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Le blocage de l’accès à Pinel fait presque partie des traditions locales.

En effet, au regard de l’attractivité du site, de sa fréquentation, des enjeux financiers, il s’agit là du plus efficace moyen pour les passeurs de faire entendre leurs revendications voire d’imposer leurs volontés.

Ainsi, historiquement “géré” par une poignée de passeurs qui décident arbitrairement des tarifs, horaires, conditions et droits d’accès, l’embarcadère de Pinel se pose comme un État dans l’État. Et cet État de fait semble (bien) être accepté par tous, faire partie d’un certain folklore jusqu’à en devenir une joke locale usuelle.

Pourtant bien moins dilettante que l’on ne croit…

Car ce que l’on sait moins, c’est que les passeurs de Cul de Sac sont constitués en association depuis mai 2016. Et si, dans la pratique, leur ton qu’il soit jovial ou grognon, leur mode de pilotage – verre à la main ou pas, prête à sourire, l’objet de ladite association est, lui, très sérieux.  

Voilà de quoi appréhender les derniers évènements sous un autre éclairage. En gros, même si on ne trouve aucune trace de l’accord relatif au nombre de passeurs qui daterait du temps de la commune, ces statuts plus récents semblent bien vouloir fixer les conditions d’accès au métier de passeur de Cul de Sac. Et le non respect de celles-ci aboutit à l’impossibilité d’accéder à un des plus beaux sites de Saint Martin pour les touristes et les locaux et à l’impossibilité de travailler pour les restaurateurs et autres exploitants (bateaux, kayaks etc…)

Que dit la loi ?

En ce qui concerne les tarifs, les passeurs sont des entrepreneurs indépendants qui disposent donc de cette liberté tarifaire, encore plus en l’absence de toute concurrence (qu’ils n’autorisent pas).

En termes de compétences, celle relative à l’immatriculation des navires a été transférée à la COM par la loi organique, mais elle ne peut être exercée qu’au travers d’un véhicule législatif, Saint-Martin ne disposant pas de bigramme. Ainsi, actuellement, l’immatriculation est toujours assurée par l’état au travers de la Direction (étatique) de la Mer. Mais les élus de Saint-Martin ont bien pris le  sujet à bras le corps puisqu’au delà des passeurs, ce sont aussi les pêcheurs et les plaisanciers qui sont directement concernés.

Ainsi, le conseil exécutif a-t-il dès juillet 2015 transmis au contrôle de légalité et au ministère de l’outre-mer son choix de bigramme, à savoir SW (Swaliga).

Plus récemment, notre député s’est penché sur le sujet sous la forme d’une “Proposition de Loi relative à l’immatriculation des navires au territoire de Saint-Martin”, mais celle-ci a été retirée du calendrier de l’assemblée par son auteur pour des raisons calendaire évidentes entre trêve de noël et élections à venir.

Ainsi, la collectivité ne devrait plus tarder à exercer la compétence relative à l’immatriculation des navires auprès des affaires maritimes, et pourrait dans ce cadre à terme prévoir une taxation de l’activité des passeurs. C’est en tous cas ce qu’affirmait en 2014 Guillaume Arnell, premier vice-président de la collectivité, qui verrait d’un bon œil que le civisme s’exprime de Cul de Sac à Pinel. Entendez par là que si la COM assume bien le nettoyage du spot, et il fût lourd lors des périodes de sargasses, il ne serait que logique que l’activité contribue à cette mission de service public en abondant par un biais ou un autre au trésor de la Collectivité.

Au-delà de cet aspect, parce que nous sommes des incorrigibles optimistes, une prise en main par la COM pourrait même permettre une meilleure structuration de l’activité allant de la formation à la valorisation, de la maintenance à la fabrication des embarcations, en passant par la mise en conformité et la volonté de transmission de l’activité pour qu’elle perdure… jusqu’à en faire un élément du patrimoine saint-martinois ?

En attendant, si l’on doit résumer, au risque de friser la caricature, l’association des passeurs de Pinel bloque actuellement le ponton public d’accès à l’îlet parce que l’arrivée d’un nouvel exploitant au moins autant en règle qu’eux au niveau administratif leur hérisse le poil qu’ils ont dru… un pré carré marin tenu par d’irréductibles gaulois… Il ne nous reste plus qu’à souhaiter à ce nouvel exploitant de trouver un autre espace où il pourra jouir de sa nouvelle embarcation et de ses droits…

I.R.

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