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Alain Richardson a dévoilé le socle de sa liste “En Marche vers le Progrès” la semaine dernière. Il nous tardait d’évoquer avec lui le contenu de son programme.

• Quelle société vous proposez-vous de construire demain ?

La problématique de notre territoire n’est pas qu’économique et sociale, elle est sociétale.

Nous affirmons tous et nous nous gaussons régulièrement qu’ici vivent des centaines de nationalités et une diversité humaine à l’image du monde. Pourtant, cette image d’Épinal cache mal le communautarisme qui au cours des années s’est développé, entraînant méfiance, intolérance, mépris et stigmatisation (pour ne citer que cela), qui désormais gangrènent les fondations de notre société. En période de crise économique, la situation devient exacerbée et au lieu de favoriser le “vivre ensemble”, on se tolère.

Au nom du groupe EN MARCHE VERS LE PROGRÈS, j’affirme haut et fort que Saint-Martin ne pourra progresser harmonieusement, sa population ne pourra s’épanouir et expérimenter le niveau de développement économique, social et humain qui devrait être le sien que si nous, tous les habitants de ce territoire :

  • nous embrassons les valeurs de la citoyenneté (devenons tous citoyens de Saint-Martin),
  • nous cultivons et développons ce sentiment d’appartenance à St-Martin,
  • nous apprenons et nous adhérons aux valeurs historiques qui fondent l’âme et l’esprit de St-Martin (partage, solidarité, compassion, concorde et harmonie, intérêt et destin commun, interdépendance, amour et attache à la terre, esprit d’entreprise, liberté, etc. )
  • nous nous approprions le riche héritage et l’esprit de pionniers de St-Martin.

La diversité de notre territoire constitue une véritable richesse, une force, un atout, un capital à faire fructifier au profit de l’intérêt et du bien commun (the “greater good”).

Oui, notre avenir commun dépend de la solidité des bases sur lesquelles la société Saint-Martinoise d’aujourd’hui se fonde. Sans ce socle, nous devons tous avoir l’honnêteté de reconnaître que notre société est en danger et que ses fondations chancellent.

Nous invitons toute la population à s’engager dans ce chantier pour bâtir un St-Martin, plus harmonieux, plus apaisé, plus solidaire, plus responsable, plus prospère et plus riche, fier de ses origines mais riche de sa diversité, où l’intérêt et le bien commun ont une vraie signification. Avec de telles bases sociétales, oui, l’avenir appartiendra à St-Martin et à ses enfants et le progrès sera rapidement atteignable.

• Cette réforme sociétale, cette conscience collective, repose forcément sur un ciment économique… quelles mesures seraient à même de créer le contexte favorable de ce regain d’activité ?

Dans l’idéal St-Martinois, se constituer un patrimoine, le développer et le faire fructifier est normal et est une nécessité. L’esprit d’entreprise fait partie de l’âme de St-Martin.

L’enjeu qui s’impose à notre territoire est de créer de la richesse (doubler le niveau du Produit Intérieur Brut au cours des 10 prochaines années) compte tenu du poids de la jeunesse, du niveau du chômage, du nombre croissant de jeunes diplômés et qualifiés souhaitant revenir travailler au pays. La richesse est créée essentiellement par le secteur privé.

Notre ambition, notre volonté et notre engagement, est de rendre notre territoire plus compétitif et plus attractif afin de pouvoir générer de la création d’activité, donc de la richesse et donc des emplois. Cette compétitivité et cette attractivité ne pourront être la résultante que :

  • De choix forts visant à donner rapidement une bouffée d’oxygène au tissu économique actuel et aux contribuables par des mesures fiscales simples, la mise en œuvre d’actions pour réduire le prix de l’eau et les taxes sur l’électricité notamment ;
  • De mesures pour encourager l’investissement notamment des entreprises déjà implantées afin de rassurer des futurs investisseurs et les attirer ;
  • Une simplification des procédures et comme disent les américains “be result driven” (être en permanence à la recherche du résultat final et non de procédures) ;
  • De finances publiques assainies avec un objectif permanent : la réalisation d’économies partout où c’est possible et l’optimisation des moyens.

Voilà juste quelques idées pour créer un contexte favorable.

• La maîtrise foncière et par rebond la politique en termes d’urbanisme freinent tout développement. Avez-vous des solutions à proposer sur ces sujets ?

Débloquer les successions qui durent depuis des décennies et qui bloquent trop souvent du foncier à fort potentiel de développement. A notre sens, cela passe par  :

  • Période de 10 ans d’exonération des droits de succession afin de faciliter le règlement des dossiers en instance.
  • Maintien et renforcement des dispositifs actuels destinés à libérer du foncier destiné au développement économique et du logement.
  • Favoriser les lotissements familiaux et les lotissements territoriaux afin de rendre accessible l’idéal St-Martinois : avoir son bout de terre, sa maison.
  • Œuvrer pour la reconquête et la réaffectation de certaines zones vers le développement d’infrastructures hôtelières.
  • Simplification et adaptabilité des procédures.

Ce ne sont là que quelques-unes des mesures que nous comptons mettre en place.

• L’environnement… un thème qui est trop régulièrement considéré comme un luxe à Saint-Martin… votre mandat sera-t-il éco-engagé ?

Notre territoire est une île, une petite île, nous ne pouvons faire fi des préoccupations environnementales. Nous ne souhaitons pas vivre sur une île poubelle et nous ne souhaitons pas transmettre aux générations futures une île environnementalement moribonde. Oui, préserver, protéger, embellir mais aussi exploiter raisonnablement est notre devise. Favoriser la production d’énergies propres, favoriser l’hébergement touristique éco-friendly sont de vraies préoccupations qui nous animent. Mais soyons clairs, gare aux ayatollahs de l’environnement qui ont tendance à plus favoriser les petites bêtes que l’être humain !

• Pour en terminer, votre année de mandature avait résonné notamment dans votre capacité à faire face à l’Etat… plus largement, comment envisagez-vous la coopération au sens très large du terme ?

Le Traité de Concordia et son esprit doivent redevenir le socle et la méthode de coopération avec Sint-Maarten mais sur des bases différentes, celles d’une coopération “gagnant/gagnant”. C’est en développant nos atouts et en créant de la vraie interdépendance (comme le prévoit le Traité de 1648)  qu’au-delà des hommes politiques et même des institutions que nous arriverons à donner une âme à cette communauté de destins créée en 1648.

Notre territoire doit affirmer son autonomie et donc parler fort sur la scène Caribéenne. Les Antilles et la Caraïbe sont à Saint-Martin, nous jouons parfois malgré nous un rôle non négligeable dans l’accueil et l’offre d’avenirs meilleurs à la Caraïbe et donc nous devons faire valoir ce rôle de leader que joue notre territoire dans le concert Antillais et Caribéen.

En ce qui concerne la Métropole, le respect et la reconnaissance de qui nous sommes par Paris est une exigence non négociable. Les efforts et sacrifices réalisés depuis 2012 doivent être reconnus à leur juste valeur et un engagement clair donné par Paris d’accompagner Saint-Martin, pour rattraper son retard en équipements structurels mais aussi en termes d’éducation et de formation, de création d’une vraie technostructure est indispensable. Un contrat de développement sur 5 à 8 ans sera un de nos chevaux de bataille.

L’Europe est souvent un de nos meilleurs alliés. S’il ne tenait qu’à l’Europe, Saint-Martin, de par le partage de territoires, de par le laboratoire exceptionnel qu’il représente, aurait obtenu son propre Programme Opérationnel avec des enveloppes à la hauteur de ses besoins. Paris malheureusement dans le passé à trop joué la carte des autres DOM notamment de la Guadeloupe contre Saint-Martin.

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