Temps de lecture estimé : 4 minutes

Alors que les rendez-vous électoraux sont multiples cette année, une masse d’électeurs revendique ses intentions d’abstention que ce soit par dépit ou pauvreté de l’offre politique.

Plus qu’une sensation ou une manifestation de dépit, ce phénomène est bien réel et à large échelle, à tel point que Brice Teinturier, Directeur de l’institut Ipsos, l’analyse dans une récente parution “Plus rien à faire, plus rien à foutre” où il le nomme “Praf attitude”, cette “crise de confiance qui éloigne un nombre grandissant de Français de la classe politique actuelle et ébranle notre démocratie.”

Des électeurs de plus en plus loin des élus

Ainsi, cette année, aux traditionnels motifs d’abstentionnisme s’ajoute ce mal grandissant : le désenchantement politique qui touche, selon Teinturier, près de 30% de la population française et ceux-là entendent bien malmener l’élection présidentielle au travers d’outils populaires et fédérateurs tels que les plateformes Boycott2017 ou Miroir2017 par exemple. L’abstention est désormais justifiée, argumentée et même valorisée tandis que les abstentionnistes compensent leur renoncement civique par d’autres formes de participation : médias, réseaux sociaux etc… Décomplexée, la position abstentionniste s’assume ouvertement et sans culpabilité.

S’abstenir : comme une normalité voire une évidence

À Saint-Martin, où les taux d’abstention sont historiquement parmi les plus élevés de la République, cette tendance est également tangible. Et à l’orée des territoriales, on entend même sur des ondes radio des appels au vote blanc dont la portée n’est pas négligeable.

La portée locale du PRAF pourrait bien engendrer un désaveu encore plus cinglant de la classe politique en général tant elle semble avoir la tête dans le côté obscur… comment expliquer à la population, en prise avec des sujets qui sont autrement plus prégnants que les ambitions politiques personnelles des uns et des autres (pression fiscale, statuts fonciers, emploi, avenir, identité… crise économique!), l’explosion de listes à laquelle nous assistons ? Est-ce que demain chaque ministre de Hollande sera candidat aux Présidentielles alors que lui-même a su y renoncer ? Et ce n’est pas fini localement car nous ne sommes pas à l’abri d’une collucherie.

Rendez-nous Coluche !

En parallèle, comment l’électeur peut-il adhérer à l’une ou l’autre de ces listes lorsque l’on constate qu’il est pour le moment quasiment impossible d’en comparer les portées politiques faute de programme et que l’on ne peut dès lors que se borner à la comparaison des individus alors même qu’au moins trois d’entre elles sont directement issues de la majorité élue en 2012 et que les autres sont constituées de candidats piochés indifféremment au sein de tous les autres mouvements politiques locaux aussi opportunistes qu’éphémères.

C’est ainsi qu’ont été enterrés le RRR, le MAP, l’Union pour le Progrès, Saint-Martin pour tous, sans funérailles mais en laissant de nombreux fantômes orphelins qui n’ont eu besoin que de trouver quand le temps fut venu l’enveloppe qui leur permettra une réincarnation.  De l’autre côté, l’électeur endeuillé préfère laisser l’urne vide et réserver sa participation qui, à mesure de la décomposition des valeurs et des listes, semble avoir perdu son sens ; c’est en fait un abstentionnisme politisé, miroir de refus divers.

Pourtant, même sans envie, sans foi et sans illusion, il reste impossible d’échapper aux campagnes et aux agendas politiques et c’est armés de nos convictions et/ou désillusions que nous attendons tout de même impatiemment le dépôt final des listes pour les territoriales, voire même la délivrance de programmes, en quête de ce petit élément qui nous guidera vers et dans l’isoloir… ou pas !

IR


Brice Teinturier est un expert reconnu des évolutions de l’opinion, tant dans la sphère politique et électorale que sociétale. Il intervient depuis plus de 20 ans auprès de dirigeants économiques et politiques pour les aider à mieux comprendre leurs enjeux d’opinion, gérer la réputation de leurs marques et leur propre réputation. Diplômé de Sciences-po, d’un DEA d’études politiques d’un DEA de philosophie, il est membre du jury du livre politique et du jury du livre économique et enseigne à l’école de la Communication de Sciences-Po. Il exerce au sein d’Ipsos des missions de Direction générale et supervise directement les activités et le développement d’Ipsos Public Affairs ainsi que les problématiques d’accompagnement et de conseil de nombreux clients en amont et aval des études.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.