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« Those who don’t know history are doomed to repeat it »

La présentation de Daniella Jeffry ne devrait plus être à faire à Saint-Martin. Référence en matière d’histoire locale, porte étendard de la saint martinitude s’il en fallait, Daniella s’enflamme lorsqu’elle parle des racines de « son peuple » et se fâche parfois lorsqu’elle aborde l’évolution de son île. C’est donc tout légitimement que nous avons pensé à elle pour commencer notre série « Histoire » qui, au fur et à mesure des numéros, vous livrera sous des formes diverses et parfois subjectives (comme toute interprétation de faits) des clés de compréhension  de ce territoire si particulier qu’est Saint-Martin.

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C’est dans son salon – bureau – bibliothèque aux murs couverts de photos de famille jaunies par les années, que Madame Jeffry nous accueille chaleureusement au milieu d’un nombre impressionnant de documents, de livres et d’ouvrages historiques dont certains écrits par Daniella en personne.

Cette Saint-Martinoise, née à Marigot à l’aube des années 40, est passionnée par l’histoire de notre île… de son île, qui selon elle a bien changé surtout depuis ces trente dernières années. Daniella Jeffry n’est pas nostalgique du passé mais regrette que Saint-Martin se soit engagée sur une route qui n’est pas la sienne.

De son enfance, elle retient surtout la volonté de ses parents et de sa famille toute entière de vouloir s’ouvrir sur le monde comme l’ont fait bon nombre de natifs de l’île depuis la fin du XIXème siècle. A cette époque, nombreux sont ceux qui partirent tenter leur chance aux Etats Unis si proches ou en République Dominicaine, revenant des années plus tard, mais laissant toujours sur place un ou deux membres de la famille qui s’y sont installés définitivement.

Daniella n’a pas échappé à la règle car après avoir été à l’école en Guadeloupe, elle prendra le bateau à Pointe-à-Pitre pour rejoindre le Havre puis Paris où elle finira ses études à la Sorbonne. Brillante élève, ses origines antillaises ne passent pas inaperçues : “Une mouche dans un bol de lait” dit-elle, d’autant plus que certains de ses professeurs l’interpellent à propos son accent américain. “On a toujours parlé anglais à Saint-Martin et à l’époque, bien des métropolitains ignoraient l’existence même de cette “colonie” et c’est encore vrai aujourd’hui” affirme Mme Jeffry, “c’est pour cela que notre situation est si particulière, mais personne jusqu’à maintenant n’a respecté cette spécificité et cette identité qui nous sont si chères. Certes, nous sommes de Nationalité Française, mais Saint-Martin ce n’est pas la France, il faut tenir compte de cela”.

“Je ne suis pas passéiste mais j’affirme que Saint-Martin a pris une direction qui n’est pas la SIENNE !”

Après s’être marié avec un étudiant Malgache, elle vivra 10 ans à Madagascar où elle apprendra à mieux comprendre cette culture africaine dont le peuple antillais a hérité. Revenue sur sa terre natale, elle va enseigner l’anglais dans les écoles et les collèges toute sa vie mais au fond d’elle-même, son envie d’écrire se fait de plus en plus forte, son envie de dire certaines choses aussi, de remonter jusqu’à l’origine des premiers Huguenots qui mirent pied à terre sur nos côtes après avoir été chassés du royaume de France et dont les descendants sont encore présents à nos côtés.

“Comment comprendre un peuple si l’on ne connaît pas son histoire ?”  interroge Daniella. ”Saint-Martin est une île minuscule qui n’avait pas vocation à être une terre d’asile comme l’est la France mythique (que nous respectons) mais qui ne peut en aucun cas prétendre nous donner une marche à suivre qui ne nous convient pas”.

Daniela Jeffry a été membre du dernier conseil municipal de Saint-Martin avant l’avènement de la COM. Toujours dans l’opposition par rapport à l’ordre établi, elle n’a jamais eu la langue dans sa poche et son discours dérangeant n’a pas toujours été apprécié des fonctionnaires mis en place par l’Etat. En 2013, on lui a même décerné la médaille de l’Ordre du Mérite, pour calmer ses ardeurs sans doute, et cela la fait toujours autant rire.

Depuis sa retraite en 1999, elle se consacre à l’écriture et pour son premier livre elle est partie 8 mois chez son fils à Miami avec dans sa valise les vieux journaux que lui envoyait son père du temps ou elle était étudiante à Paris. En relisant ces documents, elle se décide alors à approfondir ses recherches et tout en participant activement à la vie culturelle et associative de l’île, elle confirme les valeurs essentielles que sont la famille et la terre.

Son esprit de battante n’a de cesse de dénoncer les injustices et les absurdités qui régissent Saint-Martin : “Une terre de contradictions”,  selon elle.

Elle travaille toujours comme traductrice officielle et plusieurs de ses ouvrages édités en Français et en Anglais ont été récemment mis à jour et agrémentés de photos. Mais Daniella Jeffry n’a pas dit son dernier mot car trois nouveaux livres sont déjà en préparation et on en apprendra sans doute encore davantage sur cette passionnée d’histoire résolument tournée vers le futur. Encore une contradiction qu’elle assume pleinement car, dit-elle : “Je suis ce que je pense”.

JMC

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1 commentaire

  1. Il faut juste qu’on leur apprenne l’HISTOIRE complète sur les 400 dernières années avec toutes les migrations européennes et africaines remplaçant les Caraïbes exterminés. Nos profs d’histoire sont là pour leur donner le goût et la curiosité nécessaires. Et surtout ne pas manipuler les foules que sur la partie qui arrange un nombre restreint de la population.

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