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Monsieur Whit, c’est la première fois que votre mouvement affiche la volonté d’affronter le verdict des urnes ? Qu’est ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

C’est vrai que jusqu’à maintenant notre mouvement, même s’il porte des idées politiques, n’avait pas participé à des élections. D’abord, ce mouvement est relativement jeune mais il devient de plus en plus fort et répond à une demande d’une part de la population. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous avons décidé de participer à ces élections avec la volonté de les remporter est simple : nos électeurs ne sont pas pris en compte par les politiques depuis des décennies ! Nous n’avons pas de volonté d’opposer les communautés mais il faut que la population sache qu’il y a une bonne part de la population saint-martinoise de souche qui souffre et qui ne s’estime pas défendue par ces politiques là. Tout se passe comme si une fois au pouvoir, ces femmes et ces hommes oubliaient ceux qui les ont élus pour ne plus penser qu’à eux, à leur carrière et à leur portefeuille !

Vous expliquez votre candidature aux territoriales comme une réaction à une dérive sociétale et une crise économique issues du boom démographique lié à la défiscalisation. Votre projet prône-t-il en conséquence une marche arrière vers ce friendly Saint-Martin d’avant que vous regrettez ?

Oui et non. Notre mouvement n’est pas passéiste, hier n’est plus aujourd’hui. Mais, est ce que le futur des peuples est de disparaître dans la culture du melting pot ? Nous disons non, nous sommes fiers de notre territoire, fiers de notre patrimoine et nous affirmons que Saint-Martin ne peut être Saint-Martin si son identité disparaît. D’ailleurs, avant la défiscalisation, ceux qui avaient fait le choix de vivre ici l’avaient fait pour cette raison : notre identité. Nous sommes un peuple accueillant et très ouvert parce que cela fait partie de nos racines, le peuple saint-martinois a toujours été ouvert aux autres et en premier lieu parce que nous avons nous même dû nous expatrier régulièrement quand il manquait de travail à Saint-Martin pour pouvoir nourrir nos familles.

La maîtrise de l’immigration est un des piliers de votre programme. Comment pensez-vous pouvoir agir sur ce volet qui reste une compétence régalienne ?

Compétence régalienne… C’est typiquement et tristement français. Voilà un problème auquel nous voulons répondre avec la France : nous devons redéfinir notre relation avec la Nation. L’évolution statutaire nous donne plus d’autonomie mais l’état n’a jamais été aussi présent. Pour nous, c’est assez simple : la France ne nous reconnaît toujours pas dans nos spécificités et dans notre culture, les ancêtres de mes enfants n’étaient pas gaulois ! Pour ce qui est de l’immigration, notre population a été multipliée par 7 depuis 1963, si vous pensez que c’est un problème qui ne doit pas être géré alors j’invite n’importe quel pays, village ou groupe de population à vivre la même chose avec autant de docilité que nous ! Demandez-vous simplement comment cet évènement aurait été vécu en Corse ou en Bretagne. Mais trop c’est trop et comme le disent beaucoup d’autres “Saint-Martin ne peut pas accueillir toute la misère du monde”.

La préférence saint martinoise est, comme pour beaucoup d’autres listes, un élément fort de votre projet. Êtes vous, au sein de votre groupe, parvenus à définir qui est saint martinois, ou tout au moins à qui s’appliquerait cette préférence ?

C’est vrai que beaucoup d’autres listes ont mis la préférence locale dans leur programme mais je crois que nous sommes les seuls qui mettrons effectivement cet ensemble de mesures en place avec le courage nécessaire et cela commencera par la création d’une base de données de la diaspora saint-martinoise pour que l’on arrête à Saint-Martin d’offrir des postes clef comme celui de DGS à des gens qui n’ont pas Saint-Martin dans le cœur. Demain, nous saurons exactement quelles sont les ressources humaines expatriées et nous pourrons les mettre en face de nos besoins tout comme nous pourrons orienter les jeunes vers les formations dont le territoire a besoin.

Vous savez, ici, avant, il y avait beaucoup de petites entreprises qui parvenaient à subsister même si le marché est restreint. Aujourd’hui, trop de marchés sont attribués à des entreprises de Guadeloupe ou de métropole et nous nous engageons à remédier à ce problème tant que la compétence existe ici.

Certains comparent votre mouvement aux partis d’extrême droite. Ne craignez vous pas d’appuyer sur les communautarismes déjà trop prégnants ? la discrimination positive que vous prônez n’est elle pas en butte avec le concept de friendly island ?

On peut nous comparer à ce que l’on veut, à Donald Trump ou à Marine Le Pen qui ont fait la promesse de faire passer leur pays avant les autres.  Mais ce que je peux vous dire c’est qu’en France continentale, la situation n’est pas la même qu’ici du tout.

En métropole, les français ne sont pas minoritaires. Nous, saint-martinois, nous sommes ici chez nous minoritaires. C’est pour enrayer cela que nous sommes tenus de faire acte de candidature, c’est pour sauver notre île si cela est encore possible que nous demandons à la population de voter pour nous, à ceux qui savent qu’ils ne sont pas entendus et pris en considération par les élus mais aussi à ceux qui vivent ici parce qu’ils aiment Saint-Martin et qu’ils se battent quotidiennement pour que le territoire ne s’enfonce pas plus.

La discrimination positive n’est pas en contradiction du tout avec le fait que l’on privilégie la population locale, au contraire… si cette population souffrait moins, il y aurait sans doute moins de soucis au quotidien et plus de facilité à accueillir et notamment les touristes qui retrouveraient peut être l’ambiance qui nous caractérise.

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