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Les visites successives des candidats aux élections nationales traduisent un brusque regain d’intérêt pour les territoires d’outre-mer : chasse aux électeurs, chasse au parrainage, chasse en tous genres…

Ces candidats découvrent des territoires qui présentent un PIB par habitant de 40 à 50% inférieur à celui de la métropole contre un taux de chômage triple, voire quadruple pour ce qui concerne les femmes. Nous pouvons poursuivre l’inventaire des handicaps ultramarins : insularité, éloignement, précarité, économies sous perfusion, perspectives démographiques liées à un fort vieillissement des populations à l’horizon 2030, diminution des dotations de l’état, territoires soumis à une instabilité fiscale et réglementaire, des évolutions statutaires et transfert de compétences sans véritable compensation.
Les perspectives des territoires d’outre-mer au regard de ces éléments sont plutôt sombres. Les territoires d’outre-mer sont devenus des économies de comptoir qui ne survivent qu’à travers les transferts sociaux ou les salaires de la fonction publique. Or, aucune formation politique ou candidat n’aborde le véritable débat, celui du développement, de la croissance… Le débat sur la compensation des transferts, comme celui de la surrémunération des fonctionnaires est escamoté par peur ou impuissance politique. L’investissement productif et le développement de l’entrepreneuriat ne constituent pas une priorité.
Le temps de visite de nos ex ou futurs candidats ne dure généralement que quelques heures avec un circuit convenu, portant obligation de rencontrer les militants, les jeunes, quelques socio-professionnels et les élus, qui ne reflète pas la réalité de nos territoires.
Pensent-ils un instant à la nécessité de développement économique et social qui comporte les objectifs suivants :

  • la réduction massive des charges sociales
  • la formation des jeunes aux métiers d’avenir à forte plus value
  • la réduction de l’échec scolaire
  • un investissement massif dans l’économie et les équipements numériques
  • la lutte contre l’insalubrité et l’accès au logement décent
  • un rattrapage des infrastructures et équipements publics (eau, énergie…)
  • la création de territoires en zone franches avec des avantages fiscaux durables
  • un ajustement des programmes européens privilégiant le secteur productif…
  • une adaptation du statut de la fonction publique avec un transfert des ressources dans l’emploi productif
  • la protection et la valorisation de la production locale par l’utilisation d’instruments réglementaires et fiscaux
  • un programme de revalorisation de la filière touristique avec des investissements vers un tourisme haut de gamme et une valorisation des métiers liés à la mer
  • le transfert des technologies nouvelles liées à la production
  • le réaménagement des espaces urbains autrement que par la construction de logements sociaux.

Oui, les territoires d’outre-mer possèdent un véritable potentiel de développement, création et valorisation de l’emploi, une ouverture sur le monde.
Oui, les territoires d’outre-mer contribuent massivement au développement, ne serait-ce que pour ceux qui travaillent en métropole.
Messieurs les candidats, engagez vous sur un programme avec le courage de la réforme, créez l’espoir au-delà de vos sempiternelles généralités, marquez votre courage politique, réformez la fiscalité, créez des agences de développement avec une vision d’efficacité et d’opérationnalité. Valorisez la réussite par la travail, valorisez l’entreprise, redonnez la liberté de créer, de construire, de gérer.
Messieurs les candidats, nos voix ne feront peut être pas la différence lors des futures échéances, mais si la France demeure une grande puissance, c’est à travers ses territoires d’outre-mer…
Créez les conditions d’un véritable développement, par le travail et la dignité, et non par l’assistanat.

Petit rappel des visites de courtoisie (non exhaustif)

• Saint Martin
Brice Hortefeux
Alain Juppé

• Guadeloupe
Emmanuel Macron
Jean-Luc Mélenchon
Alain Juppé

• Martinique
Jean-Luc Mélenchon
Emmanuel Macron
Alain Juppé
François Fillon

• Guyane
Marine Le Pen
Emmanuel Macron
Alain Juppé

• La Réunion
Alain Juppé
Bruno Lemaire
Marine Le pen

• Mayotte
Alain Juppé
Marine Le Pen

• Polynésie
Alain Juppé

• Nouvelle Calédonie
Alain Juppé

Petites notes sans prétention

• Quatre candidats à la primaire ont effectué au moins un déplacement dans les Outre-mer : Alain Juppé, Bruno Lemaire, François Fillon et Jean-Frédéric Poisson

• Dans les 36 pages du «Contrat avec les Français» de Jean-François Copé, l’Outre-mer n’est pas évoquée une seule fois et aucune visite n’a été programmée depuis qu’il a annoncé fin août avoir obtenu les parrainages nécessaires pour se présenter à la primaire de la droite.

• Pas un mot également dans la brochure programmatique «Nouvelle société, nouvelle France» de Nathalie Kosciusko-Morizet.

• En 2012, les électeurs ultramarins ont représenté 3% du nombre total de Français qui se sont déplacés au second tour de l’élection présidentielle. Un vivier auquel il faut aussi ajouter les 365.000 Domiens qui habitent en métropole, sensibles au déplacement et au discours des candidats dans leur région d’origine.

• En 2012, François Hollande était arrivé en tête du premier tour de la présidentielle dans huit des onze territoires d’Outre-mer.

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