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En cette période de voeux, mais aussi de prospective quant aux grands enjeux territoriaux – électoraux notamment, l’Insee nous a offert une nouvelle piste de réflexion : le niveau de formation local.

Ainsi, selon l’Insee, outre de faibles taux de scolarisation, Saint-Martin subit un déficit alarmant de diplômés du supérieur dès le niveau Bac+2, la majorité s’arrêtant au BEP-CAP ou au Bac. Et ce déficit est encore plus marqué chez les 30-39 ans, génération dont on aurait pourtant pu espérer qu’elle insuffle un changement, un renouvellement tant sur le plan politique que sur le plan économique. Or, 36% de la population saint-martinoise ne possèdent aucun diplôme contre 20% seulement de diplômés supérieurs parmi les 30-39 ans.

Cela tient évidemment à la carence d’offre de formation post-bac sur le territoire puisque moins d’un quart des 18-24 ans sont scolarisés à Saint-Martin (contre 18% à Sint Maarten et 52 en Métropole), mais pas seulement puisque le niveau de formation diffère fortement selon les régions de naissance : “Ainsi, 70 % des immigrés ne possèdent aucun diplôme. Cette proportion atteint 80 % chez les immigrés de nationalité de naissance haïtienne, 75 % chez les Dominiquais, mais également 56 % chez les Néerlandais (principalement de Sint Maarten)”. En ce qui concerne les natifs de Saint-Martin, 45% ne possèdent aucun diplôme contre seulement 7% de diplômés supérieurs. À titre de comparaison, 14% des natifs de France métropolitaine ne sont pas diplômés contre 33% de ceux nés dans un autre DOM-COM.

Autant dire que le problème est réel et mériterait que l’on s’y penche autrement et notamment en amont des dispositifs d’insertion même si ceux-ci, au regard des chiffres, ont un avenir radieux sur le territoire. En parallèle, les discours, ceux récurrents et ceux que l’on entendra encore plus durant la période électorale à venir, vont vouloir nous vendre notamment :

  1. un développement économique porté par le numérique, et les technologies de demain,
  2. une plus forte autonomie dont l’exercice devrait être prioritairement accordé aux locaux,
  3. un développement durable inscrit dans un cadre urbanistique qui a du mal à être posé et environnemental qui n’a que peu d’ambition,
  4. une insertion proactive dans notre environnement régional et une participation égalitaire dans les organismes de coopération,
  5. la nécessité d’un lobbying permanent et pertinent sur la scène nationale,
  6. des besoins de représentation forte sur tous les salons et autres foires et showrooms.

Comment y parvenir en affichant de tels taux de scolarisation et de qualification ?

En terme de prise en charge de ce problème, il faut bien reconnaître que l’accent a, durant cette mandature, bien été mis sur l’éducation dès la petite enfance en toute cohérence avec la carrière professionnelle de la présidente en place. Mais ceux-là aussi grandiront et devront affronter les mêmes difficultés que leurs aînés.

Là où le bât blesse encore plus, c’est qu’à l’accession à notre nouveau statut, eu égard à la multiplicité des nouvelles compétences territoriales et à la liberté promise en termes économiques, on aurait pu espérer une mise à niveau des compétences locales, un essor d’ingénierie et un élan de créativité. Or, non seulement rien de tel n’a eu lieu mais en plus, rien de tel ne semble se profiler. Pourtant, le besoin local est bien tangible puisque l’Insee a précisé que “les natifs de France métropolitaine qui habitent à Saint-Martin, en grande partie pour des raisons professionnelles, sont très qualifiés.”

Il y a donc comme un sentiment de démission généralisé car les diplômés supérieurs natifs de Saint-Martin sont loin d’être inexistants, ils ont simplement quitté le territoire pour ne pas y revenir. Et ceux qui sont revenus se sont pour la plupart heurtés à une mécanique locale sans doute trop profondément ancrée dans des habitudes ne permettant pas une pleine expression des acquis issus d’autres territoires (US, Canada, Métropole).

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