Une touffe de cheveux blonds et frisés sans arrêt en mouvement surmontant une silhouette aussi fine que la brise qui nous balaie le visage en ce matin de Décembre, Nicole vient à notre rencontre avec un sourire franc et des yeux qui pétillent.

Elle est en plein montage de son stand sur le marché de Marigot et le temps presse car les premiers badauds sont déjà là, pourtant elle prend le temps d’aider un de ses voisins à mettre une touche finale et artistique dans la disposition de ses articles. Un petit mot pour sa copine d’en face, une plaisanterie au collègue qui passe et voilà, nous pouvons nous poser un peu pour faire plus ample connaissance… Nicole est une vraie parisienne née à Paname en 1953 “Tu peux dire mon âge dans ton journal mon chéri, je n’en ai pas honte et je n’ai rien à cacher”. Pas de quoi avoir  des complexes en effet, Nicole pourrait certainement en remontrer à des bien plus jeunes qu’elle. Mariée, mère de 2 enfants et grand-mère de 2 petits-enfants, le temps n’a pas eu d’emprise sur elle et les rides qui savent si bien embellir le visage d’une femme de son âge lui donnent ce côté un peu baroudeuse qui lui va bien.

A 28 ans, elle et son mari sont en train de patauger dans les flaques d’eau de la Place de la Concorde, il fait froid et humide, Paris est triste et ils sentent que leur jeunesse mérite mieux que cela et que, comme dirait la chanson “ce serait moins pénible au soleil”. Sitôt dit sitôt fait, direction les Antilles, 1er arrêt en Guadeloupe où Nicole va travailler pour le Club Med’ puis une rencontre avec le couturier Charlie Will va faire naître en elle cette envie de création qui ne la lâchera plus. Elle devient alors modéliste-styliste et se spécialise dans les vêtements pour femmes fortes. “Je suis fière de dire que j’ai obtenu mon CAP de couture à 47 ans” nous dit-elle, bien décidée à casser les codes qui voudraient qu’après 20 ans rien n’est plus possible. Tombé sous le charme des Caraïbes, le couple s’y sent bien et approfondit sa connaissance de la culture locale. Le mari de Nicole, Fabien Bellahsen écrira “Délices de la cuisine Créole” et “Hommage à la Femme Noire”. Mais la bougeotte est une maladie qui ne se soigne jamais complètement, et la voilà repartie, pour s’arrêter pas très loin : à Saint-Martin où, dit-on, tout est possible. Le cyclone Luis vient de dévaster l’île et effectivement, les opportunités sont presque aussi nombreuses que les cocotiers qui jonchent le sol après le passage de l’ouragan.

C’est en ramassant une palme et quelques morceaux de fibre que Nicole va avoir le flash de sa vie, cette matière à l’état brut qu’elle tient entre ses mains lui transmet suffisamment de bonnes vibrations pour qu’elle imagine alors de s’en servir pour faire des vêtements comme il a dû en exister au premier jour de l’humanité. Son expérience de couturière va lui donner l’élan nécessaire pour faire naître des créations toutes plus originales les unes que les autres. L’utilisation de pigments naturels mêlés à cette fibre va la guider sur un autre chemin, car quelque chose en elle sommeille depuis trop longtemps : sa passion pour l’art Africain du XVIIe siècle va la conduire à reproduire des motifs directement sur la matière et ce sont alors des œuvres étonnantes qui vont voir le jour sous ses doigts.

Couleurs vives entremêlées et assemblées en patchwork telles des vitraux de bois nous ramènent à l’origine des temps et nous relient directement au continent africain à la fois si lointain et si proche par ses racines et son art pictural.

Les thèmes préférés de Nicole sont la musique et les énergies positives si présentes dans cet art trop peu connu du grand public. Elle a installé son Atelier de la Fibre à Colombier au cœur de la campagne Saint-Martinoise comme pour mieux échanger avec la nature et ressentir les vibrations au plus profond de son cœur, de son corps et de son âme. Voici donc plus de 20 ans que Nicole installe sa bonne humeur tous les matins (ou presque) sur le marché de Marigot dont elle est la doyenne, une fierté qu’elle ne cache pas non sans avouer qu’elle a envie de lever un peu le pied car les choses changent et pas toujours dans le bon sens. Sélectionnée par l’Office du Tourisme pour représenter Saint-Martin à la Foire de Paris l’an passé, elle a dû composer et faire preuve d’indulgence à l’égard des « costards-cravates » qui l’accompagnaient et qui « n’ont pas compris que Saint-Martin va mourir si rien n’est fait pour rendre à l’île le pouvoir d’attraction qu’elle a perdu ». Pessimiste mais pas défaitiste, Nicole a pourtant un projet qui lui tient à cœur : elle voudrait initier les jeunes enfants à la peinture, histoire de les sortir un peu de la rue et leur faire prendre conscience qu’ils ont tous les éléments à portée de main pour laisser éclater leur talent. Nicole est une passeuse, elle s’en voudrait de ne pas transmettre un peu de son art à la génération future… nous aussi Nicole, nous aussi.

 

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