Temps de lecture estimé : 7 minutes

Monsieur Mussington, vous faites partie des piliers de la politique locale,  quel sera le thème central de votre campagne et donc de votre mandature si vous êtes élu ?

En établissant un véritable diagnostic de la situation de l’île, on comprend vite qu’il est urgent de tout mettre en oeuvre afin de garantir la croissance économique et la création d’emplois.

Pour relancer cette croissance économique, il faut :

  • Mettre en place un moratoire des dettes fiscales et sociales pour sauver de toute urgence les entreprises et les emplois en périls ;
  • Accompagner les chefs d’entreprises en difficulté ;
  • Introduire d’autres mesures fiscales spécifiques pour inciter les acteurs économiques (locaux et étrangers) à investir à Saint Martin ;
  • Réactiver la commission fiscale composée d’élus et de personnes qualifiées pour revoir notre politique fiscale et la rendre plus équitable ;
  • Relancer l’économie par les commandes publiques : création d’infrastructures routières, construction de l’EPHAD, construction de salles supplémentaires à la Cité Robert Weinum : ce qui permettra de faire travailler nos entreprises du BTP et créer des emplois à terme.
  • Définir en concertation avec les grands propriétaires fonciers un plan d’aménagement du territoire ;
  • Mettre en place un « plan Marshall » dans le domaine de la formation par apprentissage afin de faciliter l’employabilité des jeunes et une meilleure insertion professionnelle ;
  • Mettre en place une économie solidaire et sociale plus ambitieuse. Afin de maximiser l’accompagnement des personnes en difficulté, en situation de handicap. MJP encouragera les privées à développer des structures d’accueil (garderies et centres pour les personnes âgées) ;
  • Intensifier les actions de “la cellule Europe” afin optimiser l’utilisation des fonds européens et effectuer un vrai travail de Lobbying.

Nous célébrions le 21 février dernier, la Journée Internationale de la Langue Maternelle, quelles pourraient être les mesures prises par votre gouvernance pour venir à bout du hiatus actuel existant entre langue maternelle et langue d’enseignement ?

De l’aveu des enseignants en poste à Saint Martin, nombreux sont les élèves qui leur sont confiés, qui éprouvent de grandes difficultés à parler et lire le français. Ils sont par ailleurs peu exposés à cette langue, une fois qu’ils ont quitté l’école.

Beaucoup s’accordent à reconnaître que le fort taux d’échec scolaire constaté statistiquement dans les écoles de St Martin est lié à la non- prise en compte de la langue maternelle de St Martin.

C’est ainsi que le législateur a décidé d’adopter dans le cadre de notre Loi Organique des mesures législatives qui tiennent compte de nos réalités sociolinguistiques.

Il convient aujourd’hui de mettre en application les articles 6314-9 et 6314-10 qui prévoient la signature d’une convention entre l’état et la collectivité.

MJP a l’ambition, de proposer dans notre système éducatif, la généralisation progressive de l’enseignement en anglais dès la maternelle, la structuration de la langue maternelle permettant un meilleur apprentissage de n’importe quelle langue, et donc du français. Le français et l’anglais doivent être maîtrisés par tout élève poursuivant son cursus complet à St Martin. Cela devrait être un atout à valoriser, autant pour les anglophones natifs que pour les francophones.

L’objectif de cette politique éducative est de faciliter la réussite scolaire de tous nos élèves par le développement, entre autres, de l’estime soi.

MJP veut également impulser cette dynamique en donnant un signal fort, en négociant pour mettre en place un concours spécial pour le recrutement local d’enseignants et à terme développer notre vivier d’enseignants. Ce programme vise à créer une centaine d’emplois à terme pour nos jeunes diplômés.

Enfin le MJP est en négociation avec l’Université des Antilles pour créer une antenne à Saint Martin afin de faciliter la poursuite des études supérieures à Saint Martin proposant des formations en lien avec notre tissu économique local. A ce niveau, il est clair qu’il y aura création d’emplois.

Il n’aura échappé à personne que le communautarisme larvé qui existe depuis quelques années prend une forme plus tangible. Avez-vous l’intention d’œuvrer sur ce point et comment ?

Il faut combattre, à tout prix, le communautarisme. La société saint-martinoise a connu depuis trois décennies un essor économique, démographique et social sans précédent entraînant une mutation rapide de l’île. Il convient, aujourd’hui, d’assumer cette transformation de notre société et de préparer notre l’avenir.

Il faut se rendre à l’évidence. Les différentes communautés qui composent notre société, ne vont pas disparaître de sitôt. Cette arrivée massive de population a attisé la tension communautaire. En bonne intelligence, nous devons donc gérer cette situation avant qu’elle ne devienne explosive.

A MJP nous disons qu’il est urgent de redéfinir la notion de la “citoyenneté”. La citoyenneté que nous appelons de nos voeux, implique une autre vision de St Martin. En effet, cette conception de notre île, comme un ensemble d’individus ou de communautés juxtaposés, doit céder le pas à une communauté st-martinoise dynamique dans son ensemble soudée autour d’un projet de société fédérateur.

Ainsi, notre parti MJP entend provoquer un sursaut de dignité et de respect de la personne humaine, en rappelant les règles en vigueur et les repères culturels et moraux et en favorisant une plus grande harmonie sociale. L’intérêt supérieur du territoire ne peut pas être basé sur la prédominance économique, sociale ou culturelle d’une communauté sur les autres. Chacun doit pouvoir progresser sinon nous sommes tous condamnés à régresser.

Quelle est votre position sur les mesures prônées et partiellement instituées par la Collectivité autour du problématique RSA ?

Le RSA est un dossier qui mérite une attention toute particulière du fait qu’il représente une charge très importante pour la collectivité. La marge de manoeuvre budgétaire est mise à mal à cause de cette prestation sociale.

Il faut garder présent à l’esprit que le nombre trop élevé de bénéficiaires de ce dispositif est une conséquence directe de la crise socio-économique que connaît le pays en ce moment.

MJP accueille avec satisfaction la démarche de l’équipe en place qui a cherché à faire baisser le montant de la charge.

Selon MJP, demander l’habilitation n’est pas un mauvais choix. Cependant, il faut admettre que cette stratégie est limitée dans le temps. En effet, l’habilitation est un dispositif législatif qui permet d’adapter aux caractéristiques et aux contraintes particulières de la collectivité des dispositions règlementaires en vigueur. La demande d’habilitation sera caduque à la fin de la mandature (Article 6351-5) :

Dans un souci d’efficacité, il serait donc judicieux de demander la compétence. Autrement dit, la possibilité de fixer les règles d’attribution et les modalités de paiement de cette prestation. L’objectif est d’encourager les différents bénéficiaires à réinjecter ces sommes dans l’économie locale à terme. Ces actions visent, in fine, à créer des emplois.

Cette préconisation ne peut être envisagée que dans le cadre de la modification de la Loi Organique de St Martin.

Cette modification de notre loi en vertu des dispositions de l’article L 6351-12 figure parmi nos priorités.

Enfin, en termes de compétences héritées depuis l’évolution statutaire, quelle est votre position : élargissement ou meilleure capacité à assumer l’acquis ?

Nous sommes convaincus que le choix de l’évolution statutaire de Saint Martin est une bonne démarche. Il s’agit de créer sur place notre propre centre de décisions afin que nous puissions gérer sur place et non à distance notre quotidien. Il s’agit aussi de donner à la collectivité plus d’autonomie politique.

Il est évident de constater qu’un certain nombre d’articles de la Loi Organique n’ont pas été pris en compte par l’équipe en place.

A MJP, notre approche consiste à mettre en application le plus rapidement possible les articles laissés de côté et de procéder à la modification de notre Loi Organique en vertu des dispositions de l’article LO 6351-12.

Notre projet de modification prévoit :

  1. Création d’un bureau d’études statistiques
  2. Elargissement de notre champ de compétences :
  • Compétence sur l’environnement
  • Compétence sur le RSA
  • Compétence sur le code des marchés publics

3. Réorganisation des services de l’Etat à Saint Martin

4. La modification de l’architecture institutionnelle de la COM :

  • Séparation des pouvoirs
  • Création d’un gouvernement qui remplacera le conseil exécutif
  • Création d’une assemblée délibérante

Toutes autres mesures justifiées par les “nécessités locales” seront prises en compte, dans le cadre de la modification de la Loi Organique.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.