Temps de lecture estimé : 4 minutes

Les évènements qui se déroulent en Guyane actuellement ne laissent personne insensible au sein notre communauté, mais nous avons voulu interroger une guyanaise “saint-martinoise” afin qu’elle nous fasse part de son sentiment à ce sujet. 

Maud Viotty réside à Saint-Martin depuis 25 ans et cela fait maintenant 35 ans qu’elle a quitté sa terre natale, mais elle y retourne tous les ans pour rendre visite à sa famille et son cœur est resté là-bas, bien entendu.

Sa première réaction est spontanée : “Il était temps !” s’exclame-t-elle avec une certaine satisfaction dans le regard. “Il fallait agir, cela fait trop longtemps que le peuple guyanais attendait et grâce à cette nouvelle génération qui bouge et qui n’a pas la même culture que leurs parents, ce mouvement a enfin pu avoir lieu”.

En effet autrefois, il était plutôt rare de quitter le territoire pour faire ses études ou tout simplement pour aller trouver du travail, mais à notre époque les moyens de communication sont tels, que la jeunesse de cette population trop longtemps oubliée a soudainement pris conscience de la réalité ultramarine qui est la leur. Maud Viotty salue au passage Ericka Bareigts, la Ministre des outre-mer, qui a adressé ses excuses au peuple guyanais : “Cela n’a été possible que parce que c’est une femme, et je suis satisfaite de constater que tous les acteurs de la Guyane sont désormais unis autour de ce mouvement, les politiques comme les fonctionnaires, les artisans, les commerçants et les étudiants, ne forment qu’un seul peuple bien décidé à aller jusqu’au bout parce que les conditions de vie telles qu’ils les connaissent ne peuvent plus durer”.

Mme Viotty nous rappelle alors que la Guyane reste un territoire plein de contradictions, ne serait-ce qu’à Kourou, la vitrine de la technologie spatiale française, où la base de lancement bénéficie de toutes les infrastructures nécessaires (administratives, médicales, ou autres) alors que le village de Kourou situé juste à côté ne tire aucun bénéfice de cette proximité. Et les exemples sont nombreux, mais les générations de ses parents et de ses grands-parents n’ont jamais osé se rebeller vraiment comme celle des enfants de la Guyane d’aujourd’hui. Bien sûr, il y eut Justin Catayée qui au milieu du siècle dernier avait fondé le parti socialiste guyanais contribuant ainsi à faire bouger un peu les mentalités, et un peu plus tard Christiane Taubira, fervente indépendantiste, mais le peuple guyanais est d’une nature plutôt pacifiste et il sait se montrer patient ; alors il a fallu attendre ce début de XXIème siècle pour qu’il se réveille enfin.

“L’époque du colonialisme est définitivement révolue, et ce mouvement a été préparé avec soin, il ne s’agit pas d’une bande de voyous qui auraient allumé un pétard mouillé, bien au contraire, tout est réfléchi et étudié. Le milliard d’euros proposé n’est pas suffisant, il en faudrait au moins le double pour que la Guyane rattrape son retard”. Maud Viotty revient sur les problèmes propres à ce bout de France : l’immigration, le chômage, les trafics en tout genre, mais elle ne perd pas espoir car, dit-elle : ”Le peuple guyanais existe encore et il résistera quoiqu’il arrive. Le blocage du département entraîne des pénuries mais c’est le prix à payer pour obtenir satisfaction et l’on sait que ces efforts ne seront pas vains, la détermination du peuple ne faiblira pas, j’en suis convaincue”.

Pour terminer, Mme Viotty se risque à une comparaison entre la Guyane et Saint-Martin : ”Les Saint-Martinois n’auraient pas dû se laisser endormir par un système qui ne tient pas compte des spécificités territoriales. L’américanisation à outrance de l’île a supprimé toute l’identité et toute la culture de Saint-Martin, mais il n’est pas trop tard pour retrouver nos valeurs. Je ne doute pas un seul instant que les nouveaux élus fassent évoluer les choses dans le bon sens”.

JMC

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.