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D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais manqué d’assumer mon devoir électoral. Je sais bien qu’il s’agit d’un droit mais j’en avais moi fait un devoir… sans doute parce que mes parents considéraient eux aussi cela comme tel et m’ont transmis l’envie de comprendre la cité et de participer à sa vie…

Cette notion de devoir s’efface peu à peu face à la valse des primaires, des candidats, des discours, des échéances, que ce soit au niveau national ou au niveau local…

La notion de droit, que l’on exerce ou pas, reprend le dessus et comme beaucoup d’autres et à mon grand regret, je viendrais certainement grossir les rangs de ceux qui ne se sentent plus concernés par ce qu’est devenu la politique en général, la nature des débats, leur portée et aussi ce qu’en font les médias (désolé pour vous gens du St-Martin’s Week)…

Les élections auront lieu à Saint-Martin dans moins de trois mois et comme à l’accoutumée, la seule certitude est qu’il y aura encore une multitude de listes avec les mêmes gens ventilés différemment, ceux qui ont eu et n’ont plus, ceux qui ont et ne veulent pas ne plus avoir et ceux qui n’ont pas encore eu et qui estiment que c’est leur tour.

Franchement, on n’y comprend plus rien ! Les proches d’hier sont opposés aujourd’hui et seront rabibochés demain etc etc…

Les partis naissent à la veille des échéances et disparaissent le lendemain des élections… il n’y a aucune continuité dans l’investissement et pour une raison simple : ces mouvements ne naissent pas sur la base de différences d’idées mais trouvent leur raison d’être dans l’opportunisme et la nature des sièges à pourvoir.

Bien malin celui qui sera capable de comparer les programmes des candidats en lice pour ceux qui seront capables d’en produire un qui ne soit pas un copier-coller, encore plus malin celui qui parviendra à en faire une comparaison budgétaire.

On entendra comme d’habitude tout et n’importe quoi, qu’il faut tout changer de la fiscalité (oui… mais pour tendre vers quoi ?), qu’il faut remblayer jusqu’à Anguilla ou vite quitter l’Europe avant que nos voisins ne nous adressent plus la parole. Ce que l’on n’entendra par contre pas, c’est une projection de Saint-Martin demain et sur les moyens dont les candidats veulent se doter pour y parvenir.

Quelles valeurs construiront Saint-Martin demain, quels en seront les piliers ? Le social ? L’ouverture ? Les racines ? L’ouverture aux autres ou le protectionnisme en bouée de sauvetage ? Une économie développée pour tous ou des bastions qui ne nourriront que la fracture sociale ? Moi qui aime savoir où l’on va, ce sont là un millier de questions auxquelles j’aimerai trouver réponse dans les programmes des candidats à venir…

on sait tous que Saint-Martin s’est construite à la marge de la législation française

Et puis, il y a les “affaires”, le fait que l’on sait tous que Saint-Martin s’est construite à la marge de la législation française, que le changement de statut essaie de faire rentrer un territoire triangulaire dans un moule carré… tout cela donne le sentiment que rien ne tient vraiment droit au point que toutes les têtes de liste depuis 2007 se sont fait éjectées après élection.

Et puis il y a le favori, le dernier à incarner la rupture, ou une rupture, celui dont le parti est le seul à avoir continué à bosser après 2012… l’image de quelque chose de structuré. Mais pour l’instant, je n’ai rien trouvé qui puisse ressembler à un projet de territoire si ce n’est une approche contre courant des relations Nord/Sud, héritage sans doute gênant de Dosière l’incorruptible qui a su se jouer de la peau de banane qui lui était proposée localement pour lustrer les débuts du jeune loup.

Bref, je n’irai pas voter, je n’entrevois pour le moment pas le début de la queue d’une idée qui permettrait de rêver le Saint-Martin de demain. C’est d’autant plus affligeant quand on sait que tous les témoignages émanant de toutes les communautés, aujourd’hui plus qu’hier dos à dos, sont unanimes à dire que le futur fait peur ! Je ne vois que listes de prétendants très habités par eux-mêmes, leurs fonctions potentielles et les avantages à la clef, à gagner ou à perdre. Le pire est sans doute de constater que cela dépasse parfois l’ambition individuelle pour atteindre l’ambition en bande organisée…

Ce sont les élus et les aspirants élus qui fabriquent la première force politique de France et dans de plus amples proportions la première force saint-martinoise : les abstentionnistes qui ne sont pas en manque d’idées mais en manque de leaders habités par la chose publique.

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