Temps de lecture estimé : 4 minutes

Cela fait maintenant deux semaines que la Guyane connaît un mouvement social d’une ampleur sans précédent que ni la venue de ministres ni la proposition d’engagement financier d’1 milliard d’euros ne sont parvenus à apaiser. 

La tension monte

Le blocage “total” de la Guyane annoncé pour lundi n’a finalement pas eu lieu
Une grève générale illimitée a ainsi été déclarée le 25 mars, le centre spatial de Kourou a été occupé la semaine dernière, les avions restent cloués au sol, la pénurie guette et vendredi, le numéro 2 de la police en Guyane a été blessé lourdement lors d’une manifestation qui a dégénéré devant la préfecture. Plusieurs autres policiers sont légèrement blessés après avoir été également frappés et des gaz lacrymogènes ont été utilisés, faisant craindre à tous une dérive violente.

“Nous démentons catégoriquement une quelconque provocation préalable à l’envoi de lacrymogène par les forces de l’ordre. (…) Nous déplorons les blessures du Commandant Terry, avec qui nous avions eu des échanges cordiaux et lui souhaitons un prompt rétablissement. (…) Le Collectif regrette le communiqué non conforme à la réalité émis par la Préfecture et le refus du Préfet de faire perdurer le dialogue que nous avons jusqu’ici privilégié. (…)” Extrait du communiqué de presse du 08 Avril 2017 du Collectif Pou Lagwiyann Dékolé consécutif aux affrontement devant la préfecture.
Ainsi, Laurent Lenoble, directeur de cabinet du préfet de Guyane, regrette-il : “Le collectif a pris un tournant qui est loin de respecter les valeurs républicaines et il s’est discrédité.

De l’autre côté, Mikaël Mancée, un porte-parole des 500 frères répond : “C’est du foutage de gueule. Il ne faudra pas pleurer après cela. C’est de la faute de la France.”

Le collectif quant à lui dénonce une manipulation de la vérité par la Préfecture vis à vis de ce dérapage (voir extrait du communiqué de presse du comité ci-contre).

Quoiqu’il en soit, et même si le mouvement commence à montrer localement quelques signes de division comme en témoigne la pétition “stop aux barrages en Guyane” qui a recueilli 700 signatures, le collectif “Pou Lagwiyann dékolé” a annoncé le blocage total du département à partir de ce lundi 10 avril et jusqu’à nouvel ordre.

A l’orée des présidentielles

Quel intérêt à quelques jours d’un changement de gouvernement ? Et les ministres sortants sont sans doute, à l’égard de la crise guyanaise, impatients d’arriver au terme de leur mandat et de pouvoir enfoncer cette épine dans le pied d’un autre.

Oui… Sauf que le collectif n’exclut pas la possibilité d’un boycott des élections présidentielles,  possibilité qui semble d’ailleurs prendre aussi corps en Guadeloupe au travers de  l’organisation indépendantiste Karésol.

En Guyane, plus qu’un appel au boycott, la décision de blocage général pourrait en fait durer et s’étendre aux bureaux de vote, empêchant ainsi simplement le déroulement du scrutin. Or, que se passerait-il si tout un département, voire plusieurs, ne prenait part à l’élection du Président de la République ?

Et si la Guyane s’imposait à la France ?

Le Commissaire Terry, blessé vendredi à la clavicule, déclare aux 500 frères : “Les valeurs que nous partageons sont bien plus importantes que nos différences“
Aux termes de la loi n°62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel “Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate l’existence d’irrégularités dans le déroulement des opérations, il lui appartient d’apprécier si, eu égard à la nature et à la gravité de ces irrégularités, il y a lieu soit de maintenir lesdites opérations, soit de prononcer leur annulation totale ou partielle.”

Or, dans le cas d’opérations ne se déroulant simplement pas, nul ne pourrait douter de la gravité de l’irrégularité… Ainsi, le mouvement initié en Guyane, et dont les sources et revendications sont partagées par d’autres collectivités ultramarines, porte en lui des enjeux qui dépassent largement le cadre de simples négociations budgétaires et pourrait avoir des conséquences bien plus vastes.

Loin de nous l’idée de jouer au pompier pyromane mais puisque la détermination guyanaise est telle que le boycott des élections présidentielles devient une actualité sous la forme d’un blocage systématique des bureaux de votes, il n’est pas illégitime de se demander dès à présent si le Conseil Constitutionnel ne devra pas se confronter à la loi n°62-1292.

En allant plus loin encore et puisque certains mouvements semblent vouloir redonner de la voix et notamment en Guadeloupe, la propagation d’un blocage général, élections incluses est-elle une hypothèse crédible ?

En parallèle, quel jugement ferait-on d’un gouvernement sortant qui poserait des engagements impossibles à tenir et qui distribuerait à un territoire donné l’argent qu’en fait beaucoup de collectivités d’Outremer réclament avec chacune des raisons et des motivations non moins valables… sans oublier que les collectivités métropolitaines ont elles aussi quelques revendications bien réelles ?

IR

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.