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Jean François Raboteur, observateur et acteur de la société saint-martinoise de longue date a franchi cette année le cap politique en s’engageant sur la liste menée par sa “voisine de bureau”, Jeanne Rogers Vanterpool (Jean-François Raboteur est chef des ventes de Motorworld à Galisbay).

Il nous livre aujourd’hui son retour d’expérience et une vision du territoire et du paysage politique que l’on regrette de ne pas avoir entendue durant la campagne :

“Division dans le combat, union dans l’échec : c’est ainsi que je résumerai ma pensée sur la campagne 2017. C’est d’ailleurs l’échec qui rend légitime l’existence de certains sur ce territoire. L’échec est inscrit dans leurs gènes ; ils le reproduisent à l’infini. Il n’est donc pas étonnant que le débat reste à l’état d’avorton à chaque campagne électorale. L’intelligentsia a choisi elle-même ses thèmes au nom du peuple ou des peuples sans droit de réponses ni contradictions. L’offre générale s’est nourrie de l’espoir de projets futuristes dans la confusion totale sans lien avec la raison.

Pourtant, il est aisé de remarquer que notre société saint-martinoise est en faillite à cause de ceux qui ont quitté le navire comme des rats qui ont tout rongé mais aussi parce que ces mêmes rats ont su imposer au peuple saint-martinois la Grande Oeuvre qui ruine l’Afrique, la société multiethnique et ses intérêts égoïstes divergents. Cette société multiculturelle ou multiethnique vantée comme une richesse par ceux-là même qui veulent qu’elle échoue est entretenue dans sa forme la plus négative de sorte que l’union tant rêvée d’un seul peuple est anéantie par la division des communautés et le calcul politique.

C’est donc en toute logique que le mouvement Soualiga (Grassroot) se pose en défenseur du peuple saint-martinois en tenant le langage de la séparation en oubliant que ce langage est en réalité le projet inavoué du maître et du colon ; d’où l’urgence pour ce mouvement de sortir du simple discours de militant de base afin d’accéder à une pensée politique et à une recherche approfondie du logos.

La colonisation, aventure de la gauche dès le milieu du 19eme, a tracé ses frontières sur le continent africain en créant des nations artificielles. Cependant, les sociétés africaines parcellées en ethnies se subdivisent en clans familiaux et tribus ; il n’y a donc chez l’Africain aucune idée de nation ou d’intérêt général. Ce sont les ethnies majoritaires qui contrôlent les richesses. Malgré toute l’abondance en matières premières (diamant, uranium, pétrole…) du continent, les conflits ethniques sèment famine, génocides, pauvretés sous fond de corruption et de monopole de pouvoir par telle famille ou ethnie. C’est ce modèle de séparation, schéma social et politique africain, qui a été imposé au peuple saint-martinois suite aux premières lois de défiscalisation. La destruction des traditions et du modèle social avancé a intégré dans sa forme la plus brutale le renoncement total aux valeurs morales que ni aucun palace 5 étoiles, ni aucun tourisme de masse ne pourront remplacer. Tant que l’ordre ne paraîtra au grand jour dans l’union, le désordre continuera dans la séparation.

Ce régime de partition, qui est irréel dans la conscience collective, empêche toute réflexion sur la culture et l’identité saint-martinoise. J’ai bien écouté, durant la campagne, les bégaiements quand il s’est agi de définir la culture et j’ai bien senti la gêne quant au positionnement sur l’identité saint-martinoise comme s’il était insurmontable d’inclure l’haïtien, l’antillais et le blanc métro dans la saint-martinoisité. Ce malaise s’explique surtout par l’incapacité à réfléchir sur un projet de société si bien que j’ai aussi ressenti l’assurance que ceux qui ont préféré parler d’authenticité, concept vague et pompeux, qui me pousse à répondre en citant Guy Debord : “dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.”

Cette déconnection de la réalité a été durant toute cette campagne le leitmotiv dans tous les discours de la politique surréaliste. Certains qui écartent systématiquement la compréhension dans le processus de la pensée m’ont accusé d’avoir déclaré que l’anglais, rouage important dans la culture, n’était pas important à Saint-Martin. Je répondrai sur un autre article à ceux qui ont pris comme fâcheuse habitude de coucher le bilinguisme sur un lit de Procuste pour qu’il rentre dans toutes les cases.

Durant tout mon parcours, j’ai toujours observé la politique de loin. J’ai participé pour la première fois à une campagne électorale sur la liste New Direction. Je remercie Véronica Joseph qui m’a poussé dans l’arène ainsi que Mme Jeanne Rogers Vanterpool et Mr Wendel Cocks pour la confiance qu’ils m’ont accordée. Salut ému à tous mes colistiers et amis. Merci à ma tendre épouse qui a été patiente durant cette campagne.

Je ne remercierai jamais assez ce peuple saint-martinois qui m’a accueilli sur sa terre sans jamais me l’avoir reproché. Amitié à une grande dame avec qui j’ai toujours plaisir à discuter, Madame Daniella Jeffry. ”

JF Raboteur

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