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Souvenez-vous, en 1989, le mur de Berlin s’effondrait dans l’euphorie et l’espoir d’un monde sans frontières. A ce moment, le monde comptait 16 murs défendant des frontières. En 2017, des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal en ont dénombré 66 construits, en cours d’édification ou planifiés.

Érigés contre l’immigration, les trafics, les conflits, le terrorisme, les murs et autres barrières fleurissent et occupent une surface de 40 000 km de long, soit l’équivalent de la circonférence de la Terre.

Petit tour des horizons bouchés (non exhaustif)

La globalisation, les migrations économiques et les afflux massifs de réfugiés ont en fait un effet pervers : la fermeture des frontières. Partout, les murs s’érigent et séparent les hommes et on ne parle d’anciens murs géopolitiques préservés aujourd’hui comme témoignages historiques ainsi que l’illustrent ces quelques exemples :

  • Les Etats Unis ont bâti, entre 2006 et 2010, “Tortilla Curtain”, une clôture de 1 000 km équipée de projecteurs et de caméras de surveillance le long de la frontière avec le Mexique pour empêcher l’immigration illégale et le trafic de drogue .
  • Depuis 2006, un mur de 1 416 km sépare la Chine de la Corée du nord pour lutter contre l’immigration clandestine.
  • En Italie, en 2006, le mur de via Anelli est une barrière de séparation en acier d’une longueur de 84 mètres et d’une hauteur de 3 mètres qui entoure un quartier difficile essentiellement peuplé d’immigrés.
  • En 2015, le Kenya a commencé la construction d’un mur  sur sa frontière avec la Somalie, pour des raisons de sécurité.
  • En 2016, le Maroc et l’Algérie érigent un mur le long de leur frontière, pour d’un côté, lutter contre la menace terroriste et de l’autre contrer le trafic de drogue.
  • En 2015, l’Arabie saoudite a relancé la construction de la barrière de sécurité, longue de 965 kilomètres, équipée des technologies les plus avancées, à sa frontière avec l’Irak, pour contrer Daech.
  • En 2016, l’Autriche achève la construction d’une clôture de 3,7 km de long destinée à empêcher les traversées clandestines à sa frontière avec la Slovénie.
  • En décembre 2016, la France a construit un mur anti intrusions à Calais : 4 mètres de hauteur et 1  kilomètre de long en complément des grillages déjà installés sur la rocade.

Stay in or stay out ?

En fait, alors que pendant longtemps la matérialisation des frontières servaient surtout à retenir les citoyens comme en URSS, aujourd’hui, il s’agit d’éviter que l’autre n’entre. On s’attelle désormais à recréer les frontières dont la mondialisation souhaitait s’affranchir.

Toutes ces barrières érigées pour des motifs différents ont toutefois une efficacité contrastée selon les pays et portent en eux d’autres problématiques parfois antagonistes à celles là même qui les ont justifiées telles que :

  • une déstructuration de zones économiques, les frontières étant déplacées
  • la création de filières criminelles et dangereuses de franchissement
  • le développement de stratégie de contournement transgressives (On a dénombré 150 tunnels sous la frontière mexicano-américaine par exemple).
  • l’ancrage de l’immigration : les murs empêchent paradoxalement ceux qui les ont franchis de ressortir du pays où ils sont indésirables.

Murs, clôtures géantes, gigantesques dunes de sable, kilomètres de barbelés, gardes-frontières, caméras de vidéosurveillance, dispositifs anti intrusion ou végétalisés, et même parfois mesures économiques… partout dans le monde, quelle que soit la forme, on referme et renforce les frontières. Mais la multiplication des barrières et lignes de séparation n’est pas que physique et reflète en réalité une absence de confiance en l’avenir et en soi, révèle la vulnérabilité de la société qui les érige.

A Saint-Martin où l’absence de frontière matérielle, malgré ses détracteurs, est un pilier de l’identité du territoire, la fortification des barrières semble se positionner à un autre niveau : communautariste, déjà largement évoqué en ces colonnes. Toutefois, au regard de la mixité de notre société, de notre cadre réglementaire, légal et républicain, au regard de l’histoire même de l’île et de l’inéluctable évolution des moeurs et mentalités, la fermeture prônée par certains discours électoralistes, c’est de saison, risque de se heurter à un autre mur, celui des réalités.

IR

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