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Il nous a parlé de son métier, de sa famille, de sa passion pour le football et du regard qu’il porte sur Saint-Martin aujourd’hui. Louis Hamlet nous a reçu chez lui, sur la terrasse qui domine le lagon et la baie de Marigot qu’il ne se lasse pas d’admirer même si le paysage a bien changé depuis qu’il est né, le 18 Septembre 1939. “C’était un Vendredi” précise-t-il, car ce saint-martinois en prise avec sa terre a le souci du détail.

D’entrée de jeu, il nous avertit : ‘Pas de questions sans réponses, je dis ce que je pense sans faire de détours, j’ai toujours suivi la ligne droite dans ma façon d’agir comme dans ma façon de penser”. Il a eu 7 enfants, 15 petits-enfants, 4 arrières petits-enfants dont il cite tous les prénoms avec l’œil brillant du patriarche fier de sa tribu puis il nous décrit son parcours qui n’a pas été toujours été facile.

Le travail comme pilier de ses valeurs

Très jeune, il a vite été confronté au monde du travail et aux difficultés d’en trouver, c’est pourquoi juste après son mariage il s’est exilé pendant 1 an à St Thomas pour y gagner de quoi payer le toit de sa petite maison dont la construction avait été arrêtée faute de moyens.  “Je gagnais bien ma vie à St-Thomas mais le jour où j’ai su que j’avais assez d’argent pour finir la toiture de ma maison, je suis rentré aussitôt à St Martin”. Pas question d’abandonner son île, sous aucun prétexte, c’était déjà sa ligne de conduite, la “ligne droite”.

En 1959, Louis Hamlet fort d’une certaine expérience dans le domaine du bâtiment va alors travailler pour le seul entrepreneur en maçonnerie de Saint-Martin à qui étaient confiés tous les chantiers de constructions aussi bien en partie française qu’en partie hollandaise. Des murs sans fin ou des citernes improbables à monter dans des temps record, rien ne lui faisait peur malgré sa jeunesse. “Louis, tu es trop fragile pour ça, tu n’y arriveras pas”, lui disaient certains ; ce à quoi il répondait : “Ce que je veux, je l’obtiens”. Peu à peu, il devient le spécialiste des murs en pierres et les anecdotes sont nombreuses, comme cette fois où le patron du futur Great Bay Hôtel s’était mis en colère parce que les plans n’avaient pas été suivis à la lettre ; le petit maçon lui avait tenu tête au risque de perdre son emploi : “Soit je respecte les plans et ça ne tiendra pas longtemps, soit je construis quelque chose de solide et tant pis pour l’architecte”. On avait fini par l’écouter et la bâtisse est toujours là…

Le football et les copains

Louis Hamlet n’est pas seulement connu des saint-martinois pour ses qualités de bâtisseur car il y avait un autre domaine où il excellait, c’est le football qu’il a pratiqué depuis son plus jeune âge jusqu’en 1995, date de son dernier match officiel. “Le football à Saint-Martin, c’est Louis Hamlet”, voilà des mots que l’on peut encore entendre dans la bouche des anciens, car Louis était un excellent dribbleur en milieu de terrain, prêt aux défis les plus fous comme le jour où les marins de la Jeanne d’Arc vinrent affronter l’équipe de Saint-Martin, persuadés qu’ils emporteraient la victoire. Ils prirent une raclée inattendue  et le Commandant de bord en personne vint demander à Louis s’il voulait repartir avec eux. La tentation était grande mais il a préféré rester sur sa terre plutôt que d’aller courir après un ballon aux quatre coins des mers en laissant les siens (la ligne droite, toujours).

Et puis, il y a “avant”

Joueur puis entraîneur, Louis Hamlet a participé aux plus grands matchs jusqu’à un quart de finale mémorable en Jamaïque. Il regrette toutefois que les notions de discipline liées aux entraînements sportifs aient quelque peu perdu de leur valeur de nos jours, tout comme il semble regretter le temps où la plaine de Bellevue n’était peuplée que de vaches, où la marina royale n’avait pas encore remplacé le lagon du cœur de Marigot. Dans ses souvenirs lointains, il se rappelle de l’étang de Galisbay qui nourrissait une grande partie de la population tant il contenait de poissons et de délicieuses crevettes. “La vie était douce ici et nous ne pouvions pas imaginer les changements que l’avenir nous réservait”, déclare-t-il avec un brin d’émotion dans la voix. “Pas d’eau courante, ni d’électricité mais une vraie vie de famille et de vrais contacts avec les gens, voilà ce qui nous manque aujourd’hui”. Sans parler de la violence quotidienne due selon lui, à une trop forte immigration, ce qui semblait impensable il y a quelques années.

Jean-Charles, l’ami policier

Avec un sourire amusé, Mr Hamlet nous parle avec tendresse de Jean-Charles, l’unique policier municipal qui parvenait à lui seul à faire régner l’ordre sur tout le territoire. “Tout le monde connaissait Jean-Charles qui passait la plupart de son temps à discuter autour d’un verre avec les habitants, sans la crainte d’une quelconque agression ou d’un cambriolage ”.

Se reconvertir, une obligation

Dans les années 70, Louis Hamlet a travaillé pendant 10 ans au service de la maintenance de l’hôtel La Samanna. Puis un jour, il s’est tourné vers l’avenir en suivant une formation spécialisée dans la climatisation et la réfrigération, ce qui l’a amené à ouvrir sa boutique devenue au fil des ans une des quincailleries les plus connues de Marigot. Il fut également pendant longtemps président des l’association des commerçants.

Un peu de politique, bien sûr

Il a tenté l’expérience politique l’espace d’un mandat au sein du conseil municipal et ne cache pas son point de vue au sujet du changement de statut de l’île : “La COM j’étais déjà contre bien avant que cela ne devienne réalité, j’avais d’ailleurs écrit un article là dessus, mais personne n’a écouté, personne ! Et nous voilà dans une situation où il faut vraiment craindre pour l’avenir, mais malheureusement on peut plus revenir en arrière”.

La retraite, un cap pas si évident

Maintenant que l’heure de la retraite a sonné, Louis Hamlet s’inquiète car il faut lui apprendre à vivre en restant à la maison, et ce n’est pas facile après une vie bien remplie comme la sienne.

Alors, il regarde la baie de Marigot comme au premier jour, ses yeux fixés sur la “ligne droite” de l’horizon…

JMC

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