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Parmi les indicateurs livrés par la récente étude de l’INSEE, celui lié au déficit migratoire a particulièrement retenu notre attention ; sans doute parce qu’en ces périodes de fête, il est de coutume mondiale de rentrer au pays retrouver sa famille quelle que soit la raison originelle de l’expatriation.

Selon l’INSEE, “le déficit migratoire observé sur la période récente s’explique par les nombreux départs des natifs de Saint-Martin. En effet, sur la période 2007-2012, le solde apparent des entrées-sorties des personnes déjà nées en 2007 est déficitaire chez les Saint-Martinois de naissance, qui enregistrent 5 300 sorties de plus que d’entrées. Ce solde chez les natifs est négatif à tous les âges. (…) Chez les non natifs, le solde apparent est globalement positif, avec 2 100 entrées de plus que de sorties.”

Concrètement, cela signifie que l’attractivité du territoire est inversée entre les saint-martinois de naissance et ceux d’adoption. Pour oser un parallèle marquant, c’est un peu comme si les “nés en” Corse quittaient la Corse au point d’y devenir minoritaires à terme.

L’étude statistique ne décline pas les raisons de cet exode des “natifs” et il serait simpliste de vouloir attribuer cela à une cause unique. Ailleurs, le sujet a déjà été largement traité puisque nombreuses sont les communes de métropole à avoir vécu l’arrivée massive de néo-ruraux au point de mettre en difficulté électorale nombre de natifs qui n’avaient pas vu la pesée électorale évoluer. Ici, c’est forcément un peu différent puisque peu sont ceux des arrivants à s’enraciner suffisamment profondément pour projeter localement leur investissement dans une direction autre que celle du business ou de l’eldorado social.

A la lumière de ces chiffres, il est évident que Saint-Martin ne dispose pas d’une offre suffisamment adaptée en termes d’emploi, de perspectives d’avenir ou de chemin de vie notamment pour retenir ceux que les élus et les candidats disent pourtant unanimement vouloir protéger et/ou favoriser… l’éternelle discrimination positive.

Pourtant, et même en poussant jusqu’à éluder les métiers du tourisme (saisonniers inclus), nul ne peut nier le besoin en compétence, en ingénierie au point de devoir régulièrement “importer” ces compétences (consultants et conférenciers inclus), preuve des limites du “made in Saint-Martin”, qu’il soit “made” de longue date ou après 1985.

Que devons-nous ou pourrions-nous donc conclure ? Plusieurs hypothèses :

  • La formation des natifs ne permet pas de répondre à ces besoins criants,
  • La volonté de ceux qui décident des recrutements n’est pas en phase avec leurs discours,
  • Les engagements politiques ou professionnels de ceux qui détiennent la compétence sont sanctionnés et brident leurs perspectives (heureux les simples d’esprit),
  • La nécessité de discrimination positive se heurte à un complexe historiquement ancré, que ce soit par rapport à la Guadeloupe ou à la métropole.
  • Il est plus aisé d’avoir à faire avec un public dont les prétentions ne sont pas nivelées par un “I’m from here” sclérosant,
  • Le devenir économique pressenti de l’île est suffisamment effrayant pour que la décision de migration en direction de pâturage plus vert prenne le dessus sur l’attachement au territoire,
  • et bien d’autres raisons encore que le politiquement correct ne permet pas d’avouer…

Il est pourtant une strate de notre société qui, à l’instar des irréductibles gaulois, résiste plutôt pas mal à ce déficit, c’est celle des élus locaux ou des siégeants plus globalement…

Pendant ce temps à Saint Barth, la Collectivité prend des mesures visant au retour de ses diplômés… tandis qu’à Saint-Martin, le sentiment d’invasion prend un dangereux chemin qui ne manquera pas de s’inviter à la grande table des élections territoriales…

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