentes études menées sur le projet sont arrivées à la conclusion que l’investisseur aurait à mettre 255 millions d’euros sur la table, dont 187 M€ estimés pour les seuls travaux (dragages, construction des digues, zones croisière…).
UNE CONCESSION DE 55 ANS
Pour réaliser cet aménagement d’une ampleur technique et financière inédite sur la partie française, la Collectivité avait acté, en novembre 2015, le principe de la concession de travaux et d’aménagements, telle que définie dans le code général des collectivités territoriales. Cette procédure, encadrée par le droit européen, avait été privilégiée car la COM souhaite que l’opération soit intégralement financée par l’investisseur. « Le Concessionnaire assurera la maîtrise d’ouvrage des travaux et équipements ainsi que la réalisation des études et de toutes autres missions concourant à l’opération d’aménagement » peut-on lire dans l’avis de marché. Il est également précisé, ainsi que cela était prévu, que l’investisseur se rémunèrera par le droit d’exploiter les ouvrages. Il assumera donc entièrement le risque lié à l’exploitation. Le marché prévoit également que le concessionnaire ne pourra pas se retourner contre la COM pour lui demander d’assurer l’équilibre financier. En retour, et pour lui garantir une sécurité maximale, la Collectivité a misé sur une concession extrêmement longue de 660 mois, soit 55 ans. Les investisseurs qui répondront à l’appel d’offres devront donc présenter le projet d’aménagement en fonction de leurs perspectives de rentabilité attendues.
Le défi consiste à trouver la perle rare qui acceptera non seulement le risque inhérent à l’investissement et le cahier des charges de la Collectivité. Celle-ci doit paradoxalement lui laisser assez de liberté mais en imposant ses propres orientations pour maîtriser le développement de la baie et adapter ce dernier aux besoins du territoire.
MOYENNE CROISIÈRE ET HÔTELLERIE
C’est en juin 2015 que le Conseil territorial de la Collectivité avait défini les orientations du projet d’aménagement de la Baie de Marigot et que devront suivre les propositions des candidats. La principale ambition consiste en l’aménagement de la baie pour l’accueil de la moyenne croisière (deux bateaux en simultané) et d’une cinquantaine de méga yachts. La présentation d’un scénario pour la création d’infrastructures relatives à l’accueil de la grande croisière est également demandée aux candidats qui vont se positionner sur le marché.
Par ailleurs, la COM a aussi programmé de l’hôtellerie haut de gamme avec un business center et une salle polyvalente, le dragage du chenal adapté aux dimensions des navires qui seront accueillis et la création de trois terre-pleins avec les matériaux de dragage. En outre, la Collectivité demande la mise à disposition gratuite de certains ouvrages après leur achèvement : la nouvelle gare maritime, un hectare de surface créé sur les terre-pleins et un bâtiment destiné à l’accueil de services. En revanche, l’actuelle marina Fort Louis fait partie du périmètre de la concession.
L’investisseur devra lui faire face à de fortes contraintes environnementales et sera tenu de réaliser les études associées pour obtenir les autorisations : qualité, de l’eau, qualité des sédiments, faune et flore, activités socio-économiques, cadre de vie.
Reste à savoir si ce projet porté par une petite Collectivité d’Outre-mer, en concurrence directe avec Sint Maarten et le reste du bassin caribéen, trouvera preneur. Selon l’organisation caribéenne du tourisme (CTO), près de 23,9 millions de croisiéristes ont évolué dans la zone en 2014. Avec 2 millions de passagers, Sint Maarten s’est classée au quatrième rang des destinations de croisière après les Bahamas, Cozumel (Mexique) et les îles Vierges américaines.
LES CHIFFRES
26,3 hectares : superficie de terre-pleins créés 
188 hectares : superficie maritime sur laquelle portent les terrains d’assiette de l’opération
20 M€ : montant des recettes d’exploitation estimées par an
12,9 M€ : résultat brut d’exploitation moyen estimé par an
Un projet réaliste ?
Cela fait une quinzaine d’années que l’aménagement de la baie de Marigot pour booster l’économie de la partie française est dans les tiroirs, et le lancement de l’appel d’offres international lui donne un sacré coup d’accélérateur. Création d’emplois, produit des taxes, hausse de la fréquentation : Saint-Martin aurait effectivement tout à y gagner. Mais le territoire est-il prêt à accueillir un projet de cette envergure ? Difficile à croire lorsqu’on se remémore les événements ayant conduit à l’arrêt du Plan local d’urbanisme. Pour tirer son épingle du jeu, la Collectivité et surtout les élus qui formeront le prochain gouvernement auront tout intérêt à associer la population et à l’impliquer dans le projet. S’il n’est pas porté par l’ensemble de la communauté, le risque est grand de le voir capoter.
Afin de ne pas décourager les investisseurs, Saint-Martin doit aussi afficher son ambition pour rattraper le retard sur certaines infrastructures, lutter contre la délinquance et redorer l’attractivité de Marigot.
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