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C’est un thème récurrent et on le retrouve quasiment chez tous les candidats aux élections territoriales : la discrimination positive. Rien que l’apposition de ces deux mots à l’antagonisme évident laisse entrevoir les dangereuses perspectives.

Thème imposé de la campagne

En fait, ce thème est imposé par une population qui vit la réelle carence d’emploi comme une menace évidente pour l’avenir de leurs enfants et comme l’obligation qui s’impose à eux de quitter le giron familial et plus largement leur terre natale.

Dès lors, on comprendra la peur viscérale, le trauma psychologique et la nécessité de voir ce concept intégrer les larges programmes des candidats.

Pourtant, si certains voient dans la discrimination positive un moyen de lutte contre les inégalités, d’autres en flirtant avec les limites du concept sont sans doute prêts à en pervertir le contenu pour développer les outils d’un protectionnisme acharné voire d’un communautarisme nauséabond.

Mais thème scabreux

Ainsi, lors d’un récent meeting d’une de nos têtes de liste, une dame tout à fait respectable interrogeait-elle le candidat en ces termes : “Monsieur le candidat, que pensez-vous mettre en place pour interdire l’accès à l’emploi des métropolitains et plus largement des Européens à Saint-Martin ?”. Nous ne nous attarderons pas sur la réponse qui fut politiquement parfaitement correcte et réfléchie puisqu’il ne s’agit pas de fâcher l’électeur actuellement mais ce genre de questions est-il supportable et tolérable en 2017 ?

Par simple volonté de démonstration, serait-il tolérable qu’un électeur métropolitain interpelle un élu en puissance en lui demandant d’interdire l’accès en fac faute de place aux élèves venus d’outremer ? Pure hérésie…

Cela révèle en tous cas parfaitement que les risques liés au sentiment d’invasion et leur traduction en extrémismes ne sont pas le monopole d’une liste unique et qu’au delà des volontés raisonnées de réduction de fractures sociétales, le terrain hurle une souffrance qui cloisonne et imbécilise.

Un contour à préciser par les candidats

Il relève donc de la responsabilité des prétendants que de bien circonscrire l’usage qui sera fait par eux et leurs colistiers de cette discrimination positive, que ce soit en termes de droit local des individus, ou en termes d’accès à l’emploi ou aux marchés publics tout en n’oubliant pas comme c’est trop souvent le cas que nous appartenons encore à une enveloppe plus vaste que Saint-Martin et qui s’appelle la République. A ce titre, celle ci saura à n’en pas douter rappeler aux décideurs de demain ce qui relève de la laïcité et du droit et ce qui relève de la fantasmagorie électorale et du discours haineux.

Je te discrimine positivement ou je  favorise négativement ?

La Collectivité est d’ores et déjà pointée du doigt à cet égard puisque dans ses observations intermédiaires sur la gestion de la COM, la Chambre territoriale des comptes met en exergue “qu’aucun marché passé pendant la période sous revue ne satisfait à l’obligation d’égalité de traitement des candidats dans l’analyse des offres.”

Dans un contexte mondial où le chacun chez soi parvient parfois à s’imposer comme s’il s’agissait d’une réponse à une mondialisation qui fait vaciller les fondements des sociétés, l’excès de zèle appliqué à la discrimination positive est une huile jetée sur un feu qui ne mérite pas d’être nourri.

La population elle, s’il n’est pas de résilience vis à vis de ce que Saint-Martin est devenu, poursuivra sa cristallisation identitaire et sa quête de responsables uniformisés sur la base de leurs origines, coutumes, langues et autres… Or, on le sait, le responsable, c’est toujours l’autre…

IR


La discrimination positive pour réduire les inégalités, pas pour accroître le favoritisme !

La discrimination positive est le fait de “favoriser certains groupes de personnes victimes de discriminations systématiques” de façon temporaire, en vue de rétablir l’égalité des chances. La discrimination positive est née du mouvement pour des droits civiques universels aux Etats-Unis dans le milieu des années 1960 (Civil rights Act, [1964]) à la suite des nombreuses émeutes raciales dans le pays. C’est le président démocrate John Kennedy qui le premier, en 1961, a employé l’expression « affirmative action » dans un décret stipulant que les administrations fédérales devaient s’assurer que les entreprises candidates aux marchés publics soient traitées sur un pied d’égalité en ce qui concerne « la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale ».

En France, les mesures de discrimination positive sont peu nombreuses et le concept n’est pas inscrit dans le droit constitutionnel. En termes de loi, on trouve celle du 10 juillet 1987 qui impose aux entreprises de plus de 20 salariés d’employer au moins 6% de travailleurs handicapés; c’est la seule véritable loi dite de discrimination positive. Il existe en outre divers textes visant à réduire les inégalités hommes femmes en matière d’emploi, de rémunération et conditions d’avancement. En dehors de ceux-là, les mesures de discrimination positive s’inscrivent dans le cadre de conventions comme celles signées entre des ZEP (zones d’éducation prioritaires) et des grandes écoles pour permettre l’accès à celles-ci hors concours, par exemple.

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