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On n’éduque pas les enfants à coups de trique, ni de câbles télé. Et on ne les mord pas non plus. C’est la leçon qu’ont appris hier le père d’un jeune garçon et la mère de deux enfants, à l’audience collégiale du tribunal correctionnel.

Un jour de mars 2016, la gendarmerie reçoit l’appel angoissé d’un jeune garçon: « Mon père m’a dit qu’il allait me taper quand il reviendrait du marché« .

Les gendarmes se rendent au domicile familial de Quartier d’Orléans et constatent en effet des traces dans le dos de l’enfant de onze ans, qui dit avoir reçu des coups de câble télé.

« Mon père s’est énervé parce que je n’avais pas fait la vaisselle. Il m’a emmené dans ma chambre, m’a fait enlever mon T-shirt, mettre à genoux et il m’a frappé avec le câble« . Il explique que ces corrections sont régulières, à chaque fois qu’il ne respecte pas les consignes paternelles, très exigeantes : Sortir matin et soir les 24 cabris de son père, faire la vaisselle, nettoyer les WC, épousseter… Et ceci depuis que sa mère est repartie en République Dominicaine. Pourquoi ne vit il pas avec elle? Parce qu’elle n’a pas assez d’argent et que le père ne veut rien lui donner.

« Quand je ne fais pas bien, Papa me frappe et ma belle-mère ne dit rien« . Le médecin légiste qui l’a examiné a constaté plusieurs lésions en cours de cicatrisation dans le dos, infligées par un objet long de 4 à 5 mm de large, ainsi que traces et des ecchymoses sur les bras. Au collège, il connaît des difficultés scolaires, avec des retards et des absences, mais il n’est ni irrespectueux, ni agressif. Entendue, la belle-mère reconnaît que le père sort sa ceinture lorsque l’enfant « dépasse les limites« , mais que ce dernier « vole des choses« . Quant au père, il considère n’avoir rien à se reprocher et n’a pas compris pourquoi les gendarmes ont voulu l’interroger.

Normal de corriger son enfant à coups de ceinture?

Hier, devant le tribunal, il répond au président Égron-Reverseau que oui, c’est normal de corriger son enfant à coups de ceinture. Surtout lorsque le gamin ment à tout bout de champ et a volé des bricoles chez ses cousins. Mais il ne reconnaît pas lui avoir ordonné d’enlever son T-shirt ni se mettre à genoux. Les traces relevées par le médecin légiste ? C’est arrivé quand il est passé par la fenêtre Naco, c’est un coup monté par sa grand-tante maternelle. « Si je le frappais depuis 2011, il aurait appelé les gendarmes avant !« .

Mais il y a les traces sur son corps et c’est la première fois qu’un enfant téléphone de lui-même aux forces de l’ordre parce qu’il a peur de son père. Placé en famille d’accueil, le garçon est récemment revenu chez son père. « C’est lui qui a demandé à revenir, » clame le père. « C’est normal, un enfant maltraité est malheureux quand on l’enlève de chez lui, » répond le président.

L’avocate de la partie civile expose que la vie du petit a été marquée par les abandons et les carences affectives et que lorsqu’un enfant commet un vol, c’est un appel au secours prouvant qu’il y a un problème avec les parents. Dans son réquisitoire, le procureur Ohayon rappelle qu’on ne frappe pas pour éduquer les enfants et met en lumière le fait que le père a été condamné à de la prison en 2012 pour violences aggravées dans le cadre conjugal.

Il a été condamné cette fois à quatre mois de prison avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve de dix-huit mois et d’une obligation de soins. Il devra également verser 1000 euros de dommages et intérêts, qui seront gérés par l’administrateur de l’enfant jusqu’à sa majorité.

Elle mord ses enfants et les frappe aussi

Dans la deuxième affaire de violences sur enfant, c’est l’institutrice d’un garçonnet qui a fait un signalement à la gendarmerie de Quartier d’Orléans, en avril 2016, après avoir vu une trace de morsure sur son bras, six mois après avoir déjà vu une trace identique.

L’enfant reconnaît auprès des gendarmes que les relations ne sont pas faciles avec sa mère, qui frappe sa soeur, mais pas lui. Quant à la morsure, c’est un chien qui l’a agressé. Mais ce n’est pas ce que dit le médecin légiste, qui constate que ce sont bien des dents humaines qui se sont plantées dans ce bras.

Au cours de son audition, la mère, qui vit seule avec ses enfants, avoue qu’elle frappe ses enfants avec une ceinture, mais dit qu’elle n’a pas mordu son fils, seulement sa fille. Elle fait alors l’objet d’un rappel à la loi mais, un mois plus tard, les services sociaux font un signalement qui concerne la fille cette fois, âgée de moins de quinze ans.

Convoquée à nouveau à la gendarmerie, la mère explique que sa fille lui a volé 260 dollars pour s’acheter un téléphone et qu’elle l’a frappée avec le câble de la télé. Ce qui a occasionné des traces de huit centimètres par trois et le placement de l’enfant en famille d’accueil.

Hier, à l’audience du tribunal correctionnel, au président qui lui explique que la loi interdit que l’on frappe les enfants comme ça, elle répond que « c’est à cause de la loi que les enfants agissent mal« . « On est revenu à l’âge des cavernes, » s’exclame l’avocate de la partie civile en évoquant les morsures, tout en considérant que cette femme a besoin d’aide et que les services sociaux ne peuvent pas laisser cette famille dans cette situation. Elle a été condamnée « à titre d’avertissement » à quatre mois de prison avec sursis.

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