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Presbytère du Gosier, l5/11/2016 – “Il faut un minimum de confort pour pratiquer la vertu”, cette pensée du dominicain Saint-Thomas d’Aquin a laquelle se réfère toujours le Père Gousse, illustre parfaitement son approche de sa mission : une philosophie réaliste qui structure son engagement auprès des habitants de Chantal. Mais, après le passage d’un cyclone aussi dévastateur que Matthew, tenter de combler les besoins fondamentaux de la population en termes de nourriture, de soins et d’habitat, constitue une gageure particulièrement ambitieuse ainsi que nous le confie le prêtre de la paroisse de Chantal lors de notre entretien. (Part.1 ICI)

Les actions prioritaires : des méthodes efficaces et équitables

Alors même que la crue de la rivière de I’Acul avait coupé Chantal des autres villes, une passerelle a d’abord été érigée pour permettre aux gens de circuler. Outre le rétablissement de cette liaison vitale, dans cette situation catastrophique, notre priorité a été de répondre aux besoins des gens qui avaient tout perdu: maisons, jardins, commerces. Il fallait leur donner accès à l’eau potable, à la nourriture, distribuer des repas chauds pour les familles hébergées à l’école. Passer ensuite à des distributions de riz, d’huile, de sucre, de haricots, de manière à permettre aux sinistrés de cuisiner de façon sommaire dans leurs abris de fortune . Pour éviter toute confusion et désordre dans la distribution de l’aide alimentaire où règne souvent la loi du plus fort, au détriment des plus nécessiteux, une organisation méthodique a été mise en place. Dans 1.5 communautés, des leaders sensibilisés au partage et à la solidarité, ont été choisis pour leur capacité à contrôler et à assurer une distribution équitable. Munis d’un bon, ils se rendent chez un commerçant avec une mule, achètent les denrées qu’ils vont répartir entre 1.20 et 1.50 familles. Ce système de distribution directe qui repose sur la confiance et l’autonomie a été souvent cité en modèle dans les médias haïtiens de la capitale comme une alternative aux distributions massives, qui entraînent des comportements dégradants. Une même logique d’équité, un même sens de la communauté soutiennent l’action de reconstruction si l’on peut parler ainsi de la simple réhabilitation du toit des maisons dont à ce jour 35 familles ont bénéficié. Là encore, dans chaque localité des tôles, des clous ont été distribués pour que trois ou quatre maisons puissent accueillir la population en différents points de la commune en cas d’intempéries. L’organisation de ces centres d’accueil était prioritaire pour mettre les gens à l’abri au lendemain de ce déluge continu pendant lequel ils sont restés debout sous la pluie durant 4 jours. Encore une fois, certaines zones ont été entièrement rasées, dévastées et dans certaines communautés, les maisons ont été entièrement détruites. Aux problèmes fondamentaux du manque de nourriture et d’abri se sont ajoutés les risques d’épidémie et l’aggravation générale de la situation sanitaire avec une urgence à purifier l’eau pour éviter la propagation des maladies. Dans cette situation encore, des kits d’hygiène ont pu être distribués pour éviter le pire. Même si c’est une goutte d’eau dans l’océan des malheurs d’une population déjà très vulnérable, toutes ces actions marquent le début timide d’une renaissance. Elles témoignent surtout de la solidarité dont l’association Saint-Martin Développement a fait preuve à l’égard de la commune de Chantal. Sans cet élan généreux, rien n’aurait pu être fait pour soulager les victimes au lendemain de l’ouragan Matthew.

Sortir de la dépendance et de l’assistance pour affronter l’avenir

Il reste bien sûr beaucoup à faire pour que la vie sociale et économique reprenne, pour que les écoliers qui ont perdu uniformes et cahiers retrouvent le chemin de l’école mais, la voie a été ouverte grâce à la générosité et au soutien de l’association saint-martinoise, la première à répondre à notre appel et à nous secourir. Il faut maintenant rebâtir aussi bien les maisons que l’économie et faire en sorte que les habitants ne dépendent plus de la distribution de nourriture. Aider à ré habiliter les jardins, soutenir la plantation des semences précoces: patates, gombos, giraumon … par des appuis aux labours des terres encadrés par des agronomes qui travaillent avec les communautés et connaissent le terroir, mettre en place des équipes médicales de proximité pour que les malades ne marchent plus pendant des heures sous le soleil pour rejoindre le dispensaire, travailler sur la prévention et la formation pour lutter contre l’ignorance, voilà les actions à mettre en place pour que les gens retrouvent dignité et espérance. D’autres dé s attendent la population de Chantal qu’elle est prête à relever avec l’aide de tous car, en dépit de ses faibles moyens et de l’adversité, elle aspire au développement et fait des efforts en ce sens. La reforestation, la recapitalisation des foyers pour que les activités d’élevage et d’agriculture qui structurent l’économie repartent, la construction de maisonnettes pour protéger les plus pauvres, la scolarisation constituent les priorités. Mais, c’est l’éducation citoyenne qui est la clé de voute de ce programme ambitieux. Il faut sensibiliser les gens à travers les rencontres communautaires, les encourager à s’engager dans l’action car le relèvement ne dépend pas des autres mais bien d’eux, même si des aides sont nécessaires. Être de véritables acteurs, travailler ensemble dans la solidarité et l’entraide voi là la ligne de force qui dirige notre volonté d’effectuer un travail constructif et qualitatif. La main tendue après le passage de Matthew encourage ces espérances et je voudrais remercier ceux et celles qui ont été sensibles à la détresse des habitants de Chantal et répondu à l’appel de Monsieur Fischer. Nous n’oublierons pas que trois jours après la catastrophe, alors que l’isolement et le désespoir étaient le seul horizon, sa réponse généreuse a littéralement sauvé les gens.

C’est la voix étreinte par l’émotion au souvenir de cet acte de foi et de confiance dans son travail de reconstruction et sa mission humanitaire auprès des habitants de Chantal que le Père Gousse termine notre entretien.

Haïti

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