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La Journée internationale de la langue maternelle est célébrée chaque année depuis février 2000 afin de promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme. La date du 21 février a été choisie en hommage aux étudiants tués par la police à Dacca (aujourd’hui la capitale du Bangladesh) alors qu’ils manifestaient pour que leur langue maternelle, le bengali, soit déclarée deuxième langue nationale du Pakistan de l’époque.

“À l’occasion de cette Journée, je lance un appel pour que le potentiel de l’éducation multilingue soit reconnu partout, dans les systèmes éducatifs et administratifs, dans les expressions culturelles et dans les médias, le cyberespace et les échanges commerciaux.” Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO
À Saint-Martin, le sujet nous intéresse évidemment tant il est prégnant dans notre quotidien et dans les usuels débats liés à l’enseignement local.

À l’occasion de cette Journée, nous ne prendrons pas la voie de la polémique ou d’une analyse pour /contre, mais nous contenterons de rappeler que le multilinguisme, lorsque mal appréhendé, devient un handicap lourd plutôt qu’une richesse.

La notion de langue maternelle est elle-même complexe, en cela qu’elle peut désigner la langue que parle la mère, ou la première langue qu’un enfant apprend, ou encore, tel que l’ont définie les dictionnaires pendant longtemps, la langue du pays où l’on est né, celle de la “mère-patrie”.

Quoiqu’il en soit, lorsque l’on évoque la langue maternelle, la question des origines est naturellement sous-jacente car en plus d’être un outil de communication, la langue est aussi facteur d’identité. Ainsi, ceux naissant sur une terre qui n’est pas celle de leurs parents et à qui l’on transmet un langage, et donc une culture, différents développeront un référentiel qui cloisonnera leur accès à la société dans laquelle ils sont censés apprendre et évoluer. De même, ceux à qui l’on s’efforce de transmettre la langue et donc la culture de la terre d’accueil, comme gages d’insertion, seront projetés dans un monde où leurs parents ne pourront les guider et ne pourront être considérés comme des “partenaires”.

Ainsi, la coexistence des cultures et des langues nourrit des sentiments ambivalents et provoque des malaises symptomatiques d’une position intermédiaire où l’on ne peut être totalement ici mais pas vraiment ailleurs non plus… Complexe dilemme, allégorie du serpent qui se mord la queue…

La question de la langue maternelle et par extrapolation du plurilinguisme dépasse en fait largement le cadre de l’enseignement tout comme “promouvoir la diversité linguistique et culturelle ainsi que le multilinguisme” ne se pose pas comme une évidence si aisée, même dans nos sociétés où l’apport extérieur et le multiculturalisme semblent de longue date acceptés.

Mais alors… Comment garantir à nos enfants (au moins) bilingues et multiculturels l’épanouissement dans leurs familles et leurs lieux de vie ? Comment intégrer une nouvelle langue et une nouvelle culture sans perdre les siennes ?
Et aussi… sans langue partagée, comment commence la rencontre et comment se développe la relation ?

Autant de questions auxquelles il serait prétentieux de tenter de répondre ici mais qui reflètent une part des difficultés de notre territoire à exprimer son plein potentiel, en termes de linguistique également… Surtout qu’en réalité, la problématique des langues maternelles, souvent devenues grand-maternelles d’ailleurs, mériteraient d’être requalifiée en langues de l’immigration.

En attendant, le SMW souhaite une bonne Journée de la langue maternelle a tous ceux et celles qui s’en reconnaissent une qui les enrichit ! IR

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