Prénom : Jean. Nom : Papa, Alpha, Victor, Oscar, Tango… ça commence fort, on sait dès les premières secondes que l’entretien avec notre invité ne sera pas de tout repos et qu’il faudra s’accrocher pour le suivre sur les routes sinueuses qu’il a empruntées.

L’une d’entre elles est certainement la RD13-41 car il est né en 1944 dans le Loir et Cher, où sa famille habite toujours, comme celle de Michel Delpech à la différence près que Jean Pavot n’a jamais aimé marcher dans la boue, c’est pour cette raison que dès son service militaire achevé, il part pour la Guadeloupe y rejoindre son père alors fonctionnaire en poste à Pointe-à-Pitre.

Il ne quittera plus les Antilles qu’occasionnellement pour des périples marins plus ou moins longs. Ses premiers pas dans la vie active vont lui faire prendre la direction du tourisme et plus spécialement la restauration à une époque où les grands paquebots de croisières n’accostaient pas encore dans la rade de la Darse et où prendre l’avion pour visiter les Antilles n’était pas envisageable pour toutes les classes sociales.

Quelques virées en bateau dans la mer des Caraïbes vont lui faire apprécier Saint-Martin où il décide de se fixer en 1968, loin des tracas révolutionnaires qui enflamme les esprits métropolitains.  Avec un ami, Jean va gérer comme il peut l’hôtel “Le Pirate”, un des seuls établissements de Marigot digne d’accepter les premiers touristes malgré ses modestes dimensions.

Le développement de l’île est en marche, et tour à tour ce sont la Belle Créole puis le Grand Saint-Martin qui vont voir le jour afin d’accueillir une clientèle américaine qui a découvert les Antilles dans les années 60 et qui a jeté son dévolu sur nos plages de sable blanc encore presque vierges de toutes traces d’exploitation de masse. Le côté très permissif de la Dutch Side mêlé à la douceur de vivre antillaise autorise bien des plaisirs dont Jean Pavot usera avec modération. Il se marie une première fois avec une belle américaine et il tente de s’installer aux USA, mais en 1973, Saint-Martin lui manque et il revient après un périple d’un an sur la mer des Caraïbes, entre Bermudes et Bahamas.

Il ouvre alors un bistro qui devient vite très populaire, c’est le rendez-vous incontournable de tous ceux qui formeront rapidement sa bande de copains. Nouvelle rencontre, nouvelle vie et nouveau mariage avec une Saint-Martinoise qui lui donnera 2 filles nées dans les années 80 et la vie continue toujours pleine de savoureuses anecdotes car à cette époque là, il suffisait d’un petit rien pour faire un grand bonheur : “On allait chercher les brésiliennes dans la baie de Marigot quand l’envie nous prenait, et il y en avait toujours assez pour tout le monde”  et Jean d’ajouter avec un air malicieux : “Quand je parle des brésiliennes, ce sont… des langoustes bien sûr !” .

Il se souvient qu’il fallait régulièrement aller chercher du gros sel pour la cuisine à Anguilla car aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y en avait pas à Saint-Martin, pourtant réputée pour ses salines. Il se rappelle de Sacha, le peintre plus connu pour ses accès d’humeur que pour la qualité de ses toiles. Il a vu Serge Lymberis monter la première supérette en face de l’actuelle poste de Marigot. Bref, l’ambiance était festive, le rhum coulait à flot et les drogues dures n’avaient pas encore envahi l’île. Puis, tout a basculé avec l’arrivée de la défiscalisation qui a défiguré les somptueux paysages, qui a apporté une main-d’œuvre venue de l’étranger entraînant la surpopulation, l’insécurité puis le chômage et les trafics en tout genre.

Un à un les grands projets sont tombés à l’eau : la Belle Créole a fermé, le complexe hôtelier de Happy Bay a tenu à peine 2 ans et l’hôtel Mont-Vernon a été transformé en HLM pour touristes. Jean Pavot a alors décidé de s’adapter, laissant de côté la restauration et l’hôtellerie pour devenir vendeur de timeshare, ce qui va lui permettre de voir augmenter son train de vie : voitures de luxe, grands restaurants et mondanités sont son quotidien jusqu’à ce jour où il s’est sauvagement fait agresser par des malfaiteurs qui le laissent sur le carreau avec plusieurs fractures du crâne et un bras broyé.

Depuis, Jean n’est plus le même, il a parfois la mémoire qui flanche et sa condamnation à l’inactivité lui pèse. Bien sûr, il retrouve toujours quelques copains en allant traîner sur le marché de Marigot, il prend le temps d’aller boire une bière avec l’un d’entre eux quand l’occasion se présente, mais son bras handicapé l’empêche à présent de jouer de la guitare, alors il marche souvent seul au bord de l’eau se laissant aller à des rêveries embrumées.

Pour autant, sa vie ne lui a pas réservé que des mauvais tours, puisque dernièrement sa jeune épouse marocaine à fait de lui un heureux papa. En effet, ils ont adopté un bébé de 3 mois lors d’un des nombreux voyages au Maroc qu’ils effectuent régulièrement. Et voilà Jean Pavot à  nouveau heureux comme au premier jour et il n’en faut pas beaucoup plus pour qu’il entonne fièrement une de ses compositions personnelles dont il a écrit la musique et les paroles : “Nèg, Toubab et Café-Crème”, c’est le titre de l’une d’entre elles.

JMC

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