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Son prénom de naissance c’est Richard, mais bien peu l’appellent ainsi car il est plus connu sous son nom d’artiste : « Dread’I ».

Né à la Dominique au milieu des 60’s, il reste vague sur son âge réel, 48 ans mais peut-être davantage… Coquetterie d’artiste dont nous ne lui tiendrons pas rigueur car l’homme est attachant et charismatique. Le premier regard en dit long et c’est dans la profondeur de ses yeux qu’on peut lire toute son histoire : il a grandi dans le « zion » sur l’île aux 365 rivières, là où certains vieux rastas qui vivent au cœur de la forêt ne seraient jamais descendus jusqu’à la mer, dit-on, préférant la quiétude des montagnes plus propice à leurs rêveries quotidiennes.

A la Dominique on travaille avec la nature et grâce à elle. Richard sera donc charpentier, construisant de ses mains des cases traditionnelles entièrement faites de bois. Pour rendre moins pénible son travail de bâtisseur, il chante toute la journée des mélodies issues du folklore local ou entendues à la radio. La Caraïbe est un merveilleux melting-pot des musiques du monde et il est facile pour un jeune homme de son âge d’absorber toutes les influences qui ressurgiront bientôt pour en faire l’artiste qu’il est devenu.

Doté d’une voix puissante et juste, il gagnera des concours de chant amateur puis des compétitions plus sérieuses en interprétant notamment des classiques du calypso, cette musique venue de Trinidad qui va fusionner avec le ska jamaïcain dès la fin des années 60 pour devenir le reggae que l’on connaît aujourd’hui.

Notre chanteur a trouvé sa voie(x) travaillant sans relâche sur sa guitare et composant de nombreuses chansons en attendant les jours meilleurs. Après avoir parcouru les îles voisines, il choisit Saint-Martin pour y parfaire son art car ici, les influences musicales sont multiples, les airs populaires antillais se mélangent au blues et au jazz de l’Amérique toute proche, les musiciens venus d’horizon différents se rencontrent. Nous sommes en 1987 et Richard devenu « Dread’I » se fixe définitivement sur l’île, il monte son premier groupe « Roots Foundations » encore en activité aujourd’hui (même si les membres originaux ne sont pas tous restés). Au sein du groupe, Dread’I n’est pas encore le leader, car un de ses compagnons chante mieux que lui. Il doit donc travailler et travailler encore pour obtenir ce timbre de voix qui ressemble à s’y méprendre à celle de son modèle absolu Bob Marley. Il avoue d’ailleurs être réceptif à toutes les musiques, que ce soit le zouk, la salsa ou même le blues  et le rock avec bien entendu une préférence pour le reggae roots, du moment qu’il y a un message ou une vibration suffisante pour l’émouvoir.

1999 sera l’année du premier album, d’autres suivront année après année, les titres des chansons sont sans équivoque et dans la plus pure tradition reggae : «True Love», «Save my Soul», «Island in the Sun», «Nature Welcome», «No Fear». La notoriété ne se fait pas attendre et les concerts s’enchainent dans les bars et sur toutes les scènes de la Friendly Island ainsi qu’à Anguilla, à Antigua mais aussi en Floride à Orlando et même à Las Vegas dans la prestigieuse salle du Mandalay Bay Casino. Le onzième album sortira en Janvier 2017 et Dread’I a tenu à réserver l’exclusivité du titre de ce prochain opus au Saint-Martin’s Week : « Q.C.C. » (Quater Century Collection).  

Malgré cela, l’homme reste humble et continue d’arpenter les plages de notre île pour vendre ses CD aux amateurs de bonne musique sans se faire prier pour interpréter au passage un ou deux couplets de sa composition a cappella. Bonnet vert-jaune-rouge, barbiche tressée et démarche chaloupée, le personnage est incontournable, vous ne pouvez pas le manquer. La tête dans les étoiles, il nourrit pourtant un rêve secret : une grande scène permanente installée sur une plage et qui accueillerait tous les artistes locaux (musiciens et autres) afin de laisser à chacun le pouvoir d’exprimer son art au grand jour et de se faire connaître du public le plus large possible. Que Jah puisse l’entendre…

Avant de nous quitter Dread’I ne résiste pas à l’envie de nous délivrer sa devise, toujours la même, universelle et intemporelle : « PEACE & UNITY ».

Jean-Michel CAROLLO

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