Il aurait pu inspirer Fane, le dessinateur de la série “Joe Bar Team” tant par son physique que par sa passion de la moto et des belles mécaniques, mais finalement le personnage n’a pas son égal dans le monde de la BD et lorsque Mickaël Doudeau nous accueille en ouvrant le lourd portail qu’il a forgé lui même, on sait déjà que l’aventure nous attend avec un arrière-goût de gomme et de métal fondu.

Ce bourguignon d’origine, né à Cosnes-sur-Loire, a toujours vécu sur 2 roues, attiré dès le plus jeune âge par les moteurs vrombissants et les performances des pilotes sur les circuits aux virages relevés. Mais, au-delà de ça, il voulait surtout comprendre comment de telles machines fonctionnent pour engendrer la puissance et la vitesse qui fait leur renommée, et c’est tout naturellement qu’il se tourne vers une formation de mécanicien auto-moto.

Il ne sait pas encore que cela va le mener sur des routes qu’il n’aurait même pas rêvé de parcourir en triporteur. Monté à Paris pour parfaire son savoir, il passe quelque temps à l’INCM (Institut National du Cycle et Motocycle), ce centre de formation spécifiquement dédié aux métiers du 2 roues qui prépare à l’ensemble des diplômes et certifications existantes dans son domaine de prédilection.

Déjà à cette époque lui vient l’idée, en traînant dans les stocks de pièces détachées mises au rebut, de faire quelques assemblages hétéroclites à base de pignons soudés les uns aux autres. Le résultat final n’est pas dénué d’intérêt et ce genre de statue mécanique en étonne plus d’un parmi ses amis qui l’encouragent à faire d’autres créations du même type. Pourquoi pas ? se dit-il, et le voilà parti à réaliser des formes toutes plus étonnantes les unes que les autres qui trouvent toujours une place chez un copain ou qui sont offertes en guise de cadeau pour le moins original.

Mais la vie de Mickaël va prendre un virage inattendu (et bien négocié) lorsque parcourant les petites annonces de Moto Journal, il découvre qu’on recherche un mécanicien moto à Saint-Martin. Son sang ne fait qu’un tour et sans plus réfléchir, il prend sa boîte à outils et s’envole vers les Antilles. Il vient d’avoir 18 ans et l’aventure est au bout de la piste car cette escale ne doit pas durer plus de 2 ans. En effet, le caillou Saint-Martinois n’est pour lui qu’un tremplin pour les Etats Unis, le paradis de la moto.

C’était en 1993 et finalement notre mécano n’a jamais sauté le pas ; il faut dire qu’à l’époque de son arrivée, tout le monde sur l’île se déplaçait en 2 roues avec une nette préférence pour les scooters sans craindre les dangers de la circulation ni l’insécurité et encore moins les vols qui sont monnaie courante de nos jours. Alors c’est sûr, il y avait du boulot,  entretien, réparations et autres réglages, les journées étaient bien remplies, d’autant plus que de belles machines étaient déjà présentes sur les routes : Ducati, Kawasaki et Harley-Davidson régnaient sur le bitume sans partage.

Tout en mettant les mains dans le cambouis pour gagner sa vie, Mickaël Doudeau continue de réaliser ses sculptures métalliques en récupérant tout ce qui se trouve à portée de main et les occasions ne manquent pas pour glaner chaque jour des pièces aux formes improbables  toujours issues d’un moteur rouillé ou d’une épave abandonnée. Son art se met en place peu à peu, il affine sa technique, apprend à souder différents métaux, à travailler l’aluminium et le bronze aussi bien que l’acier et le cuivre ; il bricole lui-même son four pour fondre les métaux à 1.300° et il se fait remarquer par des amateurs éclairés qui admirent son génie créateur.

Certaines commandes lui demandent parfois une attention toute particulière comme ce buste de femme réalisé uniquement à partir de centaines de petites rondelles métalliques soudées entre elles. L’inspiration, il la trouve souvent juste devant sa porte tel ce palmier grandeur nature réalisé dernièrement, ou encore selon son humeur du moment qui le pousse à inclure des symboles au sein même de ses œuvres comme la kalachnikov ornée de roses qui a eu tant de succès lors de la dernière exposition chez Lapierre Marble à Hope Estate.

C’est d’ailleurs en partie grâce à Patrick Lapierre que Mickaël doit sa renommée comme beaucoup d’artistes de Saint-Martin, (nous aurons l’occasion d’y revenir plus longuement dans une prochaine édition) car il ne fait aucun plan de carrière, sans penser réellement à un quelconque moyen de promotion, tout juste un site internet auquel il ne consacre pas beaucoup de temps préférant continuer à régler des carburateurs ou à souder une nouvelle pièce qui une fois assemblée et polie trouvera sans doute acquéreur pour figurer en bonne place dans la collection d’un américain de passage sur l’île.

Oui, l’art de Mickaël s’exporte bien et il lui prend parfois à rêver qu’il pourrait ouvrir une galerie d’art aux USA et en vivre confortablement sans abandonner pour autant sa passion pour la mécanique rien que pour le plaisir cette fois-ci. Toujours en quête de sensations fortes, il a participé pour la cinquième fois consécutive, au rallye du Dakar cette année en tant que membre d’une équipe d’assistance. 15 jours intenses dont 6 nuits blanches, bravant le froid et la boue dans des conditions parfois extrêmes ; l’étape de La Paz à  3.600 m d’altitude fut particulièrement éprouvante.

Des projets fourmillent sans cesse dans sa tête (de delco) comme le travail des métaux précieux par exemple vers lequel il voudrait se tourner, mais pour le moment les imposantes œuvres de Michaël Doudeau sont exposées à St Barth, dans les jardins de l’hôtel le Christopher et ont servi de décors pour un shooting photos avec Daft Punk, ce dont il n’est pas peu fier.

Ah oui, juste une dernière chose : la statue de la liberté de Michaël attend depuis trop longtemps son acquéreur et il ne comprend pas pourquoi… la liberté ne ferait-elle plus recette à Saint-Martin ?

JMC

Commenter avec Facebook
- Publicité -

Réagir à l'article

Please enter your comment!
Please enter your name here