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Mardi 3 janvier, Jovenel Moïse a été confirmé président élu d’Haïti par le Conseil électoral provisoire.

Ce résultat met un terme à un long et mouvementé processus électoral débuté en octobre 2015, plongeant le pays dans une longue crise politique dont il sera difficile de sortir rapidement.

En effet, le premier tour de l’élection présidentielle haïtienne s’est initialement tenu en octobre 2015 mais la victoire de Moïse avait alors été contestée et annulée en raison de fraudes.

Reprogrammé le 20 novembre dernier, le scrutin a de nouveau désigné Jovenel Moïse vainqueur et cette victoire a de nouveau aussitôt été contestée.

Les opérations de contrôle de ce deuxième scrutin ont été finalisées ce mardi en ces termes : “Il n’y a pas eu de fraudes massives, néanmoins l’analyse des 12% des procès verbaux a révélé des irrégularités qui ne sauraient affecter le processus”.

Ainsi, les résultats définitifs octroient 55,60% des suffrages à M. Moïse, suivi par le candidat du parti Lapeh Jude Célestin (19,57%) puis Moïse Jean-Charles du parti Pitit Dessalines (11,04%) et Maryse Narcisse du parti Fanmin Lavalas (9,01%) et 23 autres opposants. Jovenel Moïse briguait les suffrages sous la bannière du Parti haïtien Tet Kale (PHTK) du président sortant Michel Martelly.

Même si ces derniers résultats sont de nouveau contestés, le 7 février 2017, Moïse devrait prendre la succession de Jocelerme Privert, le président provisoire choisi en février 2016 par le Parlement.

A 48 ans, Jovenel Moïse, entrepreneur agricole originaire du nord du pays, appuyé sur seulement 21% de participation électorale, prendra donc la tête de la première république noire de l’histoire, classée au 163ème (sur 188) rang de l’indice de développement humain des Nations Unies.

Et il va lui falloir bien plus que du courage ou de la volonté pour améliorer la situation des 11 millions d’habitants du pays. En effet, au-delà de l’instabilité politique qui impacte nécessairement le développement économique, faute d’investissements publics comme privés, Haïti (sup)porte de nombreux autres maux, notamment :

  • 55 000 Haïtiens vivant toujours dans des camps de fortune suite au séisme de janvier 2010, selon l’Organisation internationale des migrations
  • Une épidémie de choléra qui a jusqu’à maintenant touché 800 000 personnes, dont 10 000 sont mortes, selon l’Organisation mondiale de la santé
  • 2 000 000 de personnes touchées d’une manière ou d’une autre par l’ouragan Matthew, dont plus de la moitié a encore besoin d’aide selon l’UNICEF…

Pour relever ces défis, le Président Moïse a une ambition majeure : ramener la diaspora au pays afin de “participer au développement économique, social et politique”  et “stopper la fuite des cerveaux” haïtiens. Il faut savoir qu’aujourd’hui, un citoyen haïtien sur quatre vit à l’étranger et que le cadre légal haïtien n’accorde aucun droit aux non-résidents, c’est dire si le challenge est grand… Ajoutons à cela que le parlement, où Moïse détient une quasi-majorité, voit déjà d’un très mauvais oeil cette ouverture qui conduirait inévitablement au renouvellement de la classe politique, les parlementaires auront donc des réticences à voter en ce sens.

Sans vouloir (pré)juger du destin d’Haïti, avec qui les liens vers et depuis Saint-Martin dépassent la proximité géographique, on ne peut s’empêcher de noter les analogies entre territoires :

  • la faible participation électorale
  • des “irrégularités qui ne sauraient affecter le processus” électoral
  • les conséquences économiques de l’instabilité politique
  • la nécessaire participation des natifs au développement du territoire 
  • mais aussi la volonté des “mammouths” politiques de ne pas créer d’espace.

Sur le principe, si l’on comprend la fuite des populations propres à certaines îles caribéennes telles que Cuba ou Haïti et la difficulté qu’ont ces territoires à faire face aux défis du XXIème siècle faute notamment d’un terreau suffisant de matière grise, on est en droit de s’interroger sur notre propre avenir puisque Saint-Martin présente désormais cette même fuite de population et de compétence tel que l’Insee l’a récemment mis en exergue.

Face à ce mouvement global de transferts de populations qui semble peu réversible, la question qui se pose est-elle de savoir comment ramener ceux qui sont partis dans un espace où ceux en place ne sont pas prêts à en céder ou comment bâtir un modèle inclusif avec les compétences qui arrivent ?

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