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Nombreux sont encore les aventuriers qui sont tombés sous le charme de la Friendly Island… Pierre Gonzales fait partie de ceux là et nous l’avons débusqué au détour d’un chemin creux.

Dès l’entrée, le décor est planté, une pancarte en forme de voile annonce que nous sommes arrivés à destination : “Les Bateaux de Pierre – Atelier d’Art”.
Le maitre des lieux nous reçoit chaleureusement dans sa tanière où trônent côte à côte, outils, pièces de bois, drapeau pirate ou pigments colorés surveillés par un crâne posé sur une étagère. Pierre y travaille tous les jours au son de Jimi Hendrix ou Led Zeppelin, toute une ambiance pour créer ses bijoux uniques et originaux à partir de graines de palmier royal.
Mais avant d’en arriver là, Pierre, parisien de naissance, a tout d’abord répondu à l’appel du sud. Dès la fin des 70’s, il quitte la capitale à bord de son van multicolore pour rejoindre St-Tropez où il commencera par fabriquer (déjà) des bijoux en bambou qu’il vend sur la célèbre plage de Pampelonne. Il tiendra ensuite un bar fréquenté par les bikers de la région et participera activement aux soirées les plus folles, dont les célèbres “Nuits Blanches” d’Eddy Barclay.

L’époque est à l’insouciance et Pierre voyage beaucoup d’Istanbul à Marrakech en empruntant parfois les chemins de traverse les plus variés. L’une de ses pérégrinations le conduira tout d’abord en Guadeloupe; il y travaillera comme saisonnier l’hiver, retrouvant la cité tropézienne tous les étés. Mais peu à peu, la fièvre des Antilles le gagne et après avoir visité quasiment toutes les îles de la Caraïbe, il pose son sac sur une plage de Saint-Martin, c’était il y a 30 ans et il n’est jamais reparti ! C’est alors que commence une nouvelle vie pour lui. Les anecdotes sont savoureuses et Pierre n’est pas avare de détails au sujet de tous les “métiers” qu’il a exercé sur notre île. Au départ, il décide de vivre sur un bateau, un vieux  gréement de 15 mètres amarré dans la baie de Cul de Sac face à l’ilet Pinel. Ah, si le plancher du rafiot pouvait raconter tout ce qui s’est passé à bord, nous y passerions la nuit ! Mais l’ouragan Luis détruira l’embarcation, emportant à tout jamais les secrets du navire. Loin d’être découragé, notre marin mettra pied à terre pour ouvrir un bar à vins non loin de là. Mi-tripot, mi-cabaret, toutes les célébrités de l’île viendront y boire un verre ou y raconter leurs dernières aventures en chantant accompagnés par de vieilles guitares créoles.

Pierre fait désormais partie du paysage saint-martinois mais l’appel de la mer est trop fort et il se lance alors un nouveau défi : celui de la piraterie touristique. Ne craignez rien braves gens, ce pirate là n’en veut pas à votre porte-monnaie, le seul trésor qu’il convoite c’est votre sourire ! Ainsi, pour le plaisir de tous, à bord d’un nouveau bateau fraichement affrété, il organisera des charters “sunset” pour admirer le coucher de soleil dans la baie de Grand-Case. Un véritable navire pirate commandé par Marcel (dont nous vous parlerons dans un prochain numéro) embarque chaque soir à son bord des touristes émerveillés par le spectacle de l’astre solaire qui s’endort. La nuit se poursuit immanquablement par la tournée des bars pour s’achever au petit matin devant un café fumant préparé par le Quartier–Maître. L’embarcation vieillissante ayant rendu l’âme, Marcel et Pierre reçoivent désormais leurs hôtes au Repaire du Pirate à Grand-Case, où le rhum coule à flot pour accompagner les langoustes et les travers de porc grillés au barbecue. Tout le monde revêt son costume de boucanier et monte à l’abordage, perroquet sur l’épaule, de façon toute aussi excessive que surprenante.

Peu à peu les années passent et l’âme d’artiste de Pierre commence à lui faire comprendre qu’il serait temps de passer à des choses plus harmonieuses et plus sereines, c’est ainsi qu’il se consacrera pendant de longues années à la peinture sur toile et la réalisation de maquettes de bateaux entièrement composées d’éléments naturels (bois et surtout noix de coco).
Le succès ne se fait pas attendre et ses reproductions navales s’arrachent comme des petits pains, les commandes affluent et il confectionnera à la demande des copies conforme de navires célèbres comme la Belle Poule ou le Mayflower. On lui demandera même de produire des trophées pour récompenser les lauréats des courses nautiques locales.

Ayant trouvé son matériau de prédilection, Pierre a un jour l’idée de créer des bracelets et des colliers avec la graine du palmier royal . Peinte ou à l’état naturel, simplement vernie ou décorée de motifs aux belles couleurs, cette graine s’avère particulièrement solide et dure pour résister à tout lorsqu’elle est bien sèche. Elle ne meurt jamais et peut présenter des aspects différents selon l’humidité ou la chaleur de la brise qui la caresse. Notre artiste s’y autorise tous les délires picturaux. Si ses motifs préférés sont l’île de Saint-Martin, les poissons ou les fleurs, il se laisse parfois aller à peindre Picasso ou Modigliani sur ses graines, avec une précision digne d’un orfèvre. Vous pouvez le rencontrer lorsque le soleil est au zénith sur la plage de la Baie Orientale et vous serez sans doute séduits par l’une de ses créations. Ne le manquez pas, il ne s’y attarde jamais très longtemps. Mais attention, pas de marchandage, ici ce n’est pas du Made in China, il s’agit de Pierre Gonzales 100% local, 100% Saint-Martin.

Jean-Michel CAROLLO

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