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Parce que toute médaille a son revers et que celui spontanément livré a déjà été largement traité par les autres titres locaux, nous avons souhaité, sans parti pris, donner la parole à la défense.

La semaine dernière, un vent de mécontentement soufflait du côté d’Oyster Pond et se propageait sur toute l’île. Résumons la situation : un particulier quelque peu excédé écrit à la presse locale pour se plaindre de la gêne occasionnée par les vendeurs de timeshare, appelés OPC’s (“Off Premises Consultants”), dans son quartier, égratignant au passage le système qui consiste à vendre des appartements en temps partagé aux touristes.

Nous ne pouvions nous contenter de reproduire ses propos en “copier/coller” intégral ou partiel et nous nous sommes rendus dans un des établissements concernés pour y rencontrer un agent commercial et y recueillir ses commentaires.

Sa première réaction à propos des nuisances occasionnées par les OPC’s est la suivante : “Ceci n’est pas une généralité et les jeunes gens qui travaillent pour nous sont loin d’être semeurs de troubles comme le sous-entend ce riverain. Nous leur inculquons une formation de base dans laquelle nous précisons que le respect de l’environnement et des habitants est une chose importante. Ces jeunes font un travail difficile et leur rémunération ne se fait qu’en fonction de leurs résultats, alors pourquoi incriminer ceux qui ont envie de travailler quand les vrais délinquants se livrent à des pratiques illicites quelques centaines de mètres plus loin sans qu’on ne leur dise rien sous prétexte qu’ils font partie du paysage local ?”.

Cet agent commercial, à qui les clients sont amenés grâce à la persuasion des petites mains de la rue, n’accepte pas que l’on puisse à ce point dénigrer la profession sans en mesurer l’importance. En effet, selon lui, il ne faut pas faire abstraction de l’apport en clientèle dont bénéficie toute l’île et ceci pour plusieurs raisons :

d’abord, cette catégorie de touristes est fidèle à St-Martin puisqu’elle a décidé d’y acheter un appartement pour y revenir régulièrement (si le système permet d’échanger le sien avec quelqu’un d’autre, il sera de toutes manières occupé),

ensuite, la durée du séjour est d’une à deux semaines (la comparaison avec les croisiéristes qui ne restent que quelques heures est toute faite) et on peut être pratiquement certain que chaque famille qui séjourne ici dépensera entre $1.000 et $2.500 par semaine.

Il y a environ une vingtaine d’établissements de ce type sur l’île qui logent chacun aux alentours de 2.000 touristes…

“Contrairement à ce que tout le monde pense, les clients des timeshare ne dépensent pas leur argent uniquement du côté hollandais” précise-t-il “C’est tout le commerce local qui en profite et vous pouvez demander aux restaurateurs de Grand-Case par exemple s’ils sont contre, tous vous répondront que sans cette clientèle, ils ne travailleraient certainement pas autant. Nous ne voulons pas polémiquer sur ce sujet, mais il est facile de critiquer de façon négative en faisant volontairement abstraction des côtés positifs. Saint-Martin est déjà en perte de vitesse alors pourquoi en rajouter ? Effectivement, la politique de la partie française en matière de tourisme devrait être repensée. Comment expliquez-vous qu’il faille que ce soit nous qui expliquions aux vacanciers quelles activités ils pourront pratiquer pendant leur séjour, dans quel restaurant ils pourront aller dîner ou à quel endroit ils auront la possibilité de faire du shopping ? Et nous leur indiquons sans différence les adresses françaises comme les hollandaises malgré ce que la majorité des gens pensent. D’ailleurs à ce propos, il est faux de croire qu’il n’y a que des Américains qui achètent du timeshare, les Français représentent environ 20% de nos clients”. Et l’agent commercial de conclure : “Ah oui et je tiens à dire que les cadeaux sont toujours donnés et que ce ne sont pas seulement que des stylos !”.

La suite de notre enquête nous a permis de rencontrer un de ces jeunes sur lesquels tombent toutes les accusations, il n’a pas trop osé s’étendre sur l’illégalité de son activité (côté français) tout en faisant remarquer que des choses toutes aussi illégales mais beaucoup plus répréhensibles s’étalaient au grand jour sans que cela ne choque personne. “Je regrette que cette image soit la seule que l’on ait de nous, car la plupart de mes collègues ont un comportement correct, nous ne sommes pas des voleurs et nous travaillons pour gagner notre vie honnêtement, tout le monde ne peut pas en dire autant.”. Puis il s’adresse à ses compagnons en ces termes : “Ramassez vos mégots et vos canettes vides avant de quitter les lieux les gars, et tout ira bien. N’alimentez pas l’aigreur des vieux ronchons pour qui il est plus facile de compter les détritus que les dollars dépensés par chaque client pour faire vivre Saint-Martin.”.  A bon entendeur…

Rapide rappel à la loi

En France, la loi n° 86-18 du 6 janvier 1986 relative aux sociétés d’attribution d’immeubles en jouissance à temps partagé a posé les premiers jalons d’une protection des acquéreurs en obligeant les professionnels à indiquer la nature des charges à payer à hauteur des parts détenues et en permettant la participation des associés à la gestion des sociétés d’attribution d’immeubles en jouissance à temps partagé.

Pour les contrats signés en France, la législation relative au démarchage s’applique et le consommateur dispose du délai de rétractation mentionné à l’article L. 121-35 du code de la consommation en vertu duquel il peut revenir sur sa signature dans les 7 jours suivant. De plus, un délai identique est institué par la loi du 31 décembre 1989 pour la souscription de parts donnant vocation à l’attribution en jouissance ou en propriété d’immeubles neufs d’habitation. Par ailleurs, en cas de conclusion d’un crédit à la consommation ou immobilier pour le financement de l’achat du droit de séjour, les délais de rétractation ou de réflexion institués par les articles L. 311-1 et L. 312-5 du code de la consommation s’appliquent.

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