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C’est par cette phrase qu’il nous accueille, il ne nous suffira pas d’être Candide et nous savons alors que le chemin que nous aurons à faire pour qu’il nous dévoile un peu son âme d’artiste n’aura rien du parcours de santé et… Justement, Francis Eck aurait pu devenir footballeur professionnel ou pilote automobile car sur la ligne de départ de sa vie, rien ne le prédestinait à coucher ses émotions sur la toile. 

Originaire de l’Alsace profonde, il suit un cursus scolaire sans accrocs qui le conduira à devenir prof de gym. Le sport c’est son truc et transmettre sa passion aux plus jeunes lui apparaît comme une évidence, mais il s’aperçoit rapidement que les contraintes et les règles imposées par l’Education Nationale risquent fort de l’ennuyer à court terme.

Se fondre dans le moule, non merci.

S’ajoute à cela une certaine difficulté à se fondre dans le moule de la société dont les normes imposées et les obligations dictées par une tendance à la communication à tout prix sont à l’opposé de l’introvertisme excessif de Francis.

 A ses heures perdues, il lui arrive parfois de faire quelques dessins qu’il agrémente de touches colorées s’inspirant de cette nature qu’il aime tant, ses sujets préférés étant les paysages vierges de toute trace de civilisation. Il lui arrive souvent de s’enfoncer au plus profond de la forêt vosgienne pour y trouver  l’inspiration salvatrice. Comme un exutoire, il peint seul au milieu des arbres, à l’abri de tout regard, pliant son chevalet précipitamment au moindre craquement suspect lui faisant craindre la présence d’un visiteur impromptu.

Peu à peu, il affine son style et les toiles s’accumulent chez lui jusqu’au jour où des amis admiratifs de son talent lui soumettent l’idée d’organiser une exposition dans le village il où réside. Francis n’y pense pas une seconde, sa légendaire timidité ne lui permettant pas d’envisager de se dévoiler ainsi même à travers des représentations où ses émotions intimes ne transparaissent à aucun moment. À force de persuasion, la bande des copains finit par obtenir satisfaction et le jour du vernissage arrivé, Francis a dû s’y reprendre à deux fois avant d’affronter le public venu nombreux, parmi lequel se trouvaient  tous les officiels locaux dont le conservateur du musée de Mulhouse accompagné d’artistes du cru dont la réputation régionale n’était plus à faire.

S’exposer… pourtant…

Une expo au village, c’était une grande première, d’autant plus que personne ne connaissait les talents cachés de Francis Eck, mais ce fut également un franc succès puisque qu’une trentaine de tableaux furent vendus, sans parler des commentaires plutôt positifs qu’émirent à cette occasion les artistes présents dont on pouvait craindre qu’ils descendent en flèche cet amateur éclairé.

Encouragé par cette première expérience, Francis décide alors de prendre la chose un peu plus au sérieux en changeant son style pour affirmer sa personnalité, ne se contentant plus de reproduire les merveilles de la nature, mais proposant une interprétation plus épurée de sa vision d’artiste, admettant que sa condition de peintre sauvage ne pourrait pas survivre longtemps sans l’approbation d’un vrai public. Mais là, tout s’écroule, ce virage artistique qu’il pensait salvateur ne va pas du tout plaire à ceux qui le suivaient depuis le premier jour ne comprenant pas cette volonté de vouloir supprimer les petits détails qui justement faisaient le charme de ses tableaux du début.

Saint-Martin, saturation de la couleur

Francis est pourtant persuadé que cette quête de l’essentiel est la seule voie possible et il persiste malgré tout car sa main est guidée par une force qui ne la quittera plus. Changement de style, changement de lieu, Francis toujours professeur d’éducation physique demande sa mutation pour les Antilles, il l’obtient et il ira enseigner à St-Barth puis en Guadeloupe avant de se fixer à Saint-Martin.

La lumière des Caraïbes explose alors à ses yeux et il prend enfin conscience que seule la peinture a la possibilité de donner un sens à sa vie. Il envoie rapidement sa lettre de démission aux services de l’Education Nationale, renonçant ainsi à un parcours tout tracé face à l’incompréhension de ses proches choqués de ce renoncement soudain à un confort de vie et à une sécurité financière qu’envient parfois les gens sans ambition.

C’est alors que toute la dimension de l’art de Francis Erk va prendre son essor ; d’expo en expo, il se forge une solide réputation, au-delà des îles et des frontières. À Saint-Martin, la Belle Créole ou Port de Plaisance accueilleront régulièrement ses œuvres ; à St-Barth, le conseil municipal de l’époque votera le déblocage de fonds pour qu’il puisse se rendre au Japon à la demande de la cousine de l’Empereur tombée amoureuse de ses toiles, l’exposition sera un succès au retentissement international.

La notoriété…

Depuis, il a exposé plusieurs fois en Chine de Shanghai à Pékin en passant par Macao, il retourne ensuite tous les 2 ans en Guadeloupe où une clientèle fidèle l’attend avec impatience. Mais pris par le tourbillon des mondanités artistiques, Francis se rend compte qu’il ne se consacre plus assez à sa peinture…

et le retour à l’essentiel

…alors il décide de casser ce rythme infernal : terminées les expos, finis les voyages à l’autre bout du monde, stop à la frénésie qu’engendre cette renommée parfois lourde à gérer surtout lorsque l’on est comme lui un personnage qui n’apprécie rien d’autre autant que la solitude. Retour à l’essentiel et concentration sont désormais les maîtres mots du maître, car sa peinture instinctive mûrit d’abord longuement dans sa tête avant de naître sur la toile  comme une pulsation essentielle à la vie ; la concrétisation de l’idée doit être immédiate et non calculée afin de rester sincère et en adéquation avec les éléments indispensables à toute forme d’existence, la terre, l’eau, le vent, l’air, etc…

Francis Eck joue parfois au golf pour se détendre mais il passe le plus clair de son temps protégé par le calme, sous ses bananiers face au soleil, c’est là que se trouvent sa source, son atelier et son royaume ; c’est là que vous pourrez lui rendre visite à  la fin de la semaine pour y admirer son art, fort, sobre et ô combien lumineux.

JMC

(Francis Eck 47-2 les Jardins d’Orient Bay, les 25 et 26 Février de 10h à 18h)

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