Temps de lecture estimé : 6 minutes

 

À l’heure où les listes se (re)construisent, où l’on se demande dans quel (nouveau) groupe se retrouveront ceux qui avaient disparu après (la défaite de ) 2012, et où le tourisme semble cristalliser à la fois fantasmes et frustrations, l’éternelle planche de salut, Madame Ida Zin Ka Ieu, ex présidente de l’Office de tourisme (2007-2012), réagit à son actualité et livre une analyse qui démontre qu’on ne quitte jamais réellement la scène politique.

SMW – Présidente, puisqu’il est de coutume de ne pas perdre ses titres, nous sommes heureux de vous ouvrir nos colonnes. La semaine dernière avait lieu les Tourism Award organisé par l’office de tourisme, la consécration des 5 années de mandat de la Présidente Jeanne Vanterpool à la tête de l’outil qui pilote au destin de notre pilier économique central… une réaction ?

Ida Zin Ka Ieu – Je ne réagirai pas sur l’événement en lui même mais plutôt sur le fait qu’il n’est rien de nouveau à l’OT hormis des marches arrières. Vous savez, on quitte ses fonctions du jour au lendemain ou presque mais on conserve ses réseaux. Si je ne dois citer qu’un exemple, je voudrais que vous sachiez que la directrice de production de l’émission “Un dîner presque parfait” dont un des opus s’est déroulé à Saint-Martin du temps de ma mandature, continue de m’appeler pour d’autres projets faute de réponse de l’office. Je vous épargne la “boulette” avec XL, compagnie low Cost qui s’installe à Saint-Martin et dont le directeur a fait un scandale au stand de l’office à Paris faute d’avoir le moindre retour à ses sollicitations.

SMW – Pragmatiquement, quels seraient les axes de développement touristiques sur lesquels vous concentreriez vos efforts ?

Ida Zin Ka Ieu – Il est d’abord urgent de reposer le tourisme dans son environnement : Saint-Martin ne rayonne plus comme par le passé par manque de vision structurée. Les fondations posées n’ont pas été confortées et c’est clairement un manque d’intelligence. Je ne peux comprendre ces marches arrière, cette volonté de défaire, alors même que la présidente en fonction faisait partie du comité de direction précédent et qu’elle a voté ce qui se construisait à l’époque.

La destination perd du terrain, il y a un déficit de travail inside/out. Si l’on ne sait pas ce que l’on veut, on ne sait pas où l’on va et l’on est finalement ouvert à tout et n’importe quoi. Le tourisme de luxe comme meilleur soutien au développement ?

On peut oublier même si l’on peut remercier les propriétaires et gestionnaires de villas de prestige qui assument ce volet. Le travail de l’OT est d’asseoir une politique de la COM et le moins que l’on puisse en dire c’est que cette politique n’existe pas. J’ai aujourd’hui assez de maturité, d’expérience et de recul pour pouvoir affirmer qu’il est urgent qu’un diagnostic touristique territorial soit fait, ne serait-ce que pour que l’on cerne parfaitement la nature de l’offre proposée à Saint-Martin et que l’on puisse coucher un Schéma de Développement Touristique qui corresponde à la vision du politique.

Enfin, le tourisme saint-martinois ne peut tourner le dos à son propre pays :

j’affirme que des dizaines d’emplois pourraient être créés pour notre jeunesse si l’on ne fermait pas la porte à certains axes de développement et je pense en premier lieu à l’éco-tourisme, au tourisme vert, au tourisme de mémoire. Autant de secteurs qui méritent d’être étudiés mais pas pendant 5 ans !

SMW – Vous avez visiblement un point de vue assez clair et arrêté, pourquoi avoir disparu alors ?

Ida Zin Ka Ieu – Disparue ? Oui et Non. Vous savez, à l’OT, je ne faisais pas d’apparition de surface, j’étais présente au quotidien en phase avec les politiques développées par les présidents de la collectivité de l’époque que je développais au bénéfice du territoire, de son économie et de ses habitants. La défaite électorale et ses conséquences,  m’ont ramené à la réalité de mon rôle de maman et de chef d’entreprise.

SMW – La CTC a récemment épinglé le train de vie de l’OT, quelle est votre position sur le sujet ?

Ida Zin Ka Ieu – Franchement, je préfère ne pas m’exprimer sur la gestion comptable de l’Office de Tourisme depuis 2012.

SMW – Que pensez-vous de ce nouveau slogan “Smile @ Life” qui efface doucement le “Saint-Martin plus qu’ailleurs” ?

Ida Zin Ka Ieu – Je trouve le message positif, par contre je sais que le changement trop fréquent nuit à l’image de la destination et à son assise.

SMW – Un point de vue sur les problèmes internes ? Les grèves ? La lutte pour l’accession au poste de direction ?

Ce sont évidemment des soucis qui ne devraient pas se produire et surtout pas s’éterniser. J’ai dû moi-même y faire face lorsque je suis entrée en fonction. Mais que cela s’installe témoigne d’un manque de leadership. Diriger, c’est fédérer pas diviser. Il n’y a pas de mauvais employé, il n’y a que des mauvais managers, tous les gens ont des qualités, il suffit de leur permettre de les mettre en valeur.

SMW – Ida Zin Ka Ieu, ce large voyage en Chine que beaucoup décrient, vous auriez fait ?

Ida Zin Ka Ieu – Ce voyage à sans doute à l’époque trouvé ses justifications, mais vu les retombées, elles étaient vraisemblablement mauvaises au-delà même du coût de l’opération pour le contribuable. Les investissements, les déplacements doivent être transparents et trouver systématiquement le relais de la presse car il est impératif de rendre des comptes au peuple.

SMW – Les échéances approchent, Ida, serez-vous de cette nouvelle bataille électorale ?

Ida Zin Ka Ieu – J’ai été contactée par tous les candidats ou presque et si j’ai pu répondre clairement NON à certains, je n’ai pas répondu à d’autres, je ne m’interdis rien mais ma décision se fera sur la base d’une vision clairement progressiste des idées. Plus globalement, je suis clairement en Marche car demain est le monde de la politique autrement.

SMW – Pour conclure ?

Ida Zin Ka Ieu – Last but not least… parce que nous sommes le dernier jour de janvier, je voudrais souhaiter une belle année à tous. Notre île est une île d’exception, il faut cesser d’être spectateurs pour devenir acteurs, il en va de l’avenir de notre économie, de celui de nos enfants, il faut mettre fin aux décisions reposant sur les accointances et les petits arrangements pour ne répondre qu’à la compétence et au dévouement pour porter à nouveau fièrement notre appellation : Friendly Island.

Propos recueillis par I.R.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.