A  la veille de chaque élection, Saint-Martin a le privilège de découvrir un projet d’aménagement du Front de Mer.

En 2012, nous avions en présentation un projet canadien : 800 millions d’USD d’investissement, des centaines de logements, des centaines de commerces, un hôtel de luxe, des milliers d’emplois fictifs… Un projet sans réalité technique, sans étude sérieuse et un groupe de promoteurs dont le chiffre d’affaires était inférieur à celui de la SEMSAMAR…

Sept mois avant les élections territoriales de mars 2017, la Collectivité met en œuvre une consultation pour une concession d’aménagement représentant environ 255 millions d’euros, avec la création de 26 hectares de terres pleins sur la Baie de Marigot par remblaiement, l’extension de la Marina Fort Louis,  la construction d’un quai d’accueil de la croisière, de bâtiments publics…

Il s’agit d’une concession, ce qui signifie que le promoteur assure le financement de l’opération sus ses propres ressources. Il doit, par la suite, amortir son investissement par la vente du foncier créé et les produits d’exploitation.

L’analyse du dossier de consultation révèle quelques erreurs et incertitudes et occulte les options ultérieures de développement. Il ne semble exister aucune étude juridique, technique, environnementale et financière qui conforte la faisabilité de l’opération.

L’importance d’un tel programme aurait dû faire l’objet d’une analyse technique et économique complète et non se limiter à une vingtaine de pages de présentation sans consistance !

Les chiffres d’investissement sont approximatifs. Quant aux chiffres d’exploitation, ils sont illusoires, voire faux. Si nous prenons en compte l’amortissement des équipements, ce qui constitue un préalable, le budget d’exploitation est durablement déficitaire.

L’examen de ces éléments reste marginal car la réalité du projet cache un développement  immobilier sans mesure avec la possibilité de développement de notre territoire.

La réalisation des équipements maritimes, des remblais se financera par la création de 26 hectares de foncier, surface plus importante que Marigot même ! Ce foncier est affecté à la construction de 180 000 m2 de bâtiments comprenant un hôtel de luxe, 1 600 logements et 1 000 commerces…. Il s’agit d’une traduction mathématique des surfaces de terrains créés.

A noter que cette opération n’était pas intégrée au Plan Local d’Urbanisme. Au terme de la concession qui pourrait être prolongée à 70 années, l’ensemble des équipements et surfaces sera transféré à la Collectivité… L’acquéreur possède un droit d’occupation temporaire… Enfin, le début des travaux était prévu dans un délai de deux ans à partir de mars 2017 !

Construction de 1 600 logements, 1 000 commerces, hôtel de luxe… : nous sommes dans le manque de réalisme le plus complet. Nous pouvons aussi nous interroger sur les compétences des bureaux d’études et des consultants. Les références de ces intervenants montrent qu’ils n’ont jamais travaillé sur une opération d’aménagement d’envergure.

Dans le même ordre d’idée, il est légitime de s’inquiéter de la capacité d’analyse des élus et services qui ont validé cette opération et lancé une consultation publique. Le résultat est probant : aucun promoteur ni groupement n’a répondu à cette consultation !

L’aménagement du Front de Mer est pourtant simple : il doit répondre aux besoins de notre île en prenant en compte l’existence d’une ville, la vie d’une population, l’existence de commerces.

Vouloir réaliser une nouvelle ville  à cet endroit n’a aucun sens et le développement de la croisière, de la plaisance, du commerce nécessite une définition cohérente des besoins et des projets, en concertation avec les acteurs économiques de l’île, dans son espace caribéen.

Surtout, ce projet doit, en amont recevoir l’adhésion de la population : Principe simple, peut être, mais qui constitue le fondement de toute opération d’aménagement…

JPF

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