Temps de lecture estimé : 8 minutes

Par ROBERT ROMNEY – Inspecteur d’Académie, Inspecteur Pédagogique Régional d’Anglais Honoraire – Chevalier de l’Ordre National du Mérite, Officier des Palmes Académiques .

J’aimerais en préambule préciser que cette lettre n’est nullement un pamphlet contre tel ou tel programme de candidats aux élections de président de la collectivité territoriale de Saint Martin. Elle est plutôt pour moi l’expression de certaines idées-forces que j’aimerais avant tout partager avec vous.

Mon propos vise à nourrir le débat autour de l’enseignement à Saint Martin et tout particulièrement de vos positionnements par rapport à la place de notre parler Saint Martinois dans le concert des langues régionales de la République. Nous avons raté une grande  occasion de nous faire connaître lors des Etats généraux du multilinguisme dans les Outre-mer à Cayenne, en Guyane, du 14 au 18 Décembre 2011 (notre parler saint Martinois n’a à aucun moment été mentionné). Notre langue, le « Creole English », de même que notre culture souffrent d’une absence de visibilité et de reconnaissance dans la République Française alors que je suis fondamentalement persuadé que Saint Martin peut représenter pour la France un laboratoire unique de la diversité culturelle. A propos, Mesdames et Messieurs, pensez-vous rejoindre le concert des nations caribéennes qui ont signé la Charte des langues “Creole English” à Kingston, Jamaïque le 14 Janvier 2011?

Puisse ainsi la lecture  de cette  lettre peser et interpeller pour que notre langue vernaculaire « le Saint Martin Talk » au même titre que les créoles Réunionnais, Guadeloupéens, Martiniquais que les langues kanak de la Nouvelle Calédonie soit reconnu et enseigné dès la maternelle dans notre île. Notre langue souffre d’un manque de visibilité et de reconnaissance dans la République,  car aucun leader politique ou chef de parti de l’île  n’a, à ce jour, sensibilisé le peuple à ce débat en vue de déposer un vrai projet sur le bureau de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Notre langue vernaculaire, à la différence du Breton, du Basque, de l’Alsacien et même de la langue Kanak, est mise de côté, ignorée par les enseignants qui n’ont pas été formés pour le décoder, encore moins pour l’enseigner.
Avez-vous prévu, mesdames et  messieurs les futurs décideurs d’aborder ce problème fondamental qui est en partie l’une des causes de l’échec scolaire et du taux élevé d’illettrisme dans notre île ? Vous ne pouvez ignorer la situation de l’enfant Saint Martinois qui est confronté à une double contradiction : d’un côté, il éprouve à la fois de l’admiration (exemple: le français, c’est  la langue de l’école, de la réussite, de l’accès à l’emploi, etc…) et de l’autre, la crainte (la peur de commettre des fautes de syntaxe » le, la, un, une, etc…). L’enfant bilingue saint martinois est attaché affectivement à sa langue qu’il ne retrouve pas dans son milieu scolaire. Notre langue vernaculaire, à la différence du Breton, du Basque, de l’Alsacien et même de la langue Kanak, est mise de côté, ignorée par les enseignants qui n’ont pas été formés pour le décoder, encore moins pour l’enseigner.

L’on peut dire qu’une fois que l’Anglais vernaculaire  bien entendu, amendé, étoffé, complexifié sera valorisé par l’Education Nationale( représentée dans l’île par le milieu enseignant) , s’il est perçu au même plan que le français, une situation contextuelle sera créée pour un développement de la bilingualité . L’enfant saint martinois au centre d’une telle situation apaisée, appréhendera la langue française autrement, Il manipulera les deux langues de façon à pouvoir en bénéficier sur le plan cognitif( thèse défendue par votre serviteur dès 2008 à Marigot, lors du colloque sur l’enseignement, présidé par deux Inspecteurs Généraux et les Inspecteurs d’Académie de la Guadeloupe).

Pour l’enfant saint martinois , l’utilisation de sa langue en classe doit lui permettre de se livrer à un travail intellectuel au cours d’activités menées dans une langue qui a du sens pour lui, et en rapport avec la culture qui lui est la plus accessible. L’enseignement de la langue et de la culture saint martinoise répondra aux objectifs généraux fixés par l’Ecole.

La mise en place d’un enseignement de la langue maternelle encourage le développement de recherches sur ce thème et la production de nouveaux documents( supports didactiques, littérature, lexiques, descriptions grammaticales).

Pourquoi ne pas créer notre  » Institut » ou « Observatoire » avec pour mission de former des enseignants spécialisés en notre langue vernaculaire et de mettre en place le bilinguisme?  » Il faut agir au lieu de subir » ;  » Soyons dans le faire »; Une langue qui n’est pas fixée, dérive, c’est-à-dire, va dans tous les sens, d’où métissage et hybridation excessifs ».

Nos aînés nous ont laissé ce legs, , ce trésor virtuel qui est  » à fleur de voix » pour parodier un linguiste.

Notre parler reste une source d’identification, il n’est pas seulement un outil de communication, mais un marqueur d’identité, notre socle commun. Il transmet quelque chose de la mémoire collective, quelque chose du patrimoine qui est vivant. Notre langue a joué un rôle capital dans la construction d’une identité commune.

Depuis près de trente ans, un domaine nouveau est apparu , c’est celui des relations entre les langues. N’ayons pas peur de « construire des passerelles entre notre langue et la langue des autres ».

Autour d’un projet fédérateur, avec une politique volontariste, peuvent se rencontrer des enfants de différentes communautés établies dans notre île encadrés par des politiciens de toutes couleurs politiques , des intellectuels, des hommes d’affaires, en un mot, tous les hommes et femmes animés de l’idéal martinien, c’est -à-dire des personnes dénuées de l’esprit de l’appât du gain et de l’esprit du lucre, ayant pour seul leitmotiv” Mettre Saint Martin sur les rails de la réussite ».

Pouvez-vous déclarer publiquement que  votre objectif est de faire de Saint Martin un pôle d’excellence pour les langues, ce qui ferait de notre île une destination privilégiée pour les élèves de la Guadeloupe et de la Martinique en quête de maîtrise et de perfectionnement linguistique? La Barbade et l’île de Trinidad auraient-elles plus d’atouts que nous pour attirer ce genre de public?

Permettez-moi juste de faire un petit rappel de textes  » En France, depuis toujours d’autres langues que le français sont parlées sur le territoire national, dans l’Hexagone et l’outre-mer. Loin de la fiction qui a longtemps prévalu d’un pays à langue unique, c’est une image riche et bigarrée, largement méconnue, qu’offre le paysage linguistique de notre pays.

C’est cette réalité que le Parlement a consacrée en insérant dans la Constitution, le 21 juillet 2008, un article 75-1, qui stipule que » les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »


CULTURAL POLICY OF THE LANGUAGES OF FRANCE

The French State emphasises the cultural potential of regional languages; This policy is pursued in association with organizationst that also enjoy the support of local and regional government. Research is a major priority. The Corpus de la Parole site offers on-line access to unique sound archives in the various languages spoken in France.

Through its action in favour of the languages that are part of France’s cultural heritage, the State contributes to the development of multicultural attitudes in France.

The State provides support for publications, theatrical and audiovisual work and the many festivals embodying the dynamism of the languages of France

IN THE PUBLIC DOMAIN

Some of the options available within the legal framework to promote the languages of France are not widely used . For example : it is possible to publish all official documents issued by a public authority in any of these languages , provided there is a french version, which alone has legal force. In other words, a marriage can be celebrated in Basque, Breton or Creole.

It is in the general interest of all French people to have access to their shared cultural and historical heritage throughthe presence of these languages in the public domain.

TEACHING

Over 400,000 students receive instruction in regional languages through either public or private-sector institutions. Altogether, 70% are in primary schools, 24%in colleges and , 6%in lycées.Public-sector teaching of regional languages and culture takes two forms. First, the regional language is taught as a separate subject. Secondly, teaching is bilingual , with half in French and the other halfl in the regional language . ( The languages of France, Délégation générale à la langue et aux langues de France, Références 2010).

Veuillez croire, mesdames et messieurs , en l’assurance de ma pofonde considération.

ROBERT ROMNEY

Inspecteur D’Académie,

Inspecteur Pédagogique Régional D’Anglais Honoraire

Chevalier de l’Ordre National du Mérite, Officier des Palmes Académiques .

Commenter avec Facebook

1 commentaire

  1. Pour communiquer avec le monde (lecture et écriture) il est indispensable d’utiliser une langue d’échange (Anglais Français Espagnol) les « global English » Caribéens, Philippines, etc sont sans issus (seuls) pour le développement culturel des enfants.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.