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Passée de vingt mille habitants en 1950, à près de deux cent trente mille habitants aujourd’hui, une augmentation annuelle de près de dix mille personnes par an, la Guyane, département français d’Amérique du Sud, est un îlot de richesse dans un océan de misère.

Avec 16 000 euros de PIB par personne, la Guyane a le plus haut niveau de vie d’Amérique Latine, et donc attire une immigration importante, favorisée par des frontières perméables (…) un flux migratoire incontrôlé et incontrôlable qui irrigue un département français où le taux de chômage dépasse 20%. La Guyane est la première destination de l’émigration haïtienne qui représente aujourd’hui 1/3 de la population du département. (…)Sur le plan social, le budget du RSA est passé de 98 millions d’euros en 1998 à 141 millions d’euros en 2015.(…) l’application de règles et de lois inadaptées aux réalités géographiques, culturelles, sociales et économiques du pays, créent des désordres.”

Ces mots lus sur un média national au sujet de la situation en Guyane ne vous rappellent rien ? Le miroir est suffisamment criant pour que la crise guyanaise nous touche au-delà des images que nous renvoient les réseaux sociaux et médiatiques.

Le ras-le-bol des Guyanais

« Le malaise est social, identitaire et culturel » – Rodolphe Alexandre, Président de la CTG
Depuis jeudi dernier, une forte mobilisation s’est mise en place en Guyane afin de dénoncer l’insécurité, la délinquance, l’insuffisance de l’offre de soins, les retards structurels, le niveau de salaires, etc. etc. Car de nombreuses autres problématiques, telles que l’éducation, l’accès au foncier ou l’économie,  sont venues depuis se greffer au mouvement.

Et ce sont donc plusieurs collectifs citoyens, socio-professionnels, transporteurs… soutenus par la classe politique locale, qui ont dressé des barrages obstruant les points stratégiques du littoral guyanais, bloquant notamment l’entrée de Cayenne.

Enfin, les amérindiens ont également appelé à la mobilisation contre le “vol” de leur terre et un projet d’extraction aurifère controversé, ainsi que les associations de lutte contre l’orpaillage.

La Guyane paralysée

Barrages bloquants, pénuries d’essence, grèves multiples, avions déroutés, établissements scolaires, commerces et administrations fermés… Les mouvements sociaux prennent des formes diverses mais avec un résultat unique : la paralysie du territoire.

Arianespace a dû ajourner le lancement d’une fusée, le rectorat a fermé les établissements scolaires jusqu’à nouvel ordre, Air France a annulé ses vols, le Grand Port Maritime est bloqué tout comme la Collectivité territoriale, la Direction de l’agriculture et la préfecture.

Une mission interministérielle vaine

Face à l’ampleur de la mobilisation, le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a annoncé l’envoi en Guyane d’une “mission interministérielle de haut niveau”. Conduite par l’ancien préfet de Guyane Jean-François Cordet, cette mission est chargée de “poser les bases d’une négociation susceptible de déboucher sur des mesures opérationnelles et rapides”, selon le communiqué de Matignon.  

Mais celle-ci n’aura pas convaincu et n’aura au contraire obtenu qu’un simple message à l’attention de B. Cazeneuve : “Saluez le ministre pour nous et dites-lui de venir”.  Et pour joindre le geste à la parole, les 37 syndicats réunis au sein de l’Union des travailleurs guyanais, ont voté samedi à l’unanimité la grève générale, à compter d’aujourd’hui.

Certains disent que le peuple saint-martinois n’est pas belliqueux et que nous sommes donc loin de telles extrémités tandis que d’autres se rappellent, parfois même, avec nostalgie que le territoire a déjà été le théâtre de mouvements sociaux d’ampleur également.

 

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