La définition d’une identité se fait notamment en référence à un territoire même si l’appartenance territoriale ne saurait, à elle seule, définir l’identité.

En fait, si territoire et identité ont toujours entretenu des rapports à la fois complexes et passionnels, le sentiment d’appartenance répond à des mécaniques encore plus complexes liées aux trajectoires géographiques ou historiques, aux constructions personnelles, au passé de chacun ainsi qu’au regard porté sur l’individu par celles et ceux qui revendiquent une identité.

Ainsi, vouloir écrire le sentiment d’appartenance, vouloir expliquer le lien entre identité et territoire reviendrait à devoir exposer autant de vérités qu’il y a d’individus et d’histoires, sans pouvoir s’appuyer sur des données à l’objectivité incontestable. C’est sans doute pour cela qu’aucun organisme officiel ne s’est prêté à l’exercice depuis 2006, date à laquelle l’Institut National d’Études Démographiques, appuyé sur une étude de l’Insee, nous livre un essai sur le sentiment d’appartenance.

Sujet sans doute trop épineux dont le traitement profond serait à même de mettre en danger la paix sociale… et exercice auquel le SMW ne se livrera pas ici même si l’ambiance et les discours locaux hurlent régulièrement une appartenance Majuscule face à des communautés diverses hiérarchisées selon leur taux de menace présumé pour l’identité de référence, tandis qu’en parallèle, d’autres revendiquent une appartenance et un attachement choisis. Principe de minorité : moins on est nombreux plus il est vital de hurler pour exister.

I.R


Amin Maalouf

À ceux qui me demandent d’où je viens, j’explique donc patiemment que je suis né au Liban, que j’y ai vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans, que l’arabe est ma langue maternelle, que c’est d’abord en traduction arabe que j’ai découvert Dumas et Dickens et ‘Les Voyages de Gulliver’, et que c’est dans mon village de la montagne, le village de mes ancêtres, que j’ai connu mes premières joies d’enfant et entendu certaines histoires dont j’allais m’inspirer plus tard dans mes romans. Comment pourrais-je l’oublier ? Comment pourrais-je m’en détacher ? Mais d’un autre côté, je vis depuis vingt-deux ans sur la terre de France, je bois son eau et son bon vin, mes mains caressent chaque jour ses vieilles pierres, j’écris mes livres dans sa langue, jamais plus elle ne sera pour moi une terre étrangère. Moitié français, donc et moitié libanais ? Pas du tout ! L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un ‘dosage’ particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre.”

Amin Maalouf, 1998 – Immortel de l’Académie Française

Commenter avec Facebook
- Publicité -

Réagir à l'article

Please enter your comment!
Please enter your name here